JOLIVOT, Nicolas chi-fan

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Nicolas Jolivot, artiste plasticien,a commencésa carrière en dessinant les vents lors d’un tour de France à pied, l’année de son diplôme aux Arts décoratifs de Paris. Depuis il a beaucoup voyagé : un an en Guyane, trois étés en Scandinavie, six mois pour découvrir la Chine avec épouse et enfants, une dizaine de séjours au Maroc pendant lesquels il parcourt tout l’Atlas en CitroënAmi 8. Tandis que ses carnets de voyage - superbes - se multiplient, il réalise de nombreux travaux de graphisme et d’illustration, souvent pour des collectivités territoriales, musées et institutions. Créateur de la manifestation « Une semaine enchantée », où des artistes s’exposent dans le Saumurois, il aime s’adonner à l’exploration de nouveaux champs d’expression, dont l’album jeunesse avec Le Calligraphe.

Nicolas Jolivot a également publié Nakoul, on mange à Marrakech et Chifan, mangeons en Chine, aux éditions L'A Part Buissonnière, 2012.

(présentation éditions HongFei cultures)

A propos de "Chine : scènes de la vie quotidienne" / HongFei cultures, 2014, chine-des-enfants a échangé avec l'auteur (cliquez ici)

L'univers de Nicolas JOLIVOT sur son site (cliquez ici)

 

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- Depuis « Chine : scènes de la vie quotidienne », quels sont vos liens avec ce pays, comment l’observateur de la vie quotidienne a t-il vu ce grand théâtre évoluer ?

Je suis retourné chaque année en Chine depuis 2014, toujours en simple promeneur. Socialement en marge dans mon propre pays, puisque je n'ai toujours pas de téléphone portable et que je ne suis pas sur les réseaux sociaux, je suis un extraterrestre en Chine ! Aujourd'hui, beaucoup de Chinois n'ont plus de monnaie en papier ou de pièces d'1 kuai dans la poche. Une glace s'achète au vendeur ambulant avec le "portable". La Chine que j'ai connue au début des années 2000 paraît dèjà si loin !

- Ce qui est étonnant dans cet ouvrage c’est son caractère encyclopédique presque exhaustif sur le sujet : comment avez-vous travaillé pour, en quelques lignes et de superbes dessins, arriver à aborder tous les angles de chaque thème et les synthétiser en en gardant la saveur de lecture ?

C'est beaucoup trop élogieux pour une chose qui s'est faite avec le temps, au petit bonheur la chance, pas trop réfléchie à l'avance. Par contre, dès que je voyais une scène, un plat, une attitude de mangeur ou de vendeur que j'avais la sensation de n'avoir jamais vus, je me jetais dessus goulûment avec mon pinceau. C'est peut-être le résultat du vif intérêt répété que j'ai eu à dessiner.

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- La nourriture est un sujet inépuisable que l’on partage via tous les supports et réseaux sociaux . Qu’est-ce qu’un carnet de voyage, un album comme celui-ci selon vous apporte de plus ou ne peut être retranscrit sur d’autres supports ?

Le spectacle n'est pas uniquement dans l'assiette, il est même surtout autour de l'assiette. Le plat et l'aliment ne sont pas le plus important, ce qui m'intéresse surtout, c'est le repas comme un moment de répit. J'ai toujours pris plus de plaisir à nourrir mes yeux qu'à remplir mon estomac (et pourtant je suis gourmand), c'est peut-être pourquoi je n'ai pas fait le dix mille unième livre de recettes gastronomiques asiatiques. Quant au dessin, il a un avantage, c'est qu'on peut concentrer sur une seule image des tas de petits instants différents et puis il ne dérange pas les gens. Au contraire, ils s'amusent de se voir dessinés. Les photographier me gênerait, ce n'est pas mon domaine.

- Avez-vous proposé votre projet tel quel à l’éditeur ?

Non. Au départ, c'était un petit recueil carré que j'avais autoédité. Avec de nouveaux dessins, je me suis dit que ça pourrait peut-être intéresser un éditeur que je connais bien et qui prend systématiquement mes propositions à contre-pied sur la forme, donc il est devenu un format tès vertical. C'est justement pour cette raison (entre autres) que c'est un bon éditeur ! Sur le fond, presque oui.

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- Avec l’évolution rapide des échanges entre la Chine, l’Asie et la France, constatez-vous une évolution des clichés sur nos arts de manger respectifs, une influence ?

Je me demande souvent si les Chinois ne sont pas plus curieux de découvrir notre art de manger que le contraire.

- Vous voyagez beaucoup, prenez le temps d’observer, de découvrir… Y a t-il une scène, un métier, un plat chinois qui vous a particulièrement marqué ?

Prenez une grosse poignée de petits galets blancs et lisses de rivière, mettez les dans un four très chaud. Coupez finement des morceaux de viande et de légumes crus, placez-les dans un récipient en métal, versez dessus les galets brulants, brassez. Cinq minutes plus tard, vous piochez avec vos baguettes les petits morceaux cuits par le contact des galets. J'ai vécu cela dans le Yunnan et j'ai trouvé le système tellement magique que j'en ai oublié de le dessiner.

- Les appartements « standards » et occidentaux remplacent la maison traditionnelle, le TGV le train couchettes, le fast-food le street-food… Qu’est-ce qui fait que ces scènes que vous décrivez résistent toujours à cette modernité ?

Il suffit d'aller dans les campagnes pour voir que beaucoup de traditions autour de la restauration existent encore. C'est pareil chez nous. Certes, la mondialisation lisse tout ce petit monde et, bientôt, tous les habitants de notre planète mangeront les mêmes plats et de la même façon. Il restera toujours, j'espère, des moments de la vie pour retrouver les gestes et les gouts particuliers que l'on se transmet de génération en génération.

- Vous nous faites revivre ces scènes de rue : si vous deviez retenir de cela…

- un son le bruit de la flamme qui jaillit sous le wok

- une odeur celle des nouilles hydratées dans leur bol en carton que mange mon voisin dans le train

- une couleur le blanc nacré du litchi sous son écorce rouge

- un goût celui du jujube dans le séchoir traditionnel de monsieur Guo Ru Bin

- Vos prochains voyages, projets ?

J'essaie de dessiner toutes les plantes, tous les insectes et les animaux de mon petit jardin. Depuis six mois, je trouve que mon jardin est grand comme la Chine !