EN IRAN AVEC REZA

"EN IRAN AVEC REZA" / Colette Nast Ed. Hatier (coll. Connais-tu mon pays?), 1963

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Reza, un sac rose sur l'épaule, quitte sa maison de Téhéran. Il entreprend un long voyage à travers l'Iran. Il plantera sa tente au hasard des étapes. Il emporte donc avec lui son matériel de camping. Il aime l'aventure comme tous les garçons du monde et son coeur bat joyeusement.

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Inquiète des dangers qu'il va courir, sa mère a mis sur un plateau le coran, livre saint des musulmans, un peu de farine en signe de bénédiction, une cuvette d'eau, quelques feuillages. Reza, passant sous ce plateau, sera protégé de tout mal. Son chemin sera vert, et l'eau jetée derrière lui purifiera sa route.

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Par le train, Reza gagne Ispahan, l'ancienne capitale de la Perse, située à plus de 400km de Téhéran. Son oncle Ali y habite. Il est chaudronnier. Aidé de son fils Mansur, il fabrique des plateaux, des casseroles, des chaudrons et des pots de cuivre. "Esfahan, nesf-e jahan!" (Ispahan, c'est la moitié du monde!), explique fièrement Mansur. Située à 1500m d'altitude, Ispahan est une osasis de fraicheur, entourée d'arides montagnes. Des coupoles bleues, des tours émaillées, des mosquées aux minarets élancés se dressent vers le ciel.

Oncle Ali et Mansur entrainent d'abord Reza vers le Méidan-é Shah, la place royale.Quatre monuments qui sont des oeuvres d'art contribuent à la beauté de cette place. "Voici d'abord la Masdjied-é Shah, la mosquée royale, explique Mansur, bleure et verte, avec son portail monumental, sa coupole bleue, son revêtement d'émail, ses deux élégants minarets à balcons" - "Elle fut commencée, dit oncle Ali, sous le règne de Shah Abbas le Grand". Ce souverain qui n'avait que dix-sept ans en accédant au trône était contemporain de Henri IV et de Louis XIII. Il fut l'artisan de l'unité persane. - "L'autre mosquée de la place, poursuit Mansur, celle de Locfollah, est plus petite. Mais regarde le palais d'Ali Qipu. C'était la résidence favorite de Shah Abbas 1er.

Quand nous aurons regardé le bazar impérial, avec son moulin à huile actioné par des chameaux, nous irons, non loin de la place royale, voir le pavillon aux quarante colonnes. " - Quarante, s'écrie Reza, comme les quarante voleurs d'Alibaba" - " En réalité, il n'en a que vingt. Le nom de quarante vient peut-être du reflet de ces colonnes dans l'eau". - "Et aussi, dit Reza, parce que quarante, chez nous, veut dire nombreux".

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Nos trois amis visitent encore le palais des huit paradis, le madrasseh de la mère du roi. Mais, le soir, fatigués d'avoir tant marché, ils vont s'asseoir au bord de la rivière Zayandé-Rud. Le débit de cette rivière a été régularisé par le percement d'un canal qui permet de puiser l'eau dans le Kâroun, un fleuve qui se déverse dans le golfe persique. "Ce pont barrage, explique Mansour en croquant à belles dents des feuilles de laitue tandis qu'oncle Ali  fume une pipe d'eau, (son "quiyan"), a été construit par Shah  Abbas. Il comporte vongt-quatre arches en pierres et en brique.Le pont aux trente-trois arches que nous t'emmèneront vor s'appelle Siosepol (siosé signifie trente-trois en iranien et pol pont).

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Voici Mohammed, un autre fils d'oncle Ali. Il cligne des yeux, ébloui par le soleil. "Mamouch, appelle Mansur,viens vite embrasser Reza". Derrière lui brille la mosquée bleue. La religion des anciens perses se basait sur trois principes : la bonne action, la bonne pensée, la bonne parole.Avec l'aumône, le devoir le plus important precrit par le coran est la prière. Cinq fois par jour le musulman, tourné vers la mecque, prosterné sur une carpette, peut prier là où il est. La coutume veut que le vendredi cette prière soit accomplie dans une mosquée. Les "Mollahs" qui interprètent le coran sont instruits dans la Madrasseh de la mère du Shah ou faculté de théologie.

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Roghayeh, Aziz, Touran, Akbar, Cyrius, comme vous écoutez bien votre maitre! Seriez-vous plus studieux que les écoiers de France? "La leçon de calcul a été interrompue, explique Roghayeh dans un éclat de rire, et nous entendons en ce moment l'histoire de Silah, rose de la mer, qui avait épousé le roi des perses. Une vieille légende de chez nous, comme celle des tapis magiques ou d'Aladin à l lampe merveilleuse". Ne croyez pas que tous les iraniens sont assis par terre en classe. De plus  en plus dans les villes, les écoles sont de grandes constructions modernes, aérées, confortables, qu'on peut comparer en tous points  aux écoles européennes. Fondée en 1933 par ordre de Reza Shah le Grand, l'université de Téhéran est en plein essor. Elle réunit six facultés et de nombreuses écoles : pharmacie, agriculture, géophysique, journalisme... Il y en a en Iran deux millions d'écoliers et d'étudiants.

Ce passage du coran que vous voyez ici est en écriture arabe. Le texte doit se lire de droite à gauche. Les lettres iraniennes et arabes sont les mêmes, mais le vocabulaire est différent. Le coran est toujours imprimé e arabe. La première ligne signifie "Au nom de dieu clément et miséricordieux". Les enfants doivent l'apprendre par coeur. Le premier des grands poètes persans fut Roudaki. Il compose plus de 2 500 000  vers. Saadi a écrit le Golestan (le jardin des roses) et les poèmes de Hafez sont universellement connus. Les iraniens parlent le farsi, une langue originale indo-européenne. L'écriture comprend trente-deux lettres. Voici quelques mots iraniens : merci se dit tashakkor ou mersi, salut salâm, au revoir Khoda hafez, pardon be-bakhshid

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Reza quitte Ispahan. Il se dirige vers Shiraz, mais s'arrête d'abord à Persépolis. Cette ville, fondée vers 518, doit son nom aux historiens grecs. Les iraniens l'appellent aujourd'hui Takht-é Jamshid ce qui signifie le trône du roi. Reza a appris à l'école que Darius le Grand et son fils Xernès avaient fait construire Persépolis  comme résidence impériale.

Et Darius voyait grand : l'apadana ou salle d'audience pouvait contenir dix mille personnes. Incendiée par Alexandre le Grand, Persépolis n'est plus aujourd'hui qu'un amas de ruines.Mais les perses utilisaient la pierre et non les briques séchées, comme les assyriens. Aussi, malgré des siècles de destruction, la terrasse est toujours là, avec son escalier monumental, ses hautes colonnes et son colossal portail de Xérès flanqué à l'extérieur de deux  taureaux et vers l'intérieur de deux autres taureaux à figure humaine.

Chaque édifice est orné de sculptures représentant le roi combattant un lion ou un taureau. Des bas-reliefs, sur les murs de soutien de l'escalier de l'apadana, représentent en vingt-deux tableaux, la procession des peuples tributaires apportant des présents au roi. Reza ne se lasse pas de regarder ces pierres sur lesquelles est inscrite l'histoire de son pays depuis Darius le Grand. Il regarde Xersès, s'avançant sous son parasol.

A cinq kilomètres de Persépolis, il va à Naqsk-é-Rostam visiter les sépultures des rois et lit sur les tombeaux de Darius l'inscription "Je suis Darius, le grand roi, le roi des rois. J'aimela justice, je hais l'iniquité. Il ne me convient pas que le petit souffre l'injustice à cause du grand".

Au hasard d'une randaonnée Reza tombe sur une tribu de nomades. Tentes brunes, noirs ou rouges, tentes de poils de chèvres ou de chameaux se dressent aussi bien le long de la Caspienne, près de la frontière occidentale, dans les zones pétrolières, en Azerbaidjan. Propriétaires de chevaux, de moutons, d'ânes, de chèvres, ces nomades sont contraints à de continuelles mutations pour assurer la nourriture du bétail. Ils cherchent l'hiver des régions plus clémentes et, sous le soleil torride de l'été, on les voit se déplacer de point d'eau en point d'eau. Ils vivent de l'exploitation de leurs troupeaux. Certaines tribus montrent des animaux sauvages et donnent des soirées folkloriques. Les Kassemabadis de la Caspienne vivent de la chasse et de la pêche.

Quand ces caravanes de nomades en transhumance s'arrêtent dans le Fars pour planter leurs tentes, il n'est pas rare qu'en creusant la terre, ils trouvent un objet qu'effleura jadis la main de Darius, de Cyrius ou de Xersès.

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D'orrigines très différentes, turcs, kurdes, bédouins arabes, tribus belouches et afghanes, ils sont les uns et les autres demeurés au stade pastoral. Le soir à la veillée, ils chantent sous leur tente et disent les exploits des cavaliers turcomans ou des scythes. Le troupeau est à l'abri, derrière des palissades de roseaux. Car les loups, les tigres et les léopards, poussés par la faim, suivent les caravanes à l'affut d'une proie. Le mulet et l'âne gris servent pour les transports.

En montagne comme dans la traversée des rivières, ils mettent le pied au bon endroit. L'âne blanc, plus petit et plus coûteux, sert de monture.

Reza, en route vers Shiraz, s'arrête une semaine chez un fermier. Téhéran où il habite, Téhéran, l'immense capitale avec ses deux millions d'habitants, ses buildings impressionnants, ses écoles, ses constructions ultra modernes, n'a jamais permis à Reza de comprendre que l'Iran  est un grand pays agricole.. En pleine campagne avec son ami Parviz, le voici donc à la peine, tirant les chevaux et conduisant la charrue. "J'ai appris en classe, dit Reza que nous avons produit l'an dernier, trois millions de tonnes de blés, du riz, de l'orge, des betteraves à sucre, des graines d'oléagineux". Parviz hoche la tête. "Notre terre est féconde, mais elle est sèche, explique t-il. Tout le problème est là ; l'irrigation du sol.. Au printemps, des cimes neigeuses, l'eau coule à flot. Il faut la conserver précieusement. Pour cela, nous avons contruit des barrages qui peuvent aussi alimenter les villages et les villes en électricité".

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Le karadj (représenté sur cette photo) a déjà été mis en eau. Il a été créé par les ingénieurs américains et alimentera la région de Téhéran. Sa hauteur est de 180mètres. Sa capacité peut atteindre 205 millions  de m2. Le Séfid Roud  qui se trouve au nord ouest, à 250km de Téhéran, est une réalisation admirable due à des ingénieurs français : le volume du lav évalué à 1 700 000 000 m2 permettra d'irriguer et de cultiver 220 000 hectares. Deux autres projets gigantesques, le barrage de Dez et le Laryan, ont été confiés à l'entreprise française qui a si bien réussi le Séfid Roud. Douze barrages ont été construits depuis 1954. Chaque jour l'Iran augmente la superficie des terres cultivées.

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A Shiraz, Reza rend visite à sa cousine Chirine (ce nom signifie douce en iranien). Il la trouve assise devant un tapis couvert de roses. Avec ces pétales, Chirine fera du sirop de roses, délicieux à boire, et des confitures. Shiraz est une ville charmante par ses jardins, ses oiseaux et ses fleurs. C'est la ville des poètes. Reza répète dans son coeur les vers d'Hafiz qui est né dans cette ville : "Je cueillais au jardin la rose de l'aurore - la voix du rossignol est venue me saisir". Puis il va sur la tombe de Saadi, un autre poète qui a écrit le Golestan (le jardin des roses) et qui est enterré au milieu des fleurs qu'il aimait.

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Pendant son séjour à Shiraz, Reza entend parlez des parsi ou zoroastriens. C'est en Azerbaidjan (nom qui signifie pays du feu) que la religion zroc astrienne a pris naissance. Dans cette province située au nord-ouest de l'Iran, depuis des siècles, du gaz de pétrole flambe au raz du sol d'où le nom du pays du feu. Zarathoustra ou Zoroastre a vécu a vécu au milieu du VIème s. avant Jésus Christ. Dans un livre sacré, l'Avesta, il a prêché une doctrine qui repose sur la lutte du Bien, Ormuz, et du mal, Abriman. Le feu sacré est e symbole de Dieu. L'autel du feu ou Atech-Kadeh existe dans toutes les demeures des Guèbres, disciples de Zoroastre. Une flamme y brûle sans cesse.

Les arabes victorieux imposèrent la religion islamique au peuple persan et les guèbres qui refusèrent de se soumettre se retirèrent dans des villages ramassés, ou dans des demeures aux murs élevés. Ils y vivent avec leurs prètres, les mobeds ou mages. La religion de Yezd où habitent beaucoup de guèbres est très chaude et ils ont le secret de ventiler leurs demeures par des coupoles qui surmontent leurs maisons. Comme ils entretiennent perpetuellement la flamme, ils connaissent les propriétés du feu et ils exercent tous les métiers d'artisanat, orfèvrerie, joaillerie, plomberie qui demandent le feu. De nos jours, il y a encore quelques milliers de farsi en Iran. Propriétaires de grands terrains, ils ont bâti des cités modernes, créé des banques. D'autres farsi se sont réfugiés à Bombay où ils se sont montrés des hommes d'affaires honnêtes et efficaces.

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Voici Reza dans un zour-khanez, une sorte de gymnase. Il est assis avec ses amis sur les gradins. En contre-bas, sur la piste, quinze athlètes executent des mouvements de gymnastique. Au milieu, le maître ou pahlavan, diriges ses élèves, les nowtchés. Ils sont torse nu, avec une culotte de peau, brodée de dessins persans. La séance se déroule selon un rite précis. Au début le musicien ou le morshed chante quelques invocations. Les participants baisent la terre en signe d'humilité. D'un brûle-parfum s'élèvent des senteurs décorce d'espand qui se consument pour chasser les mauvaises pensées. Les persans se compares souvent à nos chevaliers du Moyen-âge. Et véritablement le sport qu'ils pratiquent dans les zourkhanehs ressemble à une chorégraphie sacrée.

Les exercices se succèdent : flexions des bras et des jambes, mouvements de reptation, sautillements. Les athlètes jonglent ensuite, au rythme du tambour, avec les "mill" lourdes masses de boisplein (à droite sur la photo) ou dansent avec les 'rabades", lourdes chaines que vous voyez sur cette même photo ou les "seng",boucliers géants.

Ces "fiers-à-bras" ont des surnoms terribles : Chir-Koda (le lion de dieu) ou Ahmed-Gavgosh (le tueur de boeufs) et ils sont redoutés pour leur force.

Tous les matins à six heures, sur les ondes de Rado-Téhéran, le tambour retentit et un gymnaste donne aux athlètes réunis dans les gymnases le signal de l'exercice.

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Ne cherche pas ailleur, petit Reza, l'explcation de cette force, de cette vigueur des iraniens que tu admires. Te voilà bien intégré maintenant par ce morched qui frappe son zarbé. C'est un musicien et, après avoir rythmé sur son tambour la cadence des exercices, il chante maintenant : il dit les exploits de Rostam, le héros national persan qui avait reçu d'Allah une force immense : partout où il posait ses pieds, les pierres étaient écrasées.. Aussi dût-il, pour pouvoir marcher sur les routes, prier Allah pour li enlever un peu de sa force. Son cheval Rakhsh était aussi intelligent et courageux que lui. "Toute cette histoire, explique t-il à Reza, je ne l'ai pas inventée. Je l'ai lue dans le livre des rois de notre grand poète Firdousi qui vécu au XIème s."

Reza et ses amis courent maintenant pour admirer un lutteur qui a eu un grand succès aux Jeux Olympiques. La lutte libre et gréco-romaine et la boxe sont parmi les sports préférés des iraniens.

A Téhéran, avant le départ de Reza, son maître d'école lui a dit : "Reza, mon garçon, n'oublie pas, pendant ton voyage d'aller à Abadan". Reza a suivi ce conseil et le voilà dans la ville du pétrole, de l'or noir, siège de la plus grande raffinerie du monde. En 1890 l'archélogue français Jacques de Morgan effectuait des fouilles près de Suse, pour découvrir des trésors achéménides, c'est à dire des vestiges remontant au VIème s. av. J.C. C'est le pétrole qu'il découvrit. En 1901 un prospecteur anglais William Knox d'Arcy obtenait la concession pour "rechercher, raffiner, et exporter le pétrole". Actuellement de nombreuses sociétés pétrolières coopèrent avec la société nationale de l'Iran. Et Abadan est à la fois une ville moderne et internationale.

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Vous souvenez-vous des contes des Mille et une nuits, Aladin et la lampe meveileuse, et ces paroles : "Frappée par le djinn, la paroi s'ouvrit et sous mes yeux émerveillés apparurent des jarres pleines de richesses"? Eh bien, ce conte est devenu réalité : le trésor de l'Iran, toute sa richesse, est enfoui dans son sol. Le long de la côte orientale du golfe persique, sur 1500km, les citernes d'or noir se multiplient. Ce pays contient 80 pour 100 des réserves de pétrole du globe et produit 60 millions de tonnes par an. Par le port de l'île de Khark qui peut automatiquement alimenter des tankers de 100 000 tonnes, par Bandarshapour et Krorramchahr, il est exporté à travers le monde, tandis que des pipelines sur ue longueur de 2800km assurent le ravitaillement du pays.

Abadan, où travaillent 20 000 personnes, dresse vers le ciel ses minarets en béton. Les champs alentour n'ont pas de blé ni d'orge, mais du pétrole et inlassablement on fore la terre, au milieu des roches chaotiques, pour ouvrir de nouveaux puits.

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Il fait si chaud à Abadan (40°c à l'ombre et 75+c au soleil) que Reza revient à Téhéran. Il prend l'avion et arrive après 2 heures et demie de vol à Mehrabad, l'aérodrome de Téhéran. C'est une joie pour lui de retrouver ses parents, d'admirer de nouveau la grande ville, ses larges avenues, ses jardins. Vous voyez ici Reza et ses amis, Soraya et Parviz, devant le palais impérial. Au milieu des grands parcs se dressent les palais royaux, le palais de la présidence du Conseil, le Sénat. La table devant laquelle travaille le roi, au palais impérial, est un chef d'oeuvre de marqueterie. Ellefut executée par des artisants.

Reza, Parviz et Soraya courent à travers les jardins, devant le Sénat, au milieu des pelouses si fraiches, des fleurs, des pièces d'eau. C'est vendredi, un des trois dimanches de Téhéran. Expliquons-nous : à Téhéran les musulmans se reposent le vendredi jour "chômé", les juifs le samedi jour de Sabbat, les occidentaux le dimanche. Les trois enfants rentrent déjeuner chez Reza. Au coeur de Téhéran, ils passent devant le Golestan ou palais du jardin des roses. Ce monument, le plus somptueux de la capitale, est maintenant réservé aux cérémonies de la cour et aux réceptions. C'est là que, pour le nouvel an, les souverains offrent leur "salam". Dans des salons scintillants de lumière et dignes des contes des Mille et une nuits s'amoncellent les trésors de la cour d'Iran, vaisselle d'or et de jade, armures, carnées. Au milieu d'un de ces salons brille le trône des Paons, qui fait partie du butin du grand mogol rapporté de Delhi par Nader Shah.

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Il est en or massif serti de 40 000 pierres précieuses. Chaque souverain doit y trôner au moins une fois, le jour où il est couronnéShah-in-Shah, roi des rois.

Dans la rue où ils marchent gravement, Parviz confie à Reza ses projets d'avenir. "Plus tard je serai officier". Reza hoche gravement la tête. L'armée iranienne compte 80 000 hommes et a pour chef suprême le Shah... "Moi commence Reza..." mais la rencontre inattendue d'une charrette avec du dough (du lait de beurre rafraichi par des carrés de glace) vient interrompre ses confidences. Reza achève une bouteille de dough.

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"Tu es heureux d'être de retour à Téhéran?" interroge Parviz. Reza éclate de rire. "Je n'y suis pas pour longtemps. Demain je pars pour le nord de l'Iran" et il ajoute fièrement "J'irai jusqu'à la mer caspienne".. Quelques jours plus tard dans un village du nord il regarde avec étonnement des femmes occupées à confectionner des nattes de chaume. A quoi servent ces nattes? A des usages très différents. On les emploie aussi bien pour couvrir le sol que pour décorer les plafonds. Certaines maisonnettes ont des toits et des parois en natte de chaume. Une ou deux fois par jour on les asperge d'eau, ce qui rafraichit la température.

Pour teindre ces brins de chaume et les laines qui servent à tisser les tapis, les iraniens ont le secret de certaines couleurs, obtenues en faisant cuire des herbes et des plantes de leur pays.

La petite Farah qui sourit à Reza est fière de cette science, transmise de génération en génération. Devant elle il y a trois ab tabe, des pots qu'elle remplit d'eau. Beaucoup de vases, de cendriers, de pièces d'argenterie, de bracelets sont ciselés à la main comme ces ab tabe. Dans les villages des artisants habiles réalisent des travaux de bois et notamment de bois incurvés d'une étonnante finesse.

"Cette robe rouge est plus joyeuse que le tchador, pense Reza". Le tchador c'est le long voile noir qui enveloppe à Téhéran les femmes qui ne s'habillent pas à la mode européenne.

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Le frère de Farah a un sourire si magnifique que Reza s'approche de lui "Comment t'appelles-tu?" - "Tahmasb"! - "Quel âge as-tu?" - "Dix ans" Et Tahmasb mis en confiance, raconte à Reza qu'il habite la maison la plus proche et qu'il travaille tout le jour avec les siens. Il ne va jamais à l'école. "Combien d'heures par jour travailles-tu?" Le sourire de Tahmasb se fait plus joyeux encore. "Je n'ai pas de montre, dit-il. Nous commençons au lever du soleil. Nous finissons lorsqu'il se couche.

Reza le qutte à regret. Il n'oubliera jamais le visage merveilleux de Tahmasb.

Fatima, la mère de Farah et de Tahmasb tisse un tapis de nomade sur un métier. Avez-vous déjà examiné un tapis persan? Les noeuds qui le composent se comptent par millions. Un bon artisan fait 1200 noeuds par jour. Plusieurs membres de la même famille travaillent souvent au même tapis. Les enfants nouent et coupent avec adresse. Le tapis fini est exposé en leine rue ou sur le sable, avecune épaisse toison, , aux intempéries, aux pieds des passants, aux roues des charrettes.. Ainsi, il s'aplatit. Puis on l'étend au bord d'un étang ou d'une rivière. On le lave à grande eau et on le fait sécher.

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Les motifs des tapis comme des céramiques s'inspirent de la vie quotidienne : fleurs, fruits, légumes, animaux sauvages et domestiques, arabesques.

La céramique est un art ancien : certaines faïences colorées remontent au VIII ème et au IX ème s. Elle atteignit son apogée sous Shah Abbas le Grand et les briques émaillées qui ornent les mosquées et les monuments de l'époque safavide sont très belles. Au XXème s. des moules métaliques et des appareils électriques facilitent le travail des artisants. Des dessins riches et variés ornent les émaux et la porcelaine de luxe.

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Gregg tient sur sa tête un melon. "Lance-le, Gregg" crie Reza. Et la partie de ballon s'engage...Une partie qui ne vaut rien pour le melon. Reza et Gregg préfèrent s'asseoir côte à côte et déguster le fruit sucré.

Un petit berger qui garde ses moutons, les charme au son de sa flûte. Et Gregg mis en joie se met à chanter une vieille chanson rimée "Pit! Pit! Penbeh! - Baba manov zen deh!" (Tape! Tape! Coton! Père il me faut une fiancée!) Et Reza chante à son tour.

Les iraniens aiment la musique. La musique et le folklore font partie  des plus vieilles traditions de leur pays. La musique persane possède des quarts de ton et l'octave est divisée, non pas en ouze mais en dix-sept parties. Dans les orchestres locaux les instruments sont nombreux : toutes sortes de guitares (tar, setar, tchogor, robab) une sorte de harpe ou tcheng le samour qui est l'ancêtre de notre cithare, des instruments à vent, sorna, bong (trompette), néi (flûte), karna (clairon),...

Costumes multicolores, danses et chants qui animent les fêtes traduisent la joie de vivre de ce peuple qu'on lit sur le visage souriant de Gregg.

"Quel beau pays, pense Reza. Et il a dans son esprit les paroles écrites par S.M.I. le Shah d'Iran : "Nous chérissons les jardins, la poésie, la vie familiale et l'hosptalité. Nous glorifions ce pays de déserts et de montagnes coiffées de neige, de cèdres et de platanes, d'arbres aux fruits délicieux, de rivières, de fontaines, de roses, de fleurs d'orangers et de rossignols".

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Reza au marchéde Tcheshmasefid, va de marchand en marchand. Pistaches et viandes grillées, aromates et condiments variés, zarfaran (safran) karanfil (girofle) riz et légumes secs, pâtes d'abricots, quelle variété! Il y a même des chapelets de "limou omai" (petits citrons séchés) et de khorma kharak (dattes certes).

- "C'est aussi merveilleux, s'écrie Reza que dans le bazar d'Ispahan" Mis en appetit, Reza va déjeuner chez Naziad, une amie de sa mère.

- "Mangeons vite, dit-elle, car je dois aller récolter des feuilles de thé. Tu m'accompagneras, mon petit Reza".

Le repas est excellent : une soupe épaisse d'herbe et de crudités, des concombres, des brochettes de mouton, du mast. (un yaourt de lait de chèvre très rafraichissant). Le pain est une galette de blé très plate.

Et voilà Reza, penché avec Naziad, récoltant les feuilles de thé.

" - Plusieurs fois par saison, explique Naziad, à peu près toutes les deux semaines, nous devons trier et cueillir les feuilles. Mais les premières moissons donent des feuilles ayant un meilleur parfum".

Le thé est la boisson nationale. Trois ou quatre fois par jour on boit le "tchai". Il y a cent sept procédés pour préparer les feuilles. L'Iran en consomme 20 000 tonnes par an. La production étant de 9000 tonnes, il faut importer. Mis la superficie des champs propres à la culture va doubler. Dans cinq ans, l'Iran ne boira que son thé et même en exportera.

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" - Demain, dit Naziad, si tu m'aides encore à récolter les feuilles de thé, je te ferai du "tchélo-kebab". Le tchelo-kebab c'est du riz lavé et cuit, servi avec du mouton à la broche. Ce riz est additionné de beurre, d'un oeuf cru et de condiments". "J'aimerais aussi goûter du koukou", dit Reza. Le koukou est une mixture de laitues, d'épinards et d'oignons.

L'année commence le 21 mars avec le printemps. Les quatre saisons correspondent aux signes du zoiaque. Les six premiers mois comptent 31 jours, les cinq suivant 30. Le denier a 29 ou 30 jours selon les années.. Le premier s'appelle Farvadine, le dernier Esfand. L'année 1962 correspond en Iran à l'année 1340. Le Noo Ruz, le jour du nouvel an, Reza et ses parents mettent des vêtements neufs. La maison est décorée de bougies, on place, à côté du coran, sept objets commençant par la lettre sin (s). Ces sept mets s'appellent les baft-sin. E voici certais qu'on peut choisir, le vinaigre (serkeb), l'air (sier), la pomme (sieb), le suc de blé vert cuit (samanu), les fines herbes (sabzi), l'olive de Bohême (senjed), la nigelle (sia-dune).

Au Salam impérial, lrsque le corps diplomatique vient présenter ses voeux au souverain, dans les vastes salons du palais de Golestan, une table est servie en face du trône avec les "sept mets" dans une hyacinthe (sombol). Treize jours après le Noo-Ruz, se déroule une autre fête nationale, le Sizdahedar. Selon une vieille croyance, quiconque reste chez lui ce jour-là éprouve malheur. Aussi, tout le monde part pique-niquer dans la campagne. C'est le printemps, ne l'oubliez pas!

Charmant Sizdabedar qui procure à chacun une journée de plein air, à l'ombre des arbres en fleurs.

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A la vue de la mer Caspienne, Reza saute de bonheur. Ses eaux bleues et grises sont transparentes. Il regarde avec amusement le petit Hossein, le fils d'un fermier de la côte, que sa mère savonne soigneusement. "- Une vraie baignoire" s'écrie Reza en riant. " - Une baignoire qui foisonne de poissons, dit Hossein en se frottant les yeux. Notre mer Caspienne en offre une telle variété, des saumons, des truites, des sardines, des thons..." - "Par contre, précise Soraya, la mère d'Hossein, nous ne cultivons pas de pierres précieuses come dans le golfe persique et la mer d'Oman.

" - Le plus gros de nos poissons, explique Hossein, est l'esturgeon. Il atteint parfois deux mètres de long et pèse jusqu'à deux cents kilos. Nous l'appellons uzun burum (gros nez) à cause de son groin pointu. Il y en a plusieurs espèces. Le plus connu est l'esturgeon Assetrina" - "Et le caviar?" interroge Reza, désireux de s'instruite.

- "Caviar, c'est la laitance de la femelle, salée et mise en glace. Il n'existe nulle part au monde un meilleur caviar. Des chiffres maintenant. C'est Soraya qui les done : "Quatre-vingt tonnes par an sont produites par la société nationale des pêcheries".. Le caviar iranien est aussi célèbre que le champagne de France et le whisky d'Ecosse.

"Trois provinces bordent la mer Caspienne, explique Hossein, le Gilan à l'ouest, la Mazanderan au centre, le Gorgan à l'est. Dans les deux premières on cultive le riz, le thé, le mûrier pour l'élevage du ver à soie. Dans certaines régions du Gorgan, des turkmènes élèvent des chevaux, des troupeaux de chameaux et de moutons. Vie laborieuse et rude qui contraste avec certaines plages mondaines, celle de Ramsar, par exemple, le Deauville de la mer Caspienne.

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Soraya et Hossein ont emmené Reza chez eux. Il avait très chaud. Il a croqué un concombre avec du sel. Il mange des pistaches maintenant. Sur le mur il y a un grand tableau qui reproduit le blason de l'Iran : un lion qui porte une épée dans sa patte. Derrière se lève un soleil. Reza est heureu. Il raconte son voyage à Hossein : "Je suis très content dit-il, d'avoir parcouru notre pays du sud au nord, d'avoir visité Ispahan, Shiraz, Persépolis, d'avoir vu les champs de pétrole et les camps de nomades, d'avoir admiré partout des constructions modernes". Il ajouta gentiment "... et de connaitre Hossein". Reza et son nouvel ami partent pour Rheza Shah Pahlavi. La statue qui se dresse devant l'hôtel le représente.

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Rheza Shah est le fondateur de la dynastie des Pahlavs. Dès son adolescence il entra dans une carière miltaire. Voyant l'anarchie qui régnait dans le pays, il pénétra pendant l'hiver 1921 dans Téhéran, à la tête de ses soldats. Il prit le pouvoir. En 1923, il fut sacré Shah d'Iran et mis fin à la dynastie des Ghadjars. Rénovateur et réformateur de la nation, il reçu le titre de Reza Shah le Grand. Il donna à son fils une éducation européenne. Le Shah Mohammed Reza Pahlavi parlait un français parfait avant de parir dans un collège suisse. En 1959 il épousa Farah Dibah qui faisait à Paris des études.

Le 31 octobre 1960 naquit le prince Reza. Mohammed Reza Shah est un remarquable pilote. Saculture française est aussi vaste que sa connaissance de la poésie persane. Il y ajoute une sérieuse connaissance de l'anglais. Excellent joueur d'échecs et de polo, deux sports qui ont été inventé en Iran, il s'est tout de suite révélé comme un grand prince lorsqu'il décide de répartir entre les paysans sans terre, les domaines de la couronne.

L'IRAN

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L'Iran occupe la majeure partie d'un immense plateau, entre le Tigre et l'Indus, occupé à l'est par l'Afghanistan et le Pakistan. Sa superficie est de 1 645 000 km2. Au nord, l'Iran est bordé par l'URSS et la mer Caspienne, à l'ouest par la Turquie et l'Irak, au sud par le golfe persique et la mer d'Oman. Trois chaines de montagnes traversent ce plateau. Une vingtaine de sommets dépassent 4000m. Les principales villes de l'Iran sont situées entre 1200m et 1900m d'altitude mais le niveau de la mer Caspienne est à 27m au dessous de celui de la mer. La même diversité joue dans le climat, très humide au nord de l'Elbourz, où la végétation est luxuriante, sec et aride ailleurs. Deux déserts au centre du pays, occupent le 1/6 de la superficie totale.

Les villes les plus importantes sont Téhéran, Tabriz, Ispahan, Shiraz, Meched, Abadan, Kerman, Abwaz. La population s'élève à 22 millions d'habitants. Dans tous les domaines, le développement de l'Iran est considérable. La réforme agraire  permis un essor général. On cultive les fruits (raisins, melons, oranges, citrons, figues), du riz, du thé, du tabac, du coton, du blé, des légumes. Du sous-sol on extrait du pétrole, de la ouille, le minerai de fer. L'Iran exporte du pétrole et du caviar. Les usines de laine, de coton, de ciment ont une importante production. La langue officielle est le farsi, mais un dialecte particulier existe dans chaque province?

L'unité monétaire est le rial. Dix francs français valent 165 rials. Il existe des pièces en argent de 1, 2, 5, 10 rials et des billets de 10 à 200 rials. Le drapeau iranien est formé de trois bandes horizontales, verte, blanche et rouge. Dans la partie centrale sont représentés les armoiries de l'Iran, un lion tenant un glaive, avec, au dessus du lion, un soleil leVant.