BOULLIER Morgane

M boullier

Nous découvrons quelques albums pour jeunes lecteurs de Morgane Boullier. Au premier regard, des petits livres classiques, mais en y regardant de plus près, nous reconnaissons un style, des couleurs, une identité propre à cette illustratrice. Rencontre autour des livres parus ces dernières semaines :

Kotori 2Kotori 1Japon 2

"MON PREMIER IMAGIER DU JAPON" éd. Akinomé, "KOTORI ET LES SINGES DU MONT FUJI" éd. Akinomé, "KOTORI ET L'OURSON D'HOKKAIDO" éd. Akinomé

Retrouvez tous les livres, le travail de Morgane Boullier ici :

SON SITE (cliquez ici)

 

-- Comment êtes-vous venue à l’illustration de livres pour enfants ?

J'ai toujours aimé raconter des histoires, avec des mots et avec des images.

Plus jeune, j'ai plusieurs fois tenté de faire éditer quelques-unes de mes histoires, mais le feu n'a pas pris à ce moment-là et j'ai continué mon chemin.
J'ai toujours eu plusieurs projets en parallèle, ce qui est plutôt pratique : si l'une des graines que je plante dans mon jardin créatif ne germe pas, je continue à arroser les autres, ou j'en plante de nouvelles ! :)

J'essaie toujours, le plus possible, de peindre et de créer de façon alignée avec mon "énergie du moment", avec ce qui m'apporte le plus de joie, en faisant confiance à la vie pour mettre sur mon chemin des gens et des projets auprès desquels cette énergie résonnera.
Et c'est plus ou moins ce qui s'est passé finalement.

J'ai continué à travailler dans l'animation quelques années, tout en continuant en parallèle à peindre la Nature, et à développer mes autres idées et projets. Puis, en 2016 je suis partie m'installer au Japon, j'ai découvert la peinture sumi-e et j'en suis tombée complètement amoureuse. Petit à petit, au fur et à mesure de mon apprentissage, mon univers graphique s'est lentement épuré, harmonisé, un peu japonisé aussi. Et l'on m'a de plus en plus fait appel pour des projets ayant un lien avec le Japon, souvent pour des projets d'édition (magazines, guides…)

Une chose en entraînant une autre, j'ai rencontré Alice Monard (auteure de la collection Kotori que j'illustre également chez le même éditeur), puis les éditions Akinomé, et nous avons ainsi commencé à développer tous ces jolis projets de livres ensemble.

- Passer de l’illustration de dessin animé au livre est-il si différent ?

Oui et non.
Finalement, il s'agit dans les deux cas de raconter des histoires.

Lorsque je travaillais en studio d'animation, j'occupais le poste de "décoratrice", ce qui est en soi de l'illustration (dessin et composition d'image, recherche d'ambiances, et de couleurs, peinture digitale…), mais essentiellement numérique.

Illustrer des livres pour enfants, c'est finalement un peu la même chose. On met en image les mots d'un autre artiste. C'est une collaboration poétique, et c'est tout aussi passionnant.

La seule grosse différence entre ces deux phases de mon parcours est mon retour au traditionnel. Aujourd'hui, je peins d'abord toutes mes illustrations à l'encre sur papier gasen (que l'on appelle plus vulgairement "papier de riz"), puis je les scanne et les ajuste numériquement.

Le contact avec la matière, avec le "réel" plutôt que le virtuel, est ce qui me plait le plus, de très très loin.
L'odeur de l'encre, la texture du papier, le bruit du pinceau rythmé par mes gestes, tout cela m'apporte beaucoup de joie.

 

- Comment avez-vous découvert le Japon, et être amenée à y vivre ?

Je me suis rendue au Japon pour la première fois en 2015, en vacances avec mon compagnon, qui, lui, avait déjà eu l'occasion d'en découvrir les charmes.
Je suis arrivée sans attente particulière si ce n'est de découvrir un petit bout de monde encore inconnu… pour finalement repartir du pays complètement émerveillée.

Quelques mois plus tard, cherchant à quitter Paris, la possibilité de partir vivre quelques temps à l'étranger, et pourquoi pas au Japon, est arrivée dans la discussion et nous avons décidé de nous lancer !


Nous sommes partis avec un Visa Vacances Travail (PVT), dans l'idée de vivre à Tokyo une année, pour finalement y rester presque cinq en tout…
Une très précieuse période de nos vies à tous les deux.

 

- Vous étudiez le sumi-e, pouvez-vous nous parler de cet art japonais, votre passion pour cet art ?

Il y a tellement à dire sur le sujet… La découverte de cet art traditionnel a été un tournant dans ma vie.
La rencontre parfaite entre mon amour pour la nature et ma créativité.

Sumi-e signifie littéralement "image (e) à l'encre noire (sumi)" en japonais.

La peinture sumi-e est un art traditionnel japonais qui s'inspire essentiellement de la nature et des saisons, mais c'est aussi une philosophie et une pratique zen qui vise à améliorer sa patience et sa concentration, à faire le vide dans sa tête, à capturer l’instant présent. Qui réapprend à contempler.
 

On peint sur "papier de riz" (appelé gasenshi au Japon : un papier très fin, presque transparent), à l'encre noire, en quelques traits de pinceaux que l'on ne peut pas corriger. Les gestes sont lents, puis rapides, rythmés par la respiration.
On utilise/joue avec le blanc du papier, le "vide", pour laisser au "regardeur" la liberté d'imaginer le non-dit.

 

Enfin, le sumi-e n'a pas pour vocation de représenter les choses de façon réaliste, mais plutôt l'essence d'un sujet, une énergie, une vibration, un moment.
On tente de capter un fragment d’un oiseau, d’une fleur, d’un insecte ou d’un paysage et de le retranscrire avec de l’encre, de l’eau sur du papier, en fonction de nos ressentis et émotions.

 

- Envisagez-vous construire une carrière d’autrice-illustratrice pour la jeunesse ?

Lorsqu'on tente de vivre de son activité artistique, il est un peu compliqué de mettre tous ses œufs dans le même panier, d'autant plus lorsqu'il s'agit du monde de l'édition malheureusement, ce n'est un secret pour personne…

Avoir l'opportunité d'illustrer d'autres livres et de raconter des histoires me plairait énormément oui, pour la jeunesse ou non d'ailleurs, mais je ne suis pas sûre que j'aimerais m'y consacrer exclusivement.

Aujourd'hui mon activité artistique est multiple et cela me plaît particulièrement.
Du moment que je peux continuer à peindre, et à travailler sur des projets dont le coeur me plait, je suis ouverte à tout.


- Quels sont les illustrateurs ou auteurs qui vous inspirent ?

Je suis amoureuse du travail d'énormément d'artistes, du coup c'est un peu difficile de choisir…
Au niveau des illustrateurs et illustratrices, je dirais :
- Jean Mallard, pour ses couleurs
- Akira Kusaka pour sa poésie
- Benji Davies pour ses jolies histoires et son univers
- Lili Wood pour la douceur de ses paysages bretons, d'où je suis originaire

Et puis bien sûr, je me dois de parler de la qualité de l'écriture d'Alice Monard, avec qui je collabore avec tellement de plaisir sur la collection KOTORI…
 

- Comment avez-vous travaillé pour réaliser votre imagier japonais ?

Nous avons commencé, avec l'équipe des Éditions Akinomé, par choisir la liste de mots que contiendrait l'imagier.
Une partie des illustrations de l'imagier existaient déjà avant que l'on ne commence le projet.

J'ai pris soin de choisir des mots qui me feraient particulièrement plaisir à illustrer.
C'est ce qui me permet de peindre avec joie et du coup, je crois, d'obtenir de meilleurs résultats.

J'ai peins toutes les illustrations de l'imagier en traditionnel, en grand, sur papier gasen ('papier de riz"). Les techniques de la peinture sumi-e se prêtent particulièrement bien à la représentation de sujets végétaux ou animaux.
J'ai ensuite scanné et retravaillé mes peintures numériquement pour les affiner et les adapter à l'impression.

Je dois dire que je suis ravie du résultat, de la qualité du papier et de l'impression, choix de mon éditrice. Je trouve l'objet très beau.
J'ai adoré travailler sur ce livre.


 

- Si vous deviez évoquer le Japon par :

une couleur : le brun doré, couleur du bois brûlé dont sont construites les machiya et autres maisons traditionnelles.

un son : le chant des furin, petites clochettes à vent au son cristallin, un enchantement

un goût : celui des yaki-imo, patates douces qui rôtissent dans les petits stands de rue

une matière : le papier washi bien sûr
 

- Pouvez-vous nous parler de vos projets ?


J'illustre actuellement les prochaines histoires de la collection KOTORI, commencée il y a un an et demi, dont les deux premiers tomes viennent de sortir en librairie.
En parallèle, je travaille sur une série de peintures originales, montées sur kakejiku, que j'aimerais exposer en France d'ici la fin de l'année.

Sinon, je viens de lancer mon PATREON, plateforme artistique et créative sur laquelle je partage les coulisses de mon métier d'artiste-illustratrice.

J'ai également une boutique Etsy, dans laquelle je propose des reproductions de mes peintures et des collections originales à la vente.

Enfin, j'ai un podcast "Couleur Wasabi" sur lequel je parle de la peinture sumi-e, du Japon, et d'art et de créativité en général.

Le mieux pour suivre mes actualités est de me retrouver sur Instagram, c'est la plateforme sur laquelle je partage mes projets en cours et mon travail.

 


Pour aller plus loin...


Instagram : www.instagram.com/morgane.boullier

Site : www.morganeboullier.com
Boutique Etsy : https://www.etsy.com/fr/shop/MorganeBoullier

Patreon : www.patreon.com/morganeboullier