DEBOMY, Frédéric

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photo éditions Cambourakis

Scénariste, Frédéric Debomy a publié deux livres de bande dessinée avec le dessinateur bruxellois Louis Joos. Le premier, Suite bleue, paraît en 2001 aux éditions Le 9e Monde. Le second, Une vie silencieuse, est publié en 2006 par Albin Michel. Entretemps, il a contribué à l'écriture de Taches de jazz d'Edmond Baudoin (Le 9e Monde, 2002) et conçu et dirigé un ouvrage sur la situation politique en Birmanie, Birmanie, la peur est une habitude. Ce dernier ouvrage, mêlant information générale, témoignages et bandes dessinées, est d'abord publié par l'association Khiasma (en 2003) avant de connaître une seconde édition chez Carabas (2008).

Frédéric Debomy y écrit les scénarios de deux récits : La peur, dessiné par José Muñoz, et Le pays aux mille pagodes, dessiné par Markus Huber. En janvier 2012, paraît Turquoise, dessiné par Olivier Bramanti, aux Cahiers dessinés. Des originaux de Turquoise sont présentés dans le cadre de l'exposition collective Dire le monde de l'édition 2012 du festival Étonnants voyageurs de Saint-Malo puis à la maison du dessin de presse de Morges du 6 au 23 septembre 2012. Ses dernières bandes dessinées en date sont Le Vertige (avec Edmond Baudoin, Cambourakis, 2014), Sur le fil - Dix ans d'engagement pour la Birmanie (avec Benoît Guillaume et Sylvain Victor, Cambourakis, 2016), Birmanie - Fragments d'une réalité (avec Benoît Guillaume, Cambourakis, 2016), Full Stop - Le génocide des Tutsi du Rwanda (avec Emmanuel Prost, Cambourakis, 2019), Aung San Suu Kyi, Rohingya et extrémistes bouddhistes (avec Benoît Guillaume, Massot éditions, 2020), La Force de l'ordre (avec Didier Fassin et Jake Raynal, coédition des éditions du Seuil et des éditions Delcourt, 2020), Indignez-vous! La violente espérance de Stéphane Hessel (avec Lorena Canottiere, Indigène, 2022), Myanmar, the last stand (avec Kwong-Shing Lau, Slowork Publishing, Taïwan, 2023) et Le Baiser (avec Andrea Bruno, Ici Même, 2023). (source : wikipedia)

Rencontre avec l'auteur à propos de son album "Le baiser" ill. Andrea Bruno aux éditions Ici même, 2023

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 - Comment êtes-vous venu à la BD ?

Je suis tombé dedans quand j'étais petit, comme Obélix dans la marmite de potion magique ! Dit autrement : c'est trop ancien pour que je m'en souvienne. À l'adolescence, je n'ai pas travaillé le dessin, au regret d'une professeure de dessin qui me pensait doué. Devenu adulte, j'ai écrit des scénarios. 

- La Birmanie occupe une grande place dans votre travail, pourquoi ce pays ?

C'est arrivé comme ça, à la suite d'un petit bouquin qui parlait de la situation dans ce pays : une dictature militaire, des gens qui y résistent, une entreprise française - Total - qui participe du financement de cette dictature. J'ai imaginé un livre sur le sujet, qui mêlerait témoignages et bande dessinée. Il est paru, suivi d'une exposition et précédé d'événements publics. Mais je n'envisageais pas à ce stade de m'occuper d'une association en relation avec le mouvement démocratique birman et le monde des ONG (entre autres acteurs du dossier birman), d'être un interlocuteur du quai d'Orsay etc. Ni d'avoir une histoire d'amour avec une Birmane et une '' petite sœur '' birmane qui m'importe comme peu de gens au monde. Bref, cette relation à la Birmanie a été évolutive et inattendue. Certaines de mes bandes dessinées évoquent ce pays : je m'emploie alors à partager avec le lecteur la connaissance que j'en ai, parfois les visites que j'y fais. Toujours de façon engagée, en ce sens que je souhaite sensibiliser le lecteur à ce qui s'y passe et à ce que font tous ceux qui ne se résignent pas au règne militaire. 

- Les droits de l’homme, des femmes,… Quel impact la BD peut apporter selon vous?

Je me pose la question. Ce peut être un apport très modeste sinon inexistant. En tout cas c' est bien de ne pas laisser le champ à des discours qui font abstraction de ces droits ou y sont opposés. Produire de la connaissance, de l'intelligence : ce n'est jamais tout à fait perdu, cela vaut le coup de s'y essayer. Je suis très agacé cependant par les démarches, d'auteurs et d'éditeurs, qui se prétendent '' engagées '' mais consistent en réalité à aller dans le sens du vent : on parle de ce dont tout le monde est en train de parler, avec le même avis que tout le monde, et on en éprouve de la fierté... On ne va pas où ça gratte, alors qu'il y a des endroits où il est urgent de gratter, on délaisse les aires géographiques qui ne sont pas déjà sous les projecteurs...

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- « Le baiser » est un bel hommage à ces femmes qui tentent de prendre leur avenir en main : comment est née cette histoire ?

En partie, d'un séjour dans un pays d'Asie du sud-est qui n'est pas la Birmanie quand j'avais la vingtaine. Des choses m'ont surprises. Mais tout le récit n'y trouve pas sa source : il y a diverses sources. Ce qu'il y a c'est que ce récit fait maintenant écho, pour moi, au parcours de femmes que je connais, le personnage principal me renvoie à elles. Mais je ne les connaissais pas lorsque j'ai imaginé le récit. 

- Comment avez-vous travaillé avec Andrea Bruno et plus généralement avec les illustrateurs ?

'' Illustrateur '' ne me semble pas le terme le plus exact pour un dessinateur de bande dessinée. C'est un acteur plus central du processus : c'est par ses dessins que passe le récit tandis que l'illustration d'un texte vient en plus d'un texte qui existe par lui-même. Du moins, il me semble. Je connaissais les livres d'Andrea depuis ses débuts mais je ne le connaissais pas encore personnellement. Tout s'est passé assez aisément. Il n'y a pas eu de story-board, une étape qui peut permettre de tout caler précisément avant que le dessinateur n'attaque l'exécution des planches (du reste, je n'y ai eu recours que pour certains de mes plus récents projets) : Andrea a parfaitement compris mes intentions et les a parfaitement restituées. Quand il y avait quelque chose que je n'attendais pas, c'était un mieux. Je m'y retrouve totalement. 

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- Pouvez-vous nous parler de vos projets ?

Il y en a un petit nombre, parmi lesquels des projets qui remontent à un paquet d'années. Pour n'en citer qu'un, il y a ce projet intitulé '' Des jours sombres '' avec le dessinateur taïwanais Yao-Ching Tseng. Enfin, ce n'est plus un projet : tout est dessiné. C'est une fiction, qui n'appartient pas à un genre particulier. C'est ça qu'il faut faire je pense : des projets hors des clous, tous singuliers, ou du moins avec des formes naissant des nécessités particulières de projets particuliers. 

bibliographie

Suite bleue, dessins de Louis Joos, Le 9e Monde, 2001

Saxo 1 et 2 dans Taches de jazz, dessins d'Edmond Baudoin, Le 9e Monde, 2002.

Birmanie, la peur est une habitude, ouvrage collectif sous la direction de F. Debomy, Khiasma, 2003.

Une vie silencieuse, dessins de Louis Joos, Albin Michel, 2006.

Birmanie, la peur est une habitude (seconde édition), ouvrage collectif sous la direction de F. Debomy, Carabas, 2008.

Résistances - Pour une Birmanie libre, Aung San Suu Kyi, Stéphane Hessel et Info Birmanie (sous la direction de F. Debomy), Don Quichotte, 2011.

Turquoise, dessins d'Olivier Bramanti, Les Cahiers dessinés, 2012.

Chroniques de Rangoun dans Nouvelles de Birmanie, ouvrage collectif, Reflets d'ailleurs, 2013.

Birmanie - Des femmes en résistance, préface de Shirin Ebadi, Buchet/Chastel, 2014.

Birmanie - De la dictature à la démocratie? (Birmanie, la peur est une habitude, troisième édition), ouvrage collectif sous la direction de F. Debomy, Cambourakis, 2014.

Le Vertige, dessins d'Edmond Baudoin, Cambourakis, 2014.

Sur le fil - Dix ans d'engagement pour la Birmanie, dessins de Benoît Guillaume et Sylvain Victor, Cambourakis, 2016.

Birmanie - Fragments d'une réalité, dessins de Benoît Guillaume, Cambourakis, 2016.

Finkielkraut, la pensée défaite, Textuel, 2017.

Aung San Suu Kyi, l'armée et les Rohingyas, postface d'Amnesty International, Editions de l'Atelier, 2018.

Full Stop - Le génocide des Tutsi du Rwanda, dessins d'Emmanuel Prost, Cambourakis, 2019.

Aung San Suu Kyi, Rohingya et extrémistes bouddhistes, dessins de Benoît Guillaume, Massot éditions, 2020.

La Force de l'ordre, scénario de Didier Fassin et Frédéric Debomy, dessins de Jake Raynal, Le Seuil /Delcourt, 2020.

Plaidoyer pour les histoires en forme de champ de blé et de flamme d'allumette soufrée, ouvrage collectif sous la direction de Frédéric Debomy (avec Pablo Auladell, Edmond Baudoin, Olivier Bramanti, Andrea Bruno, Manuele Fior, Violaine Leroy, Dave McKean et Yao-Ching Tseng), PLG / bd Boum, 2020.

Birmanie : la révolution de printemps, Syllepse, 2021.

Le Monde de Macron, la gauche défaillante et moi perplexe, L'Harmattan, 2022.

Indignez-vous! La violente espérance de Stéphane Hessel, dessins de Lorena Canottiere, Indigène, 2022.

Myanmar, the last stand , dessins de Kwong-Shing Lau, Slowork Publishing (Taïwan), 2023.

Le Baiser , dessins d'Andrea Bruno, Ici Même, 2023.