REGARDS DE TAIWAN

 

REGARDS DE TAÏWAN

Taïwan dans les livres pour enfants

 

Rédaction pour « chine-des-enfants » Umberto Signoretti, septembre 2013

« Regards de Taïwan » - Umberto Signoretti

Interview de Sandrine Kao

Interview de Jimmy Liao

Interview de Chun-Liang Yeh

 

-          La littérature enfantine en provenance de Taïwan est très peu connue en France. Quelques thématiques fortes sont communes à ces livres selon Umberto Signoretti (bibliothécaire parisien). 

Un regard croisé proposé pour aborder ce sujet de Taïwan, avec Jimmy Liao, l’un des auteurs les plus connus à l’étranger ; de France avec Sandrine Kao, d’origine taïwanaise qui aborde le déracinement dans son dernier roman et Chun-Liang Yeh, auteur et éditeur taïwanais en France.

 

Umberto SIGNORETTI

Bibliothécaire parisien (depuis 1988), créé « chine-des-enfants » afin de comprendre comment nous percevons l’Asie en général et la Chine en particulier à travers le livre pour enfant. C’est aussi une bibliothèque de 5000 références où sont puisées chaque mois des ressources pour le site « chine-des-enfants »

REGARD DE TAIWAN

La littérature de jeunesse en provenance de Taïwan est peu connue et récente pour les jeunes lecteurs de France.
Il s'agit d'une perception bien singulière qui se caractérise par des auteurs taïwanais portant un regard sur leur propre pays. Ces quelques albums publiés en français traduisent non pas une identité nationale mais une quête identitaire.
A l'exemple de la Corée du sud, qui a grandit bien vite, c'est dans la ville tentaculaire, froide et impersonnelle, que nos héros solitaires se cherchent. Mais la comparaison s'arrête là. Les coréens partent à la recherche de leurs souvenirs, de leurs racines dans la nature, la campagne. Nos jeunes héros taïwanais eux, cherchent leur avenir.

Malgré cette modernité, la ville ne semble pas offrir d'issue. « Le plus beau de tous les noëls » nous invitent dans une famille pauvre qui se raccroche à quelques souvenirs, alors que la ville s'efface. Shau-yu joue dans les rues mais sa vision de la ville nous semble peu joyeuse : seule dans le gris et la solitude des rues.
C'est un regard sans concession, allant à l'essentiel. L'âme mise à nue. « Le petit coq tout nu » est moqué par ses congénères qui se parent d'artifices. » Bili » est un jeune crocodile qui veut changer sa nature et s'invente une identité hybride.

Se construire, se chercher. Le bonheur n'est donc pas lié à la réussite sociale, à l'argent. Avec "Les ailes", nous découvrons un chef d'entreprise très riche, jalousé. Mais un jour des ailes lui poussent dans le dos. Il devient libre. Il s'envole, mais très vite, il est oublié. Pourtant, d'autres hommes finissent par s'envoler eux aussi, à qui l'ont souhaite d'avoir du courage.

C'est donc de l'espoir, du rêve qu'il manque à nos héros : "Quelle tristesse une ville sans rêves!" ("la forêt des songes"). Cette ville froide et déserte, si bien filmée par Tsai Ming Liang, peine à se réchauffer par un manque cruel de communication. Dans "La lune perdue", les citadins regardent avec anxiété le ciel noir, espérant y voir la lune. Elle est perdue. Des camions distribuent des lunes souriantes dans les villes tristes plongées dans l'ombre...

Nos héros cherchent leur avenir mais avec une identité forte. Le rocher bleu, unique a traversé le temps, a beaucoup voyagé. Mais ce n'est que dans sa forêt
initiale que son existence a un sens. Langlang part découvrir le monde, libre mais sans oublier son île. Papa ours quitte sa famille pour une grande ville occidentale ; mais ce n'est qu'une autre grande ville où il travaille dur dans l'attente de rentrer chez lui.
A la différence de nos héros chinois perçus, fantasmés par des occidentaux, ou des coréens nostalgiques d'une enfance perdue, ces histoires taïwanaises sont racontées par des auteurs taïwanais en quête de leur avenir. La force de ces livres tien aussi pas leur portée universelle, autant que taïwanaise.

BIBLIOGRAPHIE

"Les ailes" Liao Jimmy Bayard, 2008
"L'autre bout du monde" Yeh Chun-liang HongFei, 2011
"Bili-Bili" Chen Chih-yuan Duculot, 2005
"En allant acheter des oeufs" Chen Chih-yuan Picquier, 2004
"La forêt des songes" Liao Jimmy Bayard, 2008
"La lune perdue" Liao Jimmy Bayard, 2008
"papa ours part en voyage" Chen Chih-yuan Casterman, 2011
"Le petit coq tout nu" Chen Chih-yuan Casterman, 2008
"Les plus beaux Noëls" Chen Chih-yuan Nathan, 2006
"Le rocher bleu" Liao Jimmy Bayard, 2010
"Le son des couleurs" Liao Jimmy Bayard, 2009

dscn2876.jpg Chen Chih Yuan Ed. Casterman

 

David-Umberto Signoretti 為巴黎資深圖書館員,多年來收藏中國和其他亞洲國家兒童文學讀物,並透過個人網站和讀者分享其心得與分析。以陳致元和幾米的作品為主軸的“臺灣觀點”一文轉載自其專題報導Regard deTaïwan,翻譯過程中陳玉金小姐不吝協助確認若干細節,特此致謝。翻譯:葉俊良。

法國小朋友直到最近幾年才有機會探看臺灣兒童文學一隅。這些被翻譯成法文的繪本數量很少,它們反映了作者對自己國家的看法。它並不盡然是國家認同的表述,而是一種對自我的追求。和快速成長的南韓一樣,這些故事裏孤獨的主人翁在冰冷無情的大都會裏尋找自我,但是類比僅止于此。韓國人在大自然與鄉村裏尋找自己的根,尋找過往的記憶,臺灣的年輕人尋找的則是他們的未來。

臺灣繪本裏的城市很現代,但是沒有提供任何出路。“一個不能沒有禮物的日子” (法譯:最美的聖誕節)陪我們走進一個戀舊的貧窮人家,城市只是個配角。小魚在街上玩耍,孤單的身影游走在淺灰色的城市之間,沒有太多歡愉。這些觀點一針見血,讓人赤裸的靈魂無所遁形。沒毛雞赤著身體,牠的同伴個個身上是五色彩衣,不停地嘲笑牠。Guji Guji裏想要改變身份的小鱷魚後來為自己發明了一個獨特的角色。

尋找自我,建構自我。幸福並不來自於世俗的成功或財富。“幸運兒” 裏董事長的一切都讓人既羨慕又忌妒。有一天,他的背上長出一對翅膀。他自由了,想飛到哪裏就飛到哪裏。但是人們很快就忘記他。原來,自由飛翔也意味著獨自面對坎坷的前路。

這些人物欠缺的是希望與夢想。一如“森林裏的秘密”所揭示:沒有夢想的城市令人感到悲傷!這個經常出現在蔡明亮電影裏的冰冷荒涼的城市,極度缺乏溝通,怎樣也暖和不起來。“月亮忘記了”描繪城市裏的人們充滿焦慮地仰望漆黑的天空,尋找月亮。月亮不見了,貨車忙著在陰暗的憂傷城市裏配送一個個微笑的月亮……

我們的主人翁尋找未來的同時,也對自己的定位有明確的信念。獨特的藍石頭穿越時空旅行,卻在它初始的森林裏找到存在的圓滿。“海角樂園”(注)裏的朗朗自由地走向世界遊歷,但不曾忘記他所來自的島嶼。熊爸爸離開家人來到西方一座大城市,但那只不過是回家之前一個努力工作的地方。在法國兒童文學裏,中國故事人物往往是西方人憑空想像的投射,韓國故事裏的人則戀戀不忘失去的童年。本文所列舉的臺灣作家講述的故事卻反映了對未來的追求,其普世性和本土性共同造就了它們感人的力量。

注:L’Autre bout du monde, 葉俊良著,法國鴻飛文化出版。

Traduction : Chun-Liang Yeh

 

 

Sandrine KAO

D'origine taïwanaise, Sandrine Kao est née en France. Elle a grandi en région parisienne. Après des études en métiers du livre où elle poursuit sa formation en illustration à l'Ecole supérieure d'art d'Epinal. Elle est aujourd'hui auteur et illustratrice pour la jeunesse et vit maintenant à Paris.

« Le banc » Ed.Syros (tempo), 2013

Alex est un enfant français d’origine taïwanaise : il peine à s’intégrer à l’école où il est moqué et sa famille fragile le perturbe. Son père, rentré à Taïwan ne donne plus de nouvelles et sa mère doit faire face en plus aux critiques de la communauté asiatique…

Le personnage d'Alex a t-il un lien avec vos souvenirs d'enfance?

Le personnage d’Alex a de nombreux points communs avec l’enfant que j’étais. Nous partageons la même origine, il est né en France, ses parents sont Taïwanais, et les questions qu’il se pose quant à ses racines sont celles qui m’assaillaient à l’adolescence. Il y a des passages dans Le Banc qui sont directement inspirés de souvenirs personnels, comme le chapitre sur les valises rapportées de Taïwan, contenant les gâteaux ou autres denrées alimentaires, jeux et objets qu’on ne trouve que là-bas : j’y ai retranscrit les sensations que j’avais petite, quand je découvrais le contenu de ces bagages, cette fascination que ces objets exerçaient sur moi qui connaissait si mal Taïwan. Il y a d’autres détails qui ont un lien avec ce que j’ai pu vivre enfant, mais le personnage d’Alex reste fictif, et heureusement, je n’ai jamais eu à gratter des inscriptions sur les bancs publics !

Le racisme est peu souvent traité aussi directement lorsqu'il s'agit d'un personnage asiatique ; Alex subit-il d'avantage ce racisme du fait de la non reconnaissance de ses origines?

Avec Le Banc, je n’ai pas voulu dénoncer le racisme envers les Asiatiques ; je souhaitais parler de double culture et aborder la question de l’identité pour un enfant issu de l’immigration, et plus particulièrement de l’immigration asiatique puisque cela m’était plus familier. C’est vrai qu’on parle peu du racisme envers les Asiatiques, mais comme il est tout de même présent dans notre quotidien, je ne l’ai donc pas écarté. Il a même acquis une place prépondérante dans Le Banc, puisque le roman s’ouvre sur ce sujet ; et c’est un point important pour Alex, parce que ces insultes ne l’aident pas à assumer ses origines, elles les pointent comme un défaut, comme quelque chose de honteux, qui font de lui quelqu’un de différent. Ses rapports aux autres s’en trouvent alors faussés, et ses démarches pour apprécier la culture de ses parents entravées. En ne reconnaissant pas ses origines, Alex ne subit pas davantage ce racisme, mais il y est plus sensible, et sera certainement plus affecté qu’une personne s’acceptant entièrement.

Taïwan a aussi une place très importante dans votre roman mais reste aussi très mystérieux ; Alex, comme de nombreux personnages dans les albums d'auteurs taïwanais souffre de solitude, d'une certaine peur de l'avenir, en quête d'une identité... Est-ce selon vous un hasard ou tout simplement des thématiques universelles propres à tous les enfants déracinés?

Taïwan reste très mystérieux dans mon roman parce que Taïwan l’était pour moi, enfant. Alex n’y est jamais allé, il ne connaît ce pays qu’à travers ce qu’a pu lui en dire ses parents, qu’à travers ce qu’il a pu voir ou lire par lui-même. Si Alex se cherche une identité, c’est qu’il ne se sent ni vraiment Taïwanais, ni complètement Français, et cette ambivalence le fait douter de lui-même et s’isoler des autres. S’il a peur de l’avenir, c’est parce que sa situation familiale et sociale est précaire, et que ses parents, en venant et en restant en France, pensaient lui offrir un avenir meilleur ; la pression de réussir est donc plus forte et plus angoissante pour le jeune garçon. La solitude, la quête d’identité, la peur de l’avenir sont des thématiques que l’on retrouve chez les auteurs taïwanais du fait de l’histoire complexe de l’île et de sa situation géopolitique : Taïwan a subi tout au long des siècles différentes dominations sans réussir à imposer son indépendance. Les personnages de la littérature taïwanaise sont donc empreints de cette complexité. Alex n’a pas vraiment connaissance de cette histoire, et si ces thématiques se retrouvent en lui, ce n’est pas un hasard, mais effectivement lié au déracinement qui provoque ce même questionnement sur soi. Je ne sais pas si l’on peut affirmer que ces thèmes sont universels et propres aux enfants déracinés : tous n’abordent sûrement pas ces questions de la même manière ; toutefois, l’exemple d’Alex les amèneront peut-être à s’interroger sur eux-mêmes.

Nous découvrons Taïwan en France à travers un regard taïwanais et, avec "le banc", la vie d'un migrant en France.

Quel aurait été la thématique de votre roman si Alex avait vécu à Taipei?

Découvrons-nous vraiment Taïwan à travers un regard taïwanais ? Je ne crois pas ; Taïwan est présenté à travers mon propre regard dans Le Banc, et c’est plutôt un regard français, puisque j’ai été beaucoup plus imprégnée de culture occidentale. Je n’ai été à Taïwan que bien plus tard, tout comme Alex, et puisque le texte est narré depuis son point de vue, c’est également à travers un regard occidentalisé qu’on découvre Taïwan, ce qui explique aussi pourquoi Taïwan est auréolé de mystère et idéalisé. Un Taïwanais n’aurait peut-être pas retranscrit cette image-là de son pays. Et c’est la vie d’un Français originaire de Taïwan qui est raconté, non celle d’un migrant. Ce sont ses parents qui ont immigré ; Alex, lui, a toujours vécu en France, il ne connaît pas les problèmes d’intégration qu’ont pu affronter ses parents en raison de la barrière de la langue ou des différences culturelles. En revanche, si Alex était retourné vivre avec ses parents à Taipei, eh bien, nous aurions effectivement suivi les démarches d’assimilation d’un migrant, et je crois qu’Alex aurait continué à être tiraillé par sa double culture, car il serait resté un peu français et pas tout à fait taïwanais à Taïwan.

En espérant que vous ayez des projets de futurs romans, pensez-vous que vos histoires auront un lien avec celle d'Alex ?

Mes projets de romans n’ont pas forcément un lien direct avec Alex, dans le sens où il n’est pas prévu de faire de suite, ni de réécrire sur ce personnage. Cependant, les thématiques de la quête d’identité, de la solitude ou de la peur de l’avenir dont nous parlions plus haut restent des sujets auxquels je suis attachée : on les retrouvera donc certainement dans de prochains ouvrages. Par ailleurs, j’ai d’autres projets dans mes tiroirs qui nous emmènent à Taïwan. Mon processus d’écriture est long, je ne pourrais pas encore dire si ces projets verront le jour, mais il est sûr que mes origines transparaîtront à nouveau dans d’autres textes.

dscn4985.jpg Sandrine Kao Ed. Syros

 

- 亚历克斯这个人物性格与你童年的回忆是有联系吗?

- 亞歷克斯這個人物性格與你童年的回憶是有聯繫嗎 ?

亚历克斯的性格和我的童年有很多共同点。我们有着相同的背景,出生在法国,父母都是台湾人,困扰他的有关种族的问题在我青春期时也同样困扰我。"Le Banc"中有些段落的灵感直接来自个人的回忆,比如那节关于从台湾来的旅行箱中装着蛋糕等食品,玩具和一些只有台湾才有的东西:我用文字描述在我小时候当发现旅行箱中这些来自台湾的东西时,心中对台湾的无限想象和感觉。还有其他一些细节和我所经历的童年有关,但亚历克斯是一个虚构的人物,幸运的是,我从来没有刮过公共长椅上的铭文!

- 亞歷克斯的性格和我的童年有很多共同點。我們有著相同的背景,出生在法國,父母都是台灣人,困擾他的有關種族的問題在我青春期時也同樣困擾我。 "Le Banc"中有些段落的靈感直接來自個人的回憶,比如那節關於從台灣來的旅行箱中裝著蛋糕等食品,玩具和一些只有台灣才有的東西:我用文字描述在我小時候當發現旅行箱中這些來自台灣的東西時,心中對台灣的無限想像和感覺。還有其他一些細節和我所經歷的童年有關,但亞歷克斯是一個虛構的人物,幸運的是,我從來沒有刮過公共長椅上的銘文!

- 当涉及到亚裔身份时,种族主义是一个经常要直接面对的问题;亚历克斯遭受更多的种族歧视是因为他否认自己的种族身份吗?

- 當涉及到亞裔身份時,種族主義是一個經常要直接面對的問題;亞歷克斯遭受更多的種族歧視是因為他否認自己的種族身份嗎?

-在"LeBanc"中,我不想谴责针对亚裔的种族主义;我想谈论两种文化和探讨来自移民家庭孩子的身份问题,特别是亚裔移民,因为我更熟悉他们。事实上,我们很少谈论针对亚裔的种族主义,但是,它的确存在于我们的日常生活中,所以我不排除这个话题。甚至在"LeBanc"中获得了突出的地位,由此而打开小说的主题;这对亚历克斯是个很重要的问题,因为这些羞辱没有帮助他接受自己的身份,这就好似一个让其感到羞愧的污点,让他成为一个与周围人不同的人。别人对他的评价是扭曲的,他既不了解来自他父母国家的文化,也难以融入当地社会。对自己身份的不认同,亚历克斯没有遭受更多的种族歧视,但比起完全接受自我的人,他更敏感,肯定会受到更多影响。

-在"LeBanc"中,我不想譴責針對亞裔的種族主義;我想談論兩種文化和探討來自移民家庭孩子的身份問題,特別是亞裔移民,因為我更熟悉他們。事實上,我們很少談論針對亞裔的種族主義,但是,它的確存在於我們的日常生活中,所以我不排除這個話題。甚至在"LeBanc"中獲得了突出的地位,由此而打開小說的主題;這對亞歷克斯是個很重要的問題,因為這些羞辱沒有幫助他接受自己的身份,這就好似一個讓其感到羞愧的污點,讓他成為一個與周圍人不同的人。別人對他的評價是扭曲的,他既不了解來自他父母國家的文化,也難以融入當地社會。對自己身份的不認同,亞歷克斯沒有遭受更多的種族歧視,但比起完全接受自我的人,他更敏感,肯定會受到更多影響。

- 在您的小说中,台湾也有非常重要的地位,但也很神秘;亚历克斯,和其他很多台湾作品中的人物一样,遭受孤独、对未来的恐惧和身份认同的寻找... 这是巧合还是所有背离故土的孩子所拥有的普遍的主题?

- 在您的小說中,台灣也有非常重要的地位,但也很神秘;亞歷克斯,和其他很多台灣作品中的人物一樣,遭受孤獨、對未來的恐懼和身份認同的尋找... 這是巧合還是所有背離故土的孩子所擁有的普遍的主題?

- 台湾之所以在我的小说中特别神秘,是因为在我童年时,我觉得台湾很神秘。亚历克斯从来没有去过那里,他仅仅通过他的父母,通过他自己看到和读到的,知道这个地方。如果要说亚历克斯对自我身份的认定,那么他认为自己既不是台湾人,也不是法国人,这种矛盾使他自我怀疑并把自己和别人隔离开来。如果他担心自己的未来,这是因为他的家庭状况的不稳定,他父母来到法国,想给他提供一个更好的未来,想成功的压力越大,这个男孩的焦虑也越大。由于台湾本岛的复杂历史和它的地缘政治局势,台湾有长期被殖民的历史,因此我们常能在台湾作家的作品中找到类似孤独、寻求身份认同、对未来的恐惧这些主题。台湾文学中的人物都充满了这种复杂性的烙印。亚历克斯不知道这些历史,如果在他身上找到这些痕迹,那这不是偶然,实际上由于他的背井离乡导致这样的质疑。我不知道我们是否可以说这些主题对背离故土的孩子是一个普遍的主题:肯定不能以同样的方法解决所有这些问题,但亚历克斯的例子也许带来对这些问题的质疑。

- 台灣之所以在我的小說中特別神秘,是因為在我童年時,我覺得台灣很神秘。亞歷克斯從來沒有去過那裡,他僅僅通過他的父母,通過他自己看到和讀到的,知道這個地方。如果要說亞歷克斯對自我身份的認定,那麼他認為自己既不是台灣人,也不是法國人,這種矛盾使他自我懷疑並把自己和別人隔離開來。如果他擔心自己的未來,這是因為他的家庭狀況的不穩定,他父母來到法國,想給他提供一個更好的未來,想成功的壓力越大,這個男孩的焦慮也越大。由於台灣本島的複雜歷史和它的地緣政治局勢,台灣有長期被殖民的歷史,因此我們常能在台灣作家的作品中找到類似孤獨、尋求身份認同、對未來的恐懼這些主題。台灣文學中的人物都充滿了這種複雜性的烙印。亞歷克斯不知道這些歷史,如果在他身上找到這些痕跡,那這不是偶然,實際上由於他的背井離鄉導致這樣的質疑。我不知道我們是否可以說這些主題對背離故土的孩子是一個普遍的主題:肯定不能以同樣的方法解決所有這些問題,但亞歷克斯的例子也許帶來對這些問題的質疑。

 

-在法国,我们通过台湾人,通过“LeBanc”,通过生活在法国的移民生活了解台湾,假如亚历克斯生活在台北,您的小说的主题将会是什么?

-在法國,我們通過台灣人,通過“LeBanc”,通過生活在法國的移民生活了解台灣,假如亞歷克斯生活在台北,您的小說的主題將會是什麼?

-通过台湾人来了解台湾?我不这么认为。我在"LeBanc"里对台湾的介绍,是一个法国人的介绍角度,因为我在西方文化中生活浸淫许久。和亚历克斯一样,我出生在法国,长大后才了解台湾。亚历克斯的描述视角是一个西化的角度,这也解释了为什么作品中台湾带有神秘和理想化的光环。而一个台湾人也许不会这样去描述台湾的形象的。这是一个法国人在讲故事,而不是台湾来的移民的角度。亚历克斯的父母移民来法国,但亚历克斯一直住在法国,他不了解他父母当时由于语言障碍或者文化差异而面临的融合问题。如果让亚历克斯与他的父母回到台北,那么,亚历克斯将碰到一个外国人在台湾的问题,会继续在两种文化之间左右为难,因为他的一半是法国人,不同于土生土长的台湾人。

-通過台灣人來了解台灣?我不這麼認為。我在"LeBanc"裡對台灣的介紹,是一個法國人的介紹角度,因為我在西方文化中生活浸淫許久。和亞歷克斯一樣,我出生在法國,長大後才了解台灣。亞歷克斯的描述視角是一個西化的角度,這也解釋了為什麼作品中台灣帶有神秘和理想化的光環。而一個台灣人也許不會這樣去描述台灣的形象的。這是一個法國人在講故事,而不是台灣來的移民的角度。亞歷克斯的父母移民來法國,但亞歷克斯一直住在法國,他不了解他父母當時由於語言障礙或者文化差異而面臨的融合問題。如果讓亞歷克斯與他的父母回到台北,那麼,亞歷克斯將碰到一個外國人在台灣的問題,會繼續在兩種文化之間左右為難,因為他的一半是法國人,不同於土生土長的台灣人。

- 期待您未来的的小说计划,您认为您的故事将亚历克斯有关联吗?

- 期待您未來的的小說計劃,您認為您的故事將亞歷克斯有關聯嗎?

- 我的写作计划并不一定必须与亚历克斯有直接联系,在某种意义上说,不打算马上再续写这个人物。但我们上面提到的身份认同、寂寞或担心未来等主题仍然是我喜欢的主题:读者肯定在我未来的作品中再找到这些。我抽屉中有一些写作计划,会再次把读者带到台湾。我的写作过程是漫长的,还不能说这些计划什么时候面世,但可以肯定的是,我的背景将在其他作品中再次得到体现。

- 我的寫作計劃並不一定必須與亞歷克斯有直接聯繫,在某種意義上說,不打算馬上再續寫這個人物。但我們上面提到的身份認同、寂寞或擔心未來等主題仍然是我喜歡的主題:讀者肯定在我未來的作品中再找到這些。我抽屜中有一些寫作計劃,會再次把讀者帶到台灣。我的寫作過程是漫長的,還不能說這些計劃什麼時候面世,但可以肯定的是,我的背景將在其他作品中再次得到體現。

Traduction : Umberto Signoretti

 

Jimmy LIAO

Jimmy Liao, auteur-illustrateur taïwanais, a bâti une œuvre poétique très populaire dans toute l'Asie. Depuis ses premières publications en 1998, ses livres ont pris l'ampleur d'un phénomène culturel et sont appréciées autant par les jeunes que par les adultes. Il est maintenant très apprécié aussi en France. Après des études à l’université, il s’est spécialisé en art, avant de travailler dans une entreprise publicitaire durant douze ans, puis comme illustrateur dans des magazines. Ses premiers livres ont été primés à Taïwan. Son œuvre est traduite dans de nombreuses langues.

Vous êtes un des rares auteurs taïwanais traduit en français, connu et apprécié en France auprès d'un public jeunesse comme adulte. Votre univers aborde des thématiques universelles mais nous montre aussi une vision de Taïwan très singulière.

dscn2865.jpg Jimmy Liao Ed. Bayard


Pensez-vous que ce regard sur votre pays soit partagé à Taïwan?

 

      您是少數作品被翻譯成法語的台灣繪本作家之一,在法國很受青少年和成人讀者所了解和喜愛。您的作品處理的通常是普世的主題,但也向我們展現了非常獨特的台灣視角。您覺得這種對自己國家的視角在台灣被認同嗎?

Je n’ai jamais créé un thème par défaut avant d’écrire ; juste réfléchi à l’histoire et à l’image qui me touchent, me plaisent avant de travailler tout de suite, sans hésiter. Mais le plus souvent je ne sais pas ce que je veux dire dans mon livre en le commençant. J’ai eu une grave maladie ; depuis j’ai peur de la douleur, du noir et de la mort. Ce qui explique aussi que l’on retrouve de la tristesse et de la solitude dans mes livres. C’est peut-être ces thèmes universels dont vous parlez. Mais je ne voit pas une image de Taïwan dans mes livres, ni même mes amis et ce n’est pas une question abordée par les lecteurs.

           創作時我從來沒有先行預設要處理什麼樣主題,只有想到什麼樣的畫面故事讓我喜歡感動, 就迫不及待埋頭一路做下去,常常整本書做完了,還是不清楚自己到底要說些甚什麼。我是在生了一場重病之後才開始創作的。生病的驚恐痛楚和和死亡的陰影,一直纏繞著我的生活和作品,孤獨寂寞和憂傷進入了故事的內在。或許這是您所謂的普世主題。但我完全不理解我展現甚麼獨特的臺灣視角,在臺灣很多人都說我的作品完全沒有呈現任何台灣味。臺灣的讀者從來沒有人跟我提起這樣的問題,他們喜歡我說故事的角度,喜歡我的圖畫文字。我不清楚他們認不認同,但他們常常與朋友分享我的故事。

Vos personnages ont une vie difficile avec un avenir incertain ; imaginez-vous qu'ils puissent construire leur vie ailleurs qu'à Taïwan?

您塑造的人物總是生活艱辛,前途迷茫。您能想像他們能在台灣以外建立他們的生活嗎?

Mes personnages sont fictifs et on ne peut les retrouver dans la vie réelle mais bien entendu leur histoire peut se raconter n’importe où ; ils sont tristes mais plein d’espoir, ils ont une vie difficile mais continuent à avancer, ils sont désireux d’aimer et trouvent enfin l’amour.

我的人物塑造基本上都是象徵性的,並不寫實也沒有進入真正的生活,他們當然可以在任何地方述說他們的故事。他們憂傷但充滿希望,他們困厄但持續前進,他們都渴望愛,但最終也都找到愛。

Au contraire de la Chine continentale qui est fantasmée par des auteurs occidentaux, caricaturale et d'une époque révolue, vous transcendez les problématiques propres à votre pays pour nous raconter des histoires universelles : la littérature pour enfant est assez jeune à Taïwan. Peut-on imaginer que de jeunes auteurs taïwanais puissent apporter en France mais plus largement en Occident un nouveau regard sur cette région du monde en particulier?

某些西方作家誇張地描寫中國大陸人民對過去時代的迷戀,而您超越了自己國家的命運,向我們講述了人類共通的故事。兒童文學在台灣還很年輕:年輕的台灣作者能帶給法國甚至整個西方一直對這個地區特別的一個新視角,似乎是令人感到驚訝的事?

Pour moi c’est étrange de parler d’histoires révolues et d’histoires de ma région… Ce qui m’intéresse c’est de raconter la difficulté de vivre de mes personnages. Je n’y trouve pas un regard spécifiquement taïwanais.

我對於時代地區與歷史都感到陌生,我感興趣的故事都是人的困境,實在不明白甚麼是新視角?

Quelles histoires et auteurs vous ont influencé ou marqué?

哪些故事和作家曾經影響或者觸動過您?

Sempe, Anthony Browne, Maurice Sendak et John Burningham

 

Traduction : Chun-Liang Yeh (adaptation des questions) Umberto Signoretti (réponses)

dscn2866.jpg Jimmy Liao Ed. Bayard

 

 

Chun-Liang YEH

Voyageur entre les cultures, Chun-Lian YEH a été formé à Taïwan, en Grande Bretagne et en France. Il a exercé le métier d’architecte à Paris avant de se consacrer à la publication. Editeur et traducteur, il est aussi l’auteur d’ ouvrages aux éditions HongFeï Cultures

-En tant qu’éditeur, auteur et traducteur, mais aussi bloggeur, vous nous avez ouvert une porte sur Taïwan.

Vous aviez partagé vos réflexions sur la singularité des éditions HongFei ; aviez-vous dès le début une idée précise de ce que vous vouliez publier dans la collection « Belle île Formosa » ? Et pourquoi ce nom de Formosa plutôt que Taïwan par exemple ?

- Au moment de la création de la collection « Belle Ile Formosa », comme pour nos autres collections, nous avions une idée de la direction qui devient plus évidente pour le public à mesure que les titres individuels prennent forme. En revanche, nous n’avions pas dans notre tiroir une liste complète et définitive d’auteurs ou de textes à publier. Ces ouvrages en devenir sont un peu comme des grains qui n’attendent que le moment propice pour germer et éclore.

Malgré cette philosophie de spontanéité, des textes ne se trouvent pas dans la collection « Belle Ile Formosa » par hasard. Ils sont créés par des auteurs qui vivent ou qui ont vécu à Taïwan. Etant donné que la tradition littéraire de Taiwan est très jeune (elle date d’à peine plus de cent ans), les auteurs publiés dans cette collection sont soit nos contemporains, soit nos aînés du vingtième siècle. Ce n’est pas étonnant qu’à travers leurs récits, on voit les facettes et la force intérieure de cette société émergente – sur un sol préalablement irrigué par la culture chinoise depuis l’arrivée par vagues des Chinois du continent pendant déjà trois siècles. Une autre qualité commune des auteurs publiés dans cette collection est celle d’être voyageurs. Ici nous ne les publions pas comme « auteurs du terroir » qui chanteraient la beauté de leur terre de cœur. Non, nous les publions parce que cette île participe, réellement ou symboliquement, à l’éclosion de leur imagination et à l’expression de leur génie. Je dis « symboliquement » car l’un des auteurs de la collection, XU Dishan, érudit et grand voyageur, n’avait que trois ans lorsque sa famille émigra sur le continent. On aura compris que Taïwan prend ici un sens inclusif pour incarner cette partie de la sphère culturelle chinoise qui porte l’hospitalité, la tolérance et l’esprit de l’ouverture à son plus haut degré.

Le nom de la collection vient d’un poème de YANG Huan (cf. Chants des lucioles, HongFei 2007). Le poème s’intitule 美麗島 « Belle île », laquelle expression dérive de l’ancienne appellation de l’île « Formosa » par les marins portugais. D’où « Belle île Formosa » avec sa sonorité douce et apaisante. Pour les Taïwanais d’aujourd’hui, le mot Formosa est chargé de sens multiples. Si l’on parle culture et non politique, on peut convenablement imaginer que les Taïwanais, en gardant ce nom étranger, intègrent le regard des autres dans leur identité. Leur histoire fait que les Taïwanais regardent le monde intensément, avec la conscience forte que d’autres regards sur eux et sur le monde existent de fait également. Bien sûr, je parle ici avec ma sensibilité d’auteur natif de Taïwan et non la rigueur d’un sociologue ou d’un ethnologue. Je crois néanmoins que votre question touche du doigt l’âme profonde des éditions HongFei Cultures qui, bien que nées en France, restent sensibles à la pluralité des regards, à l’écart de la culture française dominante héritière d’un universalisme triomphant.

L’édition taïwanaise, surtout pour la jeunesse est très riche mais nous n’avons que peu de traductions en français ; Pensez-vous qu’il y a des difficultés particulières à cela ?

Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela ; je me contente d’en citer deux. La première concerne la production (les acteurs à Taïwan), la deuxième tient à la réception (les acteurs en France). A Taïwan la création d’albums originaux a été largement le fait des peintres qui ont aujourd’hui plus de 70 ans. Ces pionniers ont créé des récits illustrés savoureux mais qui portent aussi la marque de leur temps. Comme l’illustration de livre jeunesse n’a été considérée comme une profession à part entière que tardivement, la culture de l’image y a été relativement faible par rapport à la qualité des textes. Or, ces textes, publiés en France avec leur illustration d’origine, trouveraient difficilement leur public (6 à 12 ans). Deux auteurs-illustrateurs (CHEN Chih-Yuan, Jimmy LIAO) ont malgré tout été repérés par des éditeurs français car leur style de narration et d’illustration est considéré comme compatible avec le goût français. Là, on vient à la question essentielle de la lecture qu’on pourrait faire, en France, des récits de Taïwanais. Chez HongFei, nous avons déjà fait l’expérience désagréable où  l’intérêt d’un texte de l’un des meilleurs auteurs jeunesse vivants de Taïwan échappe dramatiquement à des prescripteurs qui, plutôt que de remettre en question leur grille de lecture lorsqu’ils sont troublés, font la supposition incroyable (mais aussi plus facile et confortable) que le traducteur a bâclé son travail. En fait, il est naïf de croire qu’un bon livre peut être lu ou regardé comme bon partout dans le monde. La culture française, aussi développée soit elle, n’a pas préparé ses lecteurs à apprécier toutes sortes d’expressions venues du reste du monde. Vous comprendrez que comme éditeur, nous devons parfois nous garder de prendre le risque financier d’une publication lorsque la prescription ne permet pas encore de la porter devant le public.

-Nous avons surtout un regard taïwanais sur Taïwan, même si HongFei propose un échange franco-taïwanais.

Des thématiques à la fois universelles et très singulières sont communes à ces quelques livres publiés en France, donnant un regard très homogène sur Taïwan : Que ce soit avec « Mémé Xiao » ou « Yllavu » chez HongFei ou dans les albums de Jimmy Liao, Chen Chih-yuan, il y a une quête du bonheur, l’envie  voir la vie différemment, mais surtout à travers l’inconnu, l’ »autre », l’étranger : une nécessité de voyager non pas pour fuir ses racines, mais plutôt pour y trouver son identité. Comme Langlang qui va découvrir le monde pour grandir.

Est-ce aussi votre histoire ? Est-ce selon vous un caractère lié aux auteurs taïwanais ou une simple lecture très partielle de ce que l’on peut découvrir en français ? Ou tout simplement parce que l’on a en France un regard taïwanais et non français, comme sur la Chine par exemple ?

- Né en 1969, j’ai vu Taïwan évoluer en suivant le modèle venant des Etats-Unis et du Japon, d’une structure rurale et traditionnelle vers une société industrialisée et démocratique. Dans le contexte de la guerre froide, la trajectoire globalement heureuse de Taïwan aide effectivement à expliquer l’optimisme et le volontarisme qui caractérisent la population, que les drames et souffrances (comme en témoignent les films de HOU Hsiao-Hsien dont La Cité des douleurs, 1989) n’ont pas abattue mais fortifiée. Dans ce processus d’émancipation (d’une culture chinoise alors déclinante) et de régénération, la rencontre avec l’Autre (les Japonais, puis les réfugiés chinois du continent, enfin le reste du monde) a été une véritable chance – encore fallait-il savoir la saisir. Ainsi, pour revenir à votre question, ces thématiques sont effectivement présentes dans les œuvres d’auteurs taïwanais, y compris celles qui ne sont pas traduites en français.

Les habitants de l’île de Taïwan, par leur parcours personnel et familial, ont des idées divergentes sur leur racine, appartenance et projet d’avenir. L’identité taïwanaise est un sujet qui suscite des débats passionnés au sein de l’île. Cette quête à la fois individuelle et collective s’accompagne inévitablement de tensions, parfois chez un même individu à différents moments de sa vie. Je ne sais pas si je suis assez « représentatif » des Taïwanais mais à 44 ans je commence à y voir un peu plus clair, grâce aux échanges avec les étrangers. Premièrement, sur ce sujet je choisis de parler d’un point de vue culturel et non politique. Non pas par manque de conviction mais parce que c’est la culture qui permet d’ouvrir les dialogues et d’envisager des actions politiques. Deuxièmement, je parle volontiers de spécificités culturelles et non d’identité culturelle, que ce soit pour Taïwan, la Chine ou la France. En effet, structurer les débats autour de la notion de l’identité, culturelle ou nationale, peu importe, c’est risquer de tomber dans le piège de la double logique essentialiste et excluante : on s’emploierait à fixer des critères discriminants pour dire qu’une telle qualité appartient en propre à une entité et manque à l’autre entité. Or, comment peut-on perpétuer une vision aussi simpliste alors que l’appartenance se conjugue au pluriel depuis longtemps ?

Dans notre travail d’édition interculturelle entre la France et la Chine, nous cultivons consciencieusement une vision « inclusive » : si une société a choisi d’activer certaines notions et valeurs et de les rendre opérationnelles, cela n’implique pas que les autres notions ou valeurs lui soient définitivement inaccessibles ou inconcevables. Elles sont simplement encore inconnue ou, le plus souvent, en état de veille, susceptibles d’être réveillées et actualisées notamment lors du contact avec une autre société. C’est sur cette base que les éditions HongFei Cultures invitent les artistes français à lire un texte d’auteur de culture chinoise, avant une création originale dans laquelle le regard français pourra se reconnaître autant que le regard chinois ou taïwanais.

-Un regard dur et inquiet sur Taïwan.

Chen Chih-yuan et Jimmy Liao sont deux auteurs maintenant connus en France. Taïwan est un personnage à part entière dans leur œuvre. La ville y est sombre, on y souffre de manque de communication de solitude –tout comme dans les films de Tsai Ming Liang- avec une quête du bonheur et une certaine inquiétude sur l’avenir. La pauvreté aussi est décrite durement ; ces thématiques se retrouvent aussi à travers le personnage d’Alex de Sandrine Kao, ce jeune taïwanais qui a migré en France.

Est-ce une vision d’une époque révolue ou une tendance actuelle, une problématique taïwanaise ?

- La solitude, la difficulté de communication et l’aliénation en milieu urbain constituent un thème exploré par des cinéastes entre autres dès le début des années 80 (cf. les filmes d’Edward YANG). Cette mutation endogène de la société taïwanaise prend toutefois une nouvelle dimension du fait d’un événement majeur dans son environnement immédiat : l’émergence de la Chine.  

Car l’île de Taïwan n’est pas une utopie au milieu de nulle part : elle est même située dans une des zones géopolitiques les plus sensibles de la planète, entre Washington et Pékin. L’ascension du continent chinois depuis 1979, au départ laborieuse ensuite spectaculaire, a influé sur Taïwan come un nouveau centre de gravité agissant sur un astéroïde qui auparavant poursuivait son bonhomme de chemin. La société taïwanaise continue d’évoluer vers plus de sophistication dans tous les domaines : industries, sciences, technologies, économies, commerces, services, droits publics, relations interpersonnelles, expressions culturelles, etc. avec la conscience que le pouvoir de décision lui échappe un peu plus chaque jour – pour migrer sur le continent chinois. Au final, si une attitude permissive sur l’identité de l’île dans les décennies précédentes a favorisé l’éclosion à Taïwan d’une culture vigoureuse et foisonnante (qui rayonne allègrement sur le continent), elle n’a pas su instiller au sein de la population taïwanaise un désir commun d’avenir : l’ambivalence du rapport à la Chine reste entière et a même tendance à se transformer en schizophrénie. D’où une difficulté de communication. Vous avez parlé de la pauvreté, mais je crois que cette hantise d’un déclassement économique et social se dessine sur une toile de fond plus vaste, où on doit positionner l’île de Taïwan sur la carte du nouveau monde chinois. En attendant, le spleen continuera de hanter l’île qui reste malgré tout pleine de courage. Enfin, on a une bonne raison d’être optimiste car  la Chine, cet immense centre de gravité, évolue elle aussi. Nous avons tous intérêt à l’accompagner à aller dans un bon sens, avec intelligence.

Langlang ("L'autre bout du monde" Ed. HongFei) devenu adulte aura-t-il trouvé enfin le bonheur en voyageant, reviendra t-il vivre à Taïwan ?

Oui, toujours disposé à se déplacer pour rencontrer des amis véritables, il connaîtra le bonheur de s’instruire, de créer et de partager parmi les étrangers qui lui ressemblent. Reviendra-t-il vivre à Taïwan ? Il est encore trop tôt pour le dire. Je crois toutefois savoir qu’il est allé jusqu’au bout de ses rêves, et que chaque pas qui l’emmènera plus loin le rapprochera également de son origine.

dscn4699.jpg Chun Liang Yeh Ed. HongFei Cultures

 

在開闢 « 福爾摩莎美麗島 » 系列的時候,我們已經有明確的方向,系列裏的繪本陸續推出之後這個方向也清楚地展現在讀者眼前。話説回來,當時我們的抽屜裏並沒有一份詳盡完整的作家和作品名單。一些出版構想稍後才誕生,另一些方案則因爲時機尚未成熟而暫時擱置。

這個充滿彈性的編輯過程並不代表 « 福爾摩莎美麗島 » 系列裏的文字作品沒有任何内在關聯。他們的作者都在臺灣生活(過)。臺灣的文學傳統始於近代,所以這個系列的文字不是出自當代作家就是二十世紀的前輩,他們創作的故事很自然地反映了這個有數世紀中國移民歷史的新興社會特有的生命力與面向。這些作家另一個共同的特點是:他們都有豐富的旅行經驗,其所描寫的人事物超越了所謂鄉土文學的範疇,反映一個更開闊的想像空間與人文關懷。他們為臺灣人民好客、開放與寬容的生活態度作了具體的詮釋,為多元的華人文化圈打開一扇新門窗。

這個系列的名稱靈感來自於楊喚的童詩 « 美麗島 »。福爾摩莎這個字來自於十六世紀葡萄牙水手初見臺灣的驚嘆,它對現代的臺灣人來説實具有多重涵義。從文化的角度來看,我們可以設想外國人的眼光對臺灣人的自我認同產生了一定的影響。臺灣人用敏銳的眼光觀察世界,同時也深刻地感受到其他人正從不同的視角看臺灣、看世界。當然,我這個説法反映的僅是一個出生在臺灣的作家的觀點,而不是社會學或人類學的立論。無論如何,您的問題切中鴻飛文化最根本的精神:它致力呈現不同的文化觀點,與歐洲文藝復興以降的單一強勢文化形成一個有趣的反差。

在童書領域,目前僅有少數國際知名的臺灣作家(陳致元、幾米)的作品被翻譯成法文。限於篇幅,我就兩個比較明顯的原因加以説明。第一個原因在於臺灣童書出版的特性。從上個世紀中葉到現在,臺灣經典的兒童讀物有不少是資深畫家的作品,把插畫當作專業與志業來經營畢竟還是比較晚近的現象,臺灣人用文字說故事的功力相對於圖畫而言似乎更爲深厚,只是這些好的文字本身並不足以打動法國讀者的心。這牽涉到我要提出的第二個原因:法國人對臺灣作家的故事的接受度。鴻飛文化曾經為一位備受肯定的臺灣童書文字作者出版法文繪本,卻沒料到某些圖書館的專業讀者不僅沒有領略到故事的趣味,反而大膽“推斷”譯者沒有盡其本分。法國文化是一層濾鏡,在部分導讀人士還沒有辦法摘掉濾鏡來客觀評論作品優劣的時候,出版社並沒有理由冒財務風險來引進優質的外國作品。

我出生於1969年,二次大戰後臺灣向美國與日本學習,從傳統的農業社會演變為以工商業爲主的民主社會。在冷戰的局勢中,一些嚴峻的考驗(如侯孝賢電影“悲情城市”所揭示)並沒有擊垮臺灣人,反而激發其堅韌樂觀的性情,給臺灣人民帶來自信。這個再生的過程實得力於日本、臺灣和中國大陸不同族群文化的交匯與衝擊,而人我關係也構成了臺灣文學創作裏一個重要的課題。

因各自的家族歷史或其他原因,臺灣人民對於其根源、歸屬和未來有著分歧的看法。連個人的自我認同都會隨著年齡而演變,放大到團體的尺度,這個課題的複雜性也就不言而喻。我不知道自己的看法是否具有代表性,現在我四十四嵗,和外國人交往多年,對某些問題也比較不感到迷惑。第一,對這些問題我選擇從文化的角度來發言,而非政治角度。並不是因爲缺乏政治立場,而是我深深領悟到唯有對文化的理解與尊重能啓動開放式的對話,隨之而來的政治行動才有著力點。第二,不論是臺灣、中國還是法國文化,我選擇運用 “文化特殊性”的概念而不講文化認同,因爲“認同”的概念讓人一下子就掉進“内外之辨”的陷阱。學者和政治人物花很多心力去劃分界綫,教我們用“非A 即 B”的方式去給人和文化分類。然而現今人們跨種族跨文化孕育下一代的現象有增無減,這樣的邏輯將越來越難自圓其説。

 

鴻飛文化的童書出版以跨文化為其特色,“文化特殊性”的概念讓我們得以設想說:當一個族群選擇啓動某些觀念和價值來構成社會結構的元件時,這並不代表它永遠不能理解或考慮啓動另一些觀念和價值。後者很可能只是以休眠的方式存在於該族群之中,一旦與外界產生互動,它們可以被喚醒,成爲社會結構自我更新的動力和養分。這是爲什麽我們邀請法國插畫家閲讀華人作家的文字,因爲透過他們敏銳的感受力和想像力而產生的作品讓來自法國、中國和臺灣的讀者,甚至其他文化圈的讀者,都能受到感動,看見世界也發現自己。

孤獨、溝通問題和都會生活中的疏離感從80年代起就是臺灣新浪潮電影裏常見的主題(參考楊德昌作品)。這個源自臺灣本土的社會蛻化後來又添加了一個外來變數:中國的崛起 。臺灣並不是與世隔絕的烏托邦,它甚至是位在全球地緣政治最敏感的地區之一,一邊是華盛頓,另一邊是北京。中國於1979年改革開放,近年的改變風起雲湧,彷彿一顆有著巨大引力的新恆星,改變了臺灣的軌道。臺灣人文社會經濟政治持續朝向繁複精致的方向發展,但是越來越多的人感到關鍵政策的決定權似乎正悄悄地離開臺灣,移向大陸。過去數十年來,臺灣人對自我認同的表述有很大的彈性空間,這無疑有助於一個充滿活力的文化的生發,但其副作用則是島嶼上的人民對於未來沒有一個共同的願景與想像,人們看待中國的立場兩極化,形成公民與政治對話的重大阻礙。您提到貧窮的問題,其實我認爲臺灣人對自己經濟與社會地位下降的隱憂有一個更深廣的背景,那就是它必須要想清楚:在更新了的華人世界版圖裏到底要佔據什麽位置。這不是一蹴可及的事,所以臺灣當前的“悶”恐怕還會持續相當一段時間。無論如何,我們有樂觀的理由,因爲中國這個新重力中心雖然巨大,它本身也是在演變之中。我們可以付出努力讓它越變越好。

是的,他總是很樂意到處旅行結交新朋友。旅途中,與那些懷有同樣夢想的陌生人之間的學習、創作和分享,是他最大的快樂。他是否會回到台灣呢?現在回答這個問題還為之過早,但我相信他已經實現了所有的夢想,而且前行的每一步都讓他距離自己的起點更靠近。

葉俊良

Traduction : Chun-Liang Yeh - 12.08.2013

DSCN1691.jpg Chun Liang Yeh Ed. HongFei Cultures

 

Merci à Chun-Liang Yeh pour son aide précieuse dans la conception de cet article.

Merci à Xiaoqing Zhou pour sa relecture.

 

Pour en savoir plus…

Sandrine Kao

Sa bibliographie, son actualité : http://sandrinekao.blogspot.fr/

Jimmy Liao

Page facebook : https://www.facebook.com/jimmyliao.illustration.books

Site de l’auteur : http://www.jimmyspa.com/

Chun-Liang Yeh

Ses livres et les éditions HongFei Cultures : http://www.hongfei-cultures.com

Blog : http://blog-de-hongfei-cultures.hautetfort.com/

Umberto Signoretti

« chine-des-enfants » - http://www.chinedesenfants.org