FABIEN DOULUT

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A propos de "BAKU LE MANGEUR DE RÊVES" Ed. P Picquier

Pouvez-vous nous parler de votre parcours, ce qui vous a mené vers l’illustration ?

Je dois fais parti d'une immense majorité d'illustrateurs qui dessinaient avidement à l'école primaire. Au collège, j'ai découvert la BD américaine, les mangas et mon sort était définitivement perdu. Plus tard j'ai fais des études en arts appliqués près de Limoges (ô joies de la vie étudiante!). Puis, je suis revenu à la réalité en m'installant à Paris pour exercer mon métier initial de designer, que je pratique encore aujourd'hui (à mi-temps), dans la même agence qu'à mon arrivée.

Mais finalement, j'ai pris conscience que je ne dessinais presque plus : quelques roughs d'intention, des croquis en réunion ou sur un coin de table, pas plus. Même si le métier de designer possède un processus créatif comparable à l'illustration, il me manquait un espace d'expression. Voilà pourquoi je me suis remis à mes crayons.

 

Vous avez déjà été publié, chez un autre éditeur ; comment est né votre premier livre ?

La naissance de mon premier livre jeunesse a été plus laborieuse que les autres, il a 5 ans aujourd'hui et je crois qu'il fait sa vie seul…

Mon précédent livre, Le ballon de la paix, était une proposition du buveur d'encre. Le thème de la trêve de Noël dans les tranchées m'a passionné, et le travail que nous avons fait (avec l'éditrice Gaëlle Callac et l'auteure Géraldine Elschner), reste un excellent souvenir pour moi d'entente, d'efficacité et de cafés dans les bistrots du quartier de Bastille.

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Aviez-vous eu l’envie depuis longtemps d’illustrer un album destiné aux jeunes lecteurs ?

Je ne me suis pas posé la question. J'ai choisis l'illustration jeunesse naturellement car elle est en phase avec ma démarche, et accessible pour moi, contrairement à la BD par exemple, qui me parait plus ardue. Le livre jeunesse offre plein de liberté : on peut composer de grandes images, et faire passer autant de messages qu'avec n'importe quel autre support.

 

« Baku le mangeur de rêves » aborde la culture japonaise ; aviez-vous un intérêt pour cette culture ou l’histoire vous a t-elle menée vers elle ?

Qui de l’œuf ou de la poule? D'un côté, le discours et les thématiques que je souhaitais aborder m'ont conduit à intégrer la culture japonaise dans le livre : l'univers folklorique des Yôkaï collait avec le concept du monstre mal-aimé que je triturais depuis quelques temps. Et d'un autre côtés, sans mon goût du japon, je serais surement parti dans une autre direction. 

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Comment est née cette histoire de mangeur de rêves ?

Au départ je souhaitais aborder le thème du rejet de l'inconnu, en plaçant le monstre au cœur de l'histoire, en héros principal. Un monstre bon mais rejeté par les hommes à cause de sa laideur et de sa différence. Une ébauche d'histoire commençait à faire son petit bonhomme de chemin.

Puis, au cours de mon premier voyage au Japon, j'ai découvert les Yôkaï. On les retrouve, aussi bien sur les estampes d’artistes du XIXème siècle que sur les mangas animés d’aujourd’hui. J'en ai vu partout, figés sous forme de statuette, d'estampe, ou stylisés en mascotte pour des marques sur des logos… A mon retour, je me suis acheté le dictionnaire des Yôkaï de Shigeru Mizuki, où j'ai rencontré Baku, la pièce manquante de mon discours. Une fois que le projet eut été bien ficelé (manuscrit, chemin de fer et quelques illustrations), j'ai démarché les éditions Philippe Picquier, à l’occasion du salon du livre de Montreuil où j’ai rencontré Alan Guilvard. Le projet leur a plu et ils m'ont accompagné jusqu'à sa publication.

 

A la lecture de cet album, certains titres d’autres albums nous viennent à l’esprit comme « Max et les maxmonstres ». Avez-vous des références ou des souvenirs d’illustrateurs, auteurs pour la jeunesse qui vous inspirent ?

Les artistes qui m'ont inspiré pour Baku sont par exemple : David Lynch et son film Elephant man, les expos d'art populaire et d'art brut (Hey! par exemple), Shigeru Mizuki et son dictionnaire des yôkai, les livres de Florent Chavouet et son point de vue sur le Japon, les peintures de Taizi Harada, les romans de Murakami (Haruki), et puis bien sûr le koto, les udons, le nô, etc.

Paradoxalement, je n'ai pas beaucoup de référence en jeunesse.

 

Qu’est-ce qui vous attire, vous surprend dans la culture japonaise ?

J'imagine que ma génération et celles qui ont suivies ont baigné dans une culture japonaise, qui s'est exportée chez nous, dans nos télévisions, dans nos lectures, dans nos assiettes, sans être envahissante... En grandissant, j'ai fais mon marché, en me nourrissant d'abord de mangas, puis de judo, plus tard de romans japonais, puis de koto, de udons, de nô, etc.

La première fois que j'y suis allé,  j'ai été conquis tout de suite. Toute la culture que j'avais absorbé et que j'avais probablement fantasmé, s'articulait devant moi. C'est une histoire de goût aussi, par exemple je trouve Tokyo très zen, alors qu'il s'agit d'une agglomération de 40 million d'habitants… Se retrouver dans un petit village de l'archipel d'Okinawa m'a séduit pour de bon.

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Quelle technique utilisez-vous et comment arrivez-vous à obtenir ce rendu avec ces nuances de couleur marron ?

C'est une technique mixte. Je travaille mes illustrations en N&B avec des graphites (crayons, graphite aquarellable, fusains,...) puis les colorise sur ordinateur. Je voulais créer un univers de camaïeux rouge, ocres et bruns pour évoquer la vivacité de l'automne japonais et le crépuscule.

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Pouvez-vous nous parler de votre travail d’artiste ?

Je travaille sur différents types de projets, des livres jeunesse, des couvertures de romans, des strips BD, des pochettes de disques, des illustrations de presse... Beaucoup de sujet m'intéressent, c'est pour cela que j'utilise des styles graphiques assez différents. Je n'illustre pas une pochette de disque pour un groupe de punk de la même façon qu'un livre jeunesse. A chaque nouveau projet, je remet les compteurs à zéro, et utilise consciemment ou pas, le processus créatif  analyse - conceptualisation - recherche - réalisation. Le but étant de satisfaire tout le monde, le commanditaire, les gens et moi-même. 

 

Vos projets artistiques ?

En ce moment, j'ai quelques commandes (illustrations pour livre scolaire, pochettes d'album) et 2 livres jeunesse sous une forme embryonnaire...

 

Fabien Doulut sur le web :

http://www.fabiendoulut.com/

 

bibliographie (édition jeunesse) :

"Baku le mangeur de rêves" - éd. P Picquier, 2016

"Le ballon de la paix" / Géraldine Elschner - éd. Buveur d'encre, 2014

"La Mélodie du bonheur" / Anne Loyer et Sylvie Albou-Tabart - éd. Alice, 2013

"Destinataires non communiqués" / Grégoire Kocjan - éd. Atelier du poisson soluble, 2012

"L'intrépide soldat de plomb" - éd. MicMac, 2012