FADJONG EDITIONS

Un nouvel éditeur pour évoquer la vie en Chine aujourd'hui : les éditions Fadjong apportent ce regard qui nous manquait! 

chine-des-enfants s'interroge depuis 25ans sur la représentation de la Chine dans l'édition jeunesse : si les jeunes lecteurs pouvaient explorer ce pays à travers les livres jusque dans les années 1960, la Chine est devenue mystérieuse et figée dans une époque fantasmée : dragons, empereurs, paysans et autres clichés bien éloignés de la Chine d'aujourd'hui. 

 

Rencontre avec STEPHANIE OLLIVIER des éditions FADJONG

Ma vie en chine

Fadjong est une toute jeune maison d’édition indépendante spécialisée dans les livres documentaires jeunesse sur la Chine. Elle s’adresse en priorité aux familles sensibilisées à la Chine et l’Asie (familles franco-chinoises, diaspora, élèves de mandarin…), en espérant que ses ouvrages toucheront également des enfants francophones peu familiers du monde chinois. Le premier album des éditions Fadjong, paru début 2023, inaugure la collection Ma Vie en Chine en se penchant sur le thème de l’école : en suivant Lina, petite franco-chinoise de huit ans, les jeunes lecteurs y découvriront le quotidien des élèves d’une école élémentaire de Pékin. (présentation de l'éditrice)


 

1 - Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je suis partie en Chine au milieu des années 90, par curiosité pour un pays que je ne connaissais pas du tout mais qui commençait juste à s’ouvrir au monde. Je m’étais inscrite pour un semestre de cours de mandarin à Pékin… et je suis finalement restée là-bas une vingtaine d’années ! J’y ai fait des tas de choses différentes, comme tout le monde à l’époque dans une Chine en pleine effervescence, dans tous les domaines. J’ai notamment travaillé comme journaliste indépendante, auteure (guides de voyage, beaux-livres, jeunesse…) et interprète. Je suis rentrée en France depuis plusieurs années mais continue à travailler sur des projets franco-chinois. Le lancement fin 2022 de Fadjong, maison d’édition jeunesse, est le plus récent

2 - Créer cette maison d'édition était l'idée de départ ou avez-vous fait des propositions à d'autres éditeurs ?

Quand j’ai eu l’idée de la collection Ma Vie en Chine, j’ai écrit à 3-4 éditeurs jeunesse. Et j’ai vite compris que des albums documentaires sur la Chine actuelle c’était un projet trop « niche » pour la plupart des éditeurs français, donc qu’il serait plus efficace de les publier moi-même. J’avais en fait déjà cette idée en tête car j’avais publié un city-guide sur Pékin quand j’y vivais et j’avais beaucoup aimé l’expérience. La volonté de créer ma propre maison d’édition s’est donc rapidement imposée.

3 - La Chine est de plus en plus présente dans notre quotidien, dans l'actualité, mais oubliée dans les livres pour enfants. Est-ce selon vous une trop grande méconnaissance de la société chinoise ?

La Chine ne me semble pas oubliée dans les livres pour enfants, mais il s’agit le plus souvent de recueils de contes et légendes ou d’albums de fiction, souvent très beaux. Mais la Chine réelle et actuelle est en effet peu présente dans l’offre éditoriale jeunesse en France. C’est d’ailleurs l’un des facteurs qui m’a donné envie de publier des ouvrages documentaires sur ce pays. Cet « oubli » peut probablement en partie s’expliquer par une méconnaissance de la société chinoise. Il est peut-être aussi dû au fait que la Chine de 2023 est moins attirante, moins « exotique » ou esthétique aussi aux yeux des Français que la Chine des empereurs, ou même la Chine maoïste. Mais il reste étonnant car ce pays risque d’être encore bien plus présent qu’il l’est déjà aujourd’hui dans la vie des nos enfants. Il me semble donc pertinent -- important même -- de familiariser les jeunes lecteurs français avec la Chine ordinaire d’aujourd’hui au travers d’ouvrages au fond pédagogique et à la forme ludique, ce que les éditions Fadjong ambitionnent de faire.

4 - Selon votre expérience, les préjugés sur la Chine ont-ils beaucoup changé ?

Dans les livres pour enfants, les petites filles chinoises portant des tresses et des vestes matelassées qui écrivent des sinogrammes au pinceau sont le genre de clichés qui ont encore la vie dure ! Mais plus généralement, il me semble que la vision qui a longtemps prévalu d’une Chine rurale et pauvre mais dont la culture millénaire restait fascinante a laissé la place, depuis quelques années, à celle d’une Chine grande puissance économique, nationaliste et inquiétante. C’est un changement de perception assez radical, qui fait trop souvent oublier que les politiques et les discours d’un régime dictatorial comme celui du président Xi Jinping ne représentent pas la réalité de que pense ou vit tout un peuple au quotidien, a fortiori dans un pays aussi vaste et diversifié que la Chine.

5 - Les jeunes français d'origine chinoise sont-ils toujours très connectés avec la Chine ?

J’en connais personnellement assez peu. Mais si l’on regarde la vitalité des associations de jeunes Français originaires de Chine ou d’Asie, ainsi que la multiplication des médias en ligne et des podcasts produits par ces jeunes (par exemple ceux d’Asiattitudes[1] ou de Bahn Mi[2]), on sent au moins qu’ils s’interrogent sur leurs racines. Lors d’un récent débat organisé à Paris par des Chinois de seconde génération, une jeune femme racontait qu’elle ne se souvenait que de contacts épisodiques et assez passifs avec la culture chinoise lorsqu’elle elle était jeune (essentiellement les célébrations en famille du nouvel an), mais qu’après être devenue mère à son tour, elle avait commencé à s’informer activement sur les traditions et la langue chinoise, avec un désir clair de transmission. C’est probablement une évolution assez classique chez les jeunes Français d’origine chinoise

6 - De la vie quotidienne en Chine, quel aspect qui vous a le plus plu et le plus surprise aimeriez-vous raconter dans un album ?

Pendant mes années en Chine, au moins les 15 premières, j’ai adoré l’énergie positive qui animait alors la société chinoise dans son ensemble, l’ouverture d’esprit des jeunes, les projets souvent démesurés que tout le monde semblait avoir, une sorte de mouvement permanent qui était intellectuellement très motivant. Je ne sais pas s’il est possible de raconter dans un album ce qui était plus un état d’esprit que des faits tangibles, mais c’est un défi que j’aimerais relever un jour !

7 - Vous abordez dans votre premier album le thème de l'école : est-ce plus difficile d'être élève en Chine aujourd'hui ?

Ce qui est probablement plus difficile pour un élève en Chine qu’ailleurs, c’est la pression permanente (notes, devoirs, classements, évaluations, examens…). Les dirigeants en ont pris conscience et ont récemment essayé de l’alléger, avec officiellement moins de devoirs ou l’interdiction des cours de soutien privés. Mais le système éducatif chinois reste intrinsèquement compétitif, avec en fin de parcours le « gaokao », l’équivalent chinois du bac, en fait un concours qui ne permet  qu’aux meilleurs d’accéder aux bonnes formations universitaires. Résultat : les parents mettent encore plus la pression que l’école elle-même sur leurs enfants, et continuent à braver les interdictions pour leur faire suivre des cours privés et toutes sortes d’activités. Cela dit, les écoliers chinois avec lesquels j’ai discuté pour préparer cet album ne m’ont pas paru traumatisés par la sévérité des professeurs ou le volume de travail. J’ai même été surprise d’entendre une gamine me dire à quel point elle aimait son école pékinoise. Je crois qu’en fait, quel que soit le pays, ce qui compte le plus pour les enfants c’est de pouvoir interagir avec des gens de leur âge loin des parents, ce que permet justement l’école

 

[1] https://asiattitudes.com/

[2] https://www.banhmiculture.com/