Editeur : Gope, Un auteur : A. Lanuque

2020, année du virus, du confinement. En cette période difficile, le livre est plus encore indispensable. Mais comment vit-on ce moment lorsque l'on est éditeur? Comment un auteur travaille, vit cette période singulière?

 

Depuis dix ans, les éditions Gope nous offrent un regard sur des pays peu représentés dans le monde éditorial en France : la Thaïlande, la Malaisie, le Cambodge, l'Indonésie et Hong-Kong. Depuis peu au catalogue, des livres pour la jeunesse, dont l'auteur thaïlandais S.P. Somtow avec qui nous avons échangé. David Magliocco, l'éditeur évoque cette période de confinement. ainsi que l'un de ses auteurs, Arnaud Lanuque, spécialiste du cinéma Hongkongais basé à Hong-Kong, qui nous donne un instantané du monde culturel dans sa ville.

Retrouvez les éditions Gpe, leur catalogue et bien plus! (cliquez ici)

Toute l'info du cinéma Honkongais (ici), ur l'actu de Hong-Kong vu par les expatriés francophones (ici)

 

Gope logo

David Magliocco, éditeur

- Tout d’abord, comment allez-vous ?

Nous allons bien, merci de vous en inquiéter. Pour l'instant le virus nous a épargnés, notre santé est optimale, pour autant que nous puissions en juger ! Quant à la maison d'édition même, cette crise aurait pu être pire, notre chiffre d'affaires a baissé en mars et en avril, mais le covid-19 n’a pas été pire que les « gilets jaunes » ou une élection présidentielle. La raison est que notre modèle économique ne repose pas entièrement sur la librairie.

- Gope a maintenant dix ans d’existence : avec la pandémie et le confinement, vous sentez-vous fragilisé ?

Les éditions Gope ont effectivement publié leur premier livre, Trois autres Thaïlande, en décembre 2009. Notre rythme de parution est peu élevé, environ 4-5 titres/ans depuis 2014 (un peu moins auparavant), et nous avons une diffusion lente avec des ouvrages les plus intemporels possible. Dès lors, les deux mois de confinement ont certes été une épine dans le pied mais pas un coup d'arrêt. Sur le court terme, nous ne nous sentons pas fragilisés, mais sur le long terme, nous avons quelques inquiétudes, notamment avec les événements à Hong Kong.

- Comment avez-vous travaillé durant cette période, avez-vous changé votre travail de manière pérenne ?

Nous avons travaillé comme d'ordinaire (toutes les personnes participant à l'élaboration des différents livres en cours d'édition restant en mesure d'effectuer leurs travaux, à la maison, avec leur ordinateur), sauf pour la diffusion en librairie qui a été, évidemment, impossible.

- Gope couvre une zone géographique très diversifiée, tant par la culture que les problématiques politiques. Selon-vous, cet « arrêt » de la planète va t-il créer une incidence sur les propositions éditoriales ?

Au contraire, nous n'avons jamais autant reçu de manuscrits que durant le confinement !

- Quel point positif garderez-vous de cette « parenthèse » ?

Les éditions Gope sont auto-diffusées et auto-distribuées, tout d'abord parce que nous opérons sur une niche éditoriale et ensuite par choix : nous préférons vendre moins mais mieux (entendez, avec un meilleur bénéfice) et parce que nous avons en horreur le système classique de diffusion/distribution qui consiste à lancer autant de bouteilles à la mer (c'est pas écologique !) que possible en espérant que quelqu'un lira l'un des messages. Ce système, qui consiste à surproduire des livres, à les faire circuler dans un sens puis dans un autre vers une poubelle (pas de pilon chez Gope !) quelques semaines plus tard, nous avait semblé, lors de la création des éditions Gope, complètement dément et on dirait bien que depuis la réouverture des librairies le 11 mai ce système révèle son vrai visage. Du coup, le point positif que nous gardons de cette parenthèse épidémique, c'est une sorte de confirmation de ce que nous avions toujours pensé à ce sujet.

- Vos prochains événements ?

Un salon du livre, en août, si l'organisateur maintient cet événement. Et, bien sûr, des nouveautés (indonésiennes) !

Gope grenouille

 

Arnaud lanuque

Arnaud Lanuque couvre l’actualité du cinéma de Hong Kong depuis plus de 15 ans. Il a participé à de nombreux sites (HKCinemagic, Asialyst...) et magazines (So Films, L'Ecran Fantastique...) et a écrit le livre Police Vs Syndicats du Crime

- Tout d'abord, entre la situation politique à Hong-Kong et la pandémie, comment allez-vous ?

A titre personnel, cela va bien. Mais il est certain que la situation politique et la pandémie ont porté un coup à l'ensemble de la population, moi y compris, et on sent que l'humeur générale est maussade.

- Si la pandémie semble être derrière nous, la situation politique à Hong Kong se complique : votre travail, votre quotidien ont-ils changé ?

Pour pouvoir répondre à cette question, il faut remonter à la situation de 2019. Depuis mai/juin et jusqu'à début décembre, la vie a été rythmé par des heurts plus ou moins violents avec la police. La pandémie a mis un coup d'arrêt à cette situation mais tout le monde savait bien que ce ne serait temporaire et que cela reprendrait dés la pandémie à peu près sous contrôle. Ce qui est donc en train d'arriver en ce moment. D'une certaine façon, nous sommes donc habitués à ce "nouveau normal". Après, tout dépend de votre sensibilité politique. Il est possible de vivre à peu près normalement si on y fait pas attention et tant qu'on ne vit pas dans les quartiers les plus touchés (Causeway Bay et Mongkok). Mais, de manière générale, cela participe à un climat anxiogène qui affecte l'ensemble de la population. D'autant plus que, si la majorité de la population est pro-démocratie, il existe tout de même une frange non négligeable qui est pro-Pékin et les deux camps sont en opposition constante.

Donc, pour résumer, pas de changement drastique à proprement parler sur le quotidien mais une ambiance pesante constante.

 

- Les changements apportés par le COVID 19 vont-ils durablement impacter la culture à Hong-Kong?

Pas foncièrement. Parce que les habitudes ont déjà été prises lors de la crise du SARS en 2003. Ce qui explique en partie pourquoi les gens ont été aussi réactifs ici quand le virus a commencé à se répandre. Les gestes barrière ont été adoptés rapidement et continueront à l'être tant que nécessaire.

Évidemment, si ça s'éternise, comme ça semble malheureusement être le cas, cela aura un impact sur les industries culturelles, moins de public donc moins d'argent donc moins d'opportunités. Mais j'ai tendance à penser que la pandémie est moins impactante à long terme que la situation politique qui va, elle, probablement pousser une fraction non négligeable de personnes liées à ce domaine à émigrer.

 

- Le virus s’est-il invité dans le cinéma hongkongais ? Est-il différent du virus coréen ou américain ?

Pour le moment, c'est encore trop tot pour le dire. Mais une fois que les productions reprendront, il est certain que le virus y sera présent d'une manière ou d'une autre.

Il y a de toute façon une certaine tradition Hong Kongaise en la matière. En 1970, Patrick Lung sortait Yesterday, Today, Tomorrow, une libre adaptation de La Peste de Camus et qui faisait suite à une épidémie de grippe qui avait ravagé la ville en 1968. Par la suite, le sujet est revenu régulièrement et, bien sur, tout particulièrement après le SARS.

Je vous renvoie à cet article que j'avais signé pour Le Petit Journal HK sur ce sujet : Virus! Quand le cinéma hongkongais parle d’épidémie

 

- Vous nous faites partager votre passion pour le cinéma : entre le virus et la crise politique, comment se porte le cinéma, la presse culturelle et le livre à Hong Kong en ce moment ?

Mal pour les 3.

Le cinéma Hong Kongais est en difficulté depuis deux décennies maintenant. Il se fait lentement mais surement remplacer par des co-productions avec la Chine Continentale qui sont de facto des films Chinois (comprendre soumis à la censure Chinoise et aux gouts réels ou fantasmés du public). Les productions purement locales ont de plus en plus de mal à exister et la crise du covid ne va pas arranger les choses. A l'heure actuelle, quasiment tous les tournages ont été mis en pause et il y aura probablement des dégâts dans les quelques studios encore en activité.

La presse culturelle est quasi désertique depuis déjà longtemps (le seul magasine de cinéma s'est arrêté en 2006). Il existe encore quelques publications en ligne (les Hong Kongais sont très connectés) mais cela reste limité. Donc, ça ne pourra pas vraiment l'affecter.

Le livre n'est pas en très grande forme depuis longtemps également. De manière générale, les Hong Kongais ne sont pas des grands lecteurs. Mais la pression qu'exerce la Chine rend les publications de plus en plus limité. Ce sont des tendances lourdes à l’œuvre depuis déjà quelques années, je ne pense pas que la Pandémie va les changer dans un sens ou dans l'autre. 

De manière générale, je dirais que le traitement qui en est fait n'est guère différent de la manière dont il est traité ailleurs. C'est un moyen d'illustrer les problèmes latentes dans la société, doublé d'un appel à l'unité et à la solidarité.

 

- Pouvez-vous nous parler de vos projets ?

Mon prochain livre, une biographie du cinéaste Tsui Hark est prévu pour sortir à la fin de cette année/début de l'année prochaine chez Rouge Profond. Parallèlement, j'ai ouvert une chaine Youtube intitulée La Maison du Cinéma Asiatique afin de parler de cinéma Asiatique au sens large auprès d'un public potentiellement plus large.