G ROMAN

Ghislaine ROMAN nous parle de son dernier album publié :

"LA POUPEE DE TING-TING" Ed. Seuil, illustré par Régis LEJONC

 

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- Comment est née cette histoire?

Comme toujours, il s’agit du croisement de différents fils : je voulais écrire sur le deuil mais je voulais trouver la bonne distance, le bon angle. Je suis frappée par la difficulté qu’on les enfants, les jeunes, à nommer leurs émotions et à sombrer dans une culpabilité morbide. On les voit s’enfermer dans des addictions, des troubles du comportement alimentaire… Et la seule réponse qu’on peut, nous adultes, leur proposer, c’est la parole, la musique, la peinture, la littérature, l’art de façon générale. Il y a déjà là la plupart des « ingrédients » de mon histoire. La mort, la culpabilité, la parole nécessaire.


- Pourquoi ce sujet si délicat et la Chine?

La mort est relativement peu abordée dans la littérature de jeunesse. Cela trouble, bien-sûr. On ne sait pas comment trouver les mots. Où vont-ils, ceux qui disparaissent ? Y-a-t-il un ailleurs ? Les enfants se posent très tôt la question. D’où la présence du héron dans mon histoire. Chacun y voit ce qu’il veut ; Une présence bienveillante et tutélaire, la réincarnation du père, la concrétisation de son esprit, un merveilleux hasard ?. Il me semble que dans les familles, chacun peut l’interpréter à sa façon. D’ailleurs, lors de lecture dans des classes, cela donne lieu à des discussions très belles entre les élèves. Ils sont troublés quand je leur dis que je n’ai pas de réponse à leur fournir. Que je ne suis QUE l’auteur et que c’est à eux, lecteur, d’en dégager le propos.

Quant à la Chine, c’est un rêve. On m’a offert quand j’étais enfant un très bel album documentaire «  L’extrême Orient ». J’avais peu de livres et je l’ai donc lu des centaines de fois. Il est, au moment où j’écris, dans la bibliothèque juste derrière moi. Je ne m’en séparerai jamais. La page sur la grande muraille me faisait rêver. Celle sur les gardes rouges m’interrogeait.

Un jour, dans un film chinois, un personnage disait à un autre qua quand on avait un chagrin, il fallait le confier au creux d’un arbre. Ce fut le déclic que j’attendais sans le savoir.


- Comment avez-vous travaillé avec R Lejonc ?

à distance… mais il m’a envoyé régulièrement toutes ses recherches. Mais il a tout de suite « senti » le sujet. Les images ont finalement peu évolué des premiers crayonnés aux images finales. C’était comme une évidence. J’ai parfois modifié légèrement le texte pour qu’il colle mieux aux propositions de Régis. Par exemple, le pont était au début, en bois. Mais Régis a préféré le dessiner en pierres. C’était un détail alors…

J’espère que nous referons un album ensemble parce que je crois que nos univers s’accordent bien. C’est quelqu’un qui n’a pas peur de ses émotions. Un artiste véritable.


- Avez-vous déjà voyagé en Chine?

non. Je voyage peu. J’ai beaucoup de mal à prendre l’avion.


- Quelles histoires chinoises aimez-vous ?

J’ai lu beaucoup de contes traditionnels… je me souviens en particulier de ces deux voyageurs qui s’endorment près du crâne d’un cheval mort. L’un raconte son rêve et on comprend qu’il est, dans son sommeil, devenu l’insecte qui se promène dans le crane du cheval… Je raconte mal, j’ai oublié les détails…


- Les albums ont souvent pour cadre la campagne chinoise et de modestes paysans. Avec votre regard d'auteure, d'enseignante, comment expliquez-vous que les enfants
ne découvrent pas une image plus "moderne" et plus citadine de ce pays?

Je crois que cela tient au fait que les immeubles, les rues des villes se ressemblent sans doute partout, d’un continent à l’autre. Du coup, on préfère évoquer un pays traditionnel, d’avant la mondialisation. Et sans doute aussi beaucoup par ignorance. 

Pour mon histoire, je ne voulais pas que l’époque soit précise. Je préférais rester dans une indétermination… cela permet de mieux accéder aux personnages. Un peu comme dans les contes de fées. Le fameux « il était une fois… »

 

- Pouvez-vous nous parler de vos projets?

Plusieurs albums vont sortir dans le courant de l’année. Mon cinquième album avec mon ami Tom Schamp. ( « OUF ! » aux éditions Milan), la réédition groupées de la série «  Le livre des peut-être » avec Tom Schamp chez Milan aussi,  la réédition de « un jour deux ours » avec les images d’Antoine Guilloppé chez Gautier Languereau, et une nouveauté en octobre chez Lamartinière jeunesse ( La plume Blanche, illustré par Sophie Lebot).

Je viens de terminer une série de contes que j’ai situés un peu partout sur notre belle planète. J’aime bien faire voyager mes jeunes lecteurs.