DELAMARRE BELLEGO, Véronique

 

Delamarre bellego

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Véronique Delamarre habite près de Paris. Elle a vécu au Japon et à Singapour, et a beaucoup voyagé en Asie. Elle s’est lancée dans la littérature jeunesse il y a 20 ans, avec Le Secret de grand-oncle Arthur, SOS ange gardien, et Banzaï Sakura, tous trois lauréats du Prix des Incorruptibles. Elle écrit aussi à quatre mains avec Pascale Perrier : Les Terres interdites (Actes sud), Le Lycée des secrets (Auzou), Super Globo (Pépix), Tonnerre de mammouth (Pépix) et l’Académie des génies (Auzou). Elle a publié une cinquantaine de romans, en solo ou en duo, qui remportent un vif succès auprès des 8-16 ans. Elle se définit comme passeuse d’histoires. Elle continue de voyager pour explorer les mystères du monde. Elle va avec joie à la rencontre de ses lecteurs, et anime des ateliers d’écriture pour les entraîner sur les lumineux chemins de la création. Elle collabore avec Oval depuis 2012, et intervient à l’Abbaye de Saint-Maur, à Belle-Île et en Haute-Savoie. (-pres. charte des auteurs)

 

1 – Comment êtes-vous venue à l’écriture pour la jeunesse ?

Petite, chaque fois que je finissais de lire un livre, je remerciais l’auteur de m’avoir fait le cadeau de son histoire. Et je me disais : « j’aurais tant aimé être écrivain ! » (au conditionnel, pas au futur, satané « s » qui nous bride). C’était un rêve totalement inaccessible à mes yeux. Je ne me suis donc pas orientée vers des études littéraires, mes premiers métiers n’ont pas du tout été dans l’univers du livre. J’écrivais pour moi, bien sûr, sous plein de formes, mais j’avais un peu renoncé à ce projet d’écrire pour les autres, quand la vie m’a fait une belle surprise : un déménagement au Japon ! J’ai dû quitter mon travail, et je me suis retrouvée avec plus de temps libre que je n’en avais jamais eu. Alors, j’ai colorié l’oeil d’un Daruma, et je lui ai confié mon voeu : écrire et être publiée, au moins une fois. Et voilà !
Ce qui a surgi alors, ce sont des textes pour la jeunesse. Je ne m’y attendais pas. Mes enfants avaient l’âge de mes lecteurs, cela m’a sûrement portée. Je ne me suis pas posé de question, j’ai suivi le flow. J’avais attendu tellement d’années, que les histoires sont arrivées en abondance !
J’ai écrit une cinquantaine de romans et j’ai encore plein de projets !

 

2 – Vos romans s’adressent à de jeunes lecteurs, pourquoi cette tranche d’âge ?

J’écris pour des lecteurs de 7 à 1007 ans ! J’ai une grande affection pour les 8-13 ans, c’est un peu ma tranche d’âge fétiche. Ce sont des années magiques, entre la fin d’une première bulle d’enfance sacrée, et un début d’adolescence. Je me souviens très bien de ces années-là, l’âge de tous les possibles, où on flotte entre réel et imaginaire. C’est le moment où on commence à découvrir sa propre voix. J’écris pour que mes lecteurs entendent la singularité de leur voix, tout en s’adaptant au monde qui les entoure. Mes romans sont peut-être des guides joyeux sur ce chemin, des compagnons de solitude.
J’ai des textes pour tous les âges. Même une dystopie initiatique grands ados/ jeunes adultes, Les Terres interdites, publié chez Actes Sud jeunesse

 

3 – Quels sont les livres, personnages qui vous ont marquée enfant ?

Entre 8 et 10 ans, Le Club des cinq, sans hésitation ! Ma passion !
Je plaçais Enid Blyton sur la première marche du podium ! Autrice féconde, créative, prolifique, qui n’écrivait que pour moi, j’en étais certaine !
Il y avait aussi Marcel Pagnol, Jack London, Valérian et Laureline, agents spatio-temporels, Rahan, Pearl Buck (l’Asie déjà), des BD, les Signe de piste : je lisais tout ce qui me tombait sous la main et cet éclectisme me convenait très bien.
J’ai vite pioché dans la bibliothèque de ma grand-mère : Victor Hugo, des romances, des romans interdits lus avec délectation…
Vers 13 ans, découverte par hasard de Zola, roman social, un véritable coup de poing. Et Alexandre Dumas, une plongée dans tous les possibles romanesques. J’ai adoré ! André Brink, une saison blanche et sèche, autre lecture coup de poing, sur l’apartheid.
Vers 16 ans ; d’autres voix précieuses de femmes, Duras, Colette, Yourcenar.
Et tant d’autres depuis.
J’ai replongé dans la littérature jeunesse à la sortie de Harry Potter. Merci à JK Rowling d’avoir rendu cela possible. Aujourd’hui je lis autant de littérature jeunesse et ado que de littérature générale. Je continue de nourrir l’enfant en moi.

 

4 – « Banzaï » était prévue pour être une série ? Comment est née cette histoire ?

Au départ, Banzaï Sakura était un unitaire. Je l’ai écrit dans le cadre du Feuilleton des Incos, je l’ai retravaillé après, mon éditeur l’a publié dans la foulée, il l’a proposé au Prix des Incos, il a été sélectionné et il a été lauréat. C’était la première fois qu’un roman issu du Feuilleton remportait le prix des Incos. C’est resté dans les annales !
Ce roman a connu un certain succès, et je sentais que les personnages avaient encore tant de choses à vivre, que la série s’est imposée.
Les suites sont Banzaï au pays des mangas, et Banzai Kawaii et se passent au Japon. A Tokyo et à Yamanakako, près du Mont Fuji. Ce sont les terres ancestrales de Sakura, mon héroïne, descendante d’un clan de Samouraïs. Et c’était un village où je louais un petit chalet le weekend pour respirer un peu, me baigner dans les onsen, et contempler le Fuji. Un lieu magnifique.

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5 - L’Asie est-elle si différente que vous l’imaginiez avant de la parcourir ?

L’Asie est multiple, bien sûr ! Rien à voir entre le Nord du Japon et le Sud de l’Inde, les contreforts de l’Himalaya et Bali.
Au Japon ce qui m’a le plus étonnée, c’est la douceur. Le calme. La recherche de la beauté, la contemplation de la nature, le raffinement, la présence du sacré et de la spiritualité en toute chose. La sécurité, les chats, les contrastes, le babil d’une langue qui m’était inconnue à mon arrivée et que je percevais comme un chant (j’ai vite appris le japonais pour pouvoir communiquer !).
J’ai fait l’expérience d’être étrangère dans un pays qui ne s’ouvre pas beaucoup au reste du monde, c’est enrichissant.
Ce qui ne m’a pas facilité la vie : le fait qu’il n’y ait pas de noms de rues (je conduisais, j’apprenais mon trajet par coeur), que certaines rues changent de sens à midi (je me suis retrouvée un jour en sens interdit face à l’armée japonaise), et que souvent la terre tremble.
J’ai ensuite vécu à Singapour, ville multiculturelle, où j’ai suivi des cours pour devenir guide au Musée des civilisations asiatiques. J’avais un petit faible pour les Peranakans, le Bouddhisme, l’Hindouisme, et la route de la soie. Dans ce pays j’ai découvert les cultures des différentes communautés : l’Inde, l’Asie du Sud-Est et ses minorités, la Chine, la Malaisie et l’Islam. Quelle richesse !

 

6 – Quels sujets aimeriez-vous développer dans de prochains romans sur l’Asie ?

La K-pop pour la Corée, les Sumos pour le Japon, les différentes cuisines (le voyage d’un grain de riz ?), le culte des ancêtres, le Feng Shui, le rapport à l’au-delà. Les catastrophes naturelles aussi : je vivais à Singapour en 2004 lors du tsunami, j’en parlerai peut-être un jour.

 

7 - Nombreux pays asiatiques comme la Malaisie, Singapour... sont peu évoqués par les auteurs francophones : est-ce un manque d’intérêt, de connaissance, ou de contraintes éditoriales selon vous ?

Un peu de tout cela. D’une part, il y a très peu d’auteurs français qui connaissent ces pays et qui savent quoi en dire ; d’autre part, les éditeurs doivent craindre que le sujet n’intéressent pas assez de lecteurs et que les ventes ne soient pas au rendez-vous.
Comptons sur les enfants pour faire bouger les lignes : ce sont eux qui ont impoosé les mangas ! Et maintenant la culture coréeenne.
Figurez-vous que j’ai dans mes tiroirs un roman sur Singapour et la Malaisie ! Ca se passe pendant le Grand Prix de Malaisie, un jeune garçon qui devait y assister est bloqué à Singapour par la dengue. Sacré moustique ! Si un éditeur est intéressé, je suis prête à le publier !

 

8 – Vous animez des ateliers d’écriture avec les enfants : ont-ils selon vous beaucoup changé dans leur demande, centres d’intérêts ?

J’anime beaucoup d’ateliers d’écriture avec les élèves ou collégiens, différents formats sur différents thèmes. J’ai notamment un atelier sur le Japon qui remporte un vif succès, et entraîne les lecteurs récalcitrants dans l’écriture. J’ai d’autres ateliers sur la Mythologie, sur les enquêtes, sur les Jeux olympiques, cette année, c’est du sur-mesure.
Oui, les centres d’intérêt évoluent, c’est normal, le monde change. Mais dans le fond, les attentes et compétences restent les mêmes, je trouve. Les enfants ont toujours en eux cette force créatrice qui n’est pas assez sollicitée. Et qu’ils sont fiers d’eux quand ils réussissent à finaliser un récit collectif !
Dans mes ateliers d’écriture, tout le monde écrit, on ne laisse aucun élève sur le bord du chemin, c’est un équipage, on s’organise avec les forces et faiblesses de chacun, c’est ce qui fait la beauté de la chose. C’est ce qui me plait.
Depuis deux ans, on peut utiliser les financements pass culture, ça change la donne !

 

9 – Pouvez-vous nous parler de vos projets ?

Mon prochain projet asiatique portera sur la Corée et la vague Hallyu qui déferle en Europe. Je prévois de prendre des cours de coréen et de retourner à Séoul pour m’immerger et écrire dans la ville.
J’ai d’autres parutions prochainement : une série sur la préhistoire (Tonnerre de mammouth - Sarbacane), sur la pâtisserie (Club cookies – Auzou), ainsi qu’une chasse au trésor à Tokyo. Et peut-être un quatrième Banzaï !
L’Asie est dans mon coeur pour longtemps. Et j’espère contribuer par mes romans, mes ateliers et rencontres scolaires, à transmettre cette passion.