chine-des-enfants L'Asie dans les livres pour enfant et la BD

HU YIFAN

HU Y

HU Yifan est un jeune créateur visuel né en Chine et diplômé de la Central Academy of Fine Arts de Pékin. Dans ses créations pour enfants, chacune de ses illustrations, d’apparence simple et limpide, porte un message puissant et induit chez le lecteur l’idée que toute vie est UNE mais indissociablement liée à un univers qui la dépasse et l’inclut.

Dans Premier souffle, sa première œuvre, HU Yifan, admirateur de Bruno Munari, manifeste une lucidité et une créativité précoces et remarquables dans le monde foisonnant de la création visuelle en Chine. Ce livre a reçu le titre de meilleur livre illustré lors du 35e Prix international de littérature jeunesse Chen Bochui, le prix Beauty of books de Chine, et a été sélectionné par dPICTUS parmi les 100 meilleurs livres illustrés au monde en 2023 et 2024. (présentation de son éditeur français, HongFei Cultures)

à propos de "Premier souffle", par HongFei Cultures, éditeur français :

Au premier souffle, avec chaque nouveau né, c’est le monde entier qui respire.

Le premier souffle, c’est celui de l’enfant qui, à la fin du livre, vient au monde. Mais toute naissance d’un bébé est contemporaine de vies multiples : celles de la grenouille qui gonfle sa gorge, de la chrysalide qui libère un papillon, de la libellule qui plane à la surface de l’eau après la pluie, d’une éclipse de lune qui s’achève, d’un volcan qui fulmine… Autant de scènes vibrantes qui paraissent annoncer à ceux qui l’aiment déjà, l’enfant attendu qui vient en son temps.

Ps 1

1 – Quel est votre parcours ?

Je suis né dans la province du Henan, en Chine centrale, et je dessine depuis l'enfance. Il y a douze ans, je suis arrivé à Pékin pour étudier à l'Académie centrale des beaux-arts, où j'ai suivi tout mon cursus universitaire ; je vis et travaille à Pékin depuis lors. Mon travail de création se concentre actuellement sur les livres illustrés, bien que j'accepte également des commandes d'illustration et de graphisme. Je n'ai pas grandi en lisant des livres illustrés, mais en repensant à mon enfance, ce qui m'a le plus marqué, c'est que rien n'a jamais interrompu ma pratique du dessin. Lorsque j'avais deux ans, ma famille a déménagé en ville ; il y avait un mur blanc immaculé dans le salon de notre appartement en location. Je ne me souviens pas exactement quand j'y ai tracé le premier trait, mais à partir de ce moment-là, les marques de crayons de couleur et de papier se sont progressivement multipliées, et le mur s'est peu à peu couvert de mes gribouillages. Loin de me gronder ou de mettre un terme à ces espiègleries, mes parents ont fait preuve d'une indulgence miraculeuse. Lorsqu'il n'y a plus eu de place sur le mur, j'ai demandé à mes parents de continuer à m'acheter du papier à dessin ; c'est ainsi que j'ai progressivement confirmé ma passion pour l'art.

2–Vous possédez une grande variété de talents et de compétences dans différents domaines artistiques ; comment êtes-vous arrivé au monde du livre pour enfants ?

Lorsque j'étudiais à l'Académie centrale des beaux-arts, le programme de création de livres illustrés jouissait d'une excellente réputation ; j'admirais la diversité des styles et la grande qualité artistique des œuvres réalisées par les diplômés. C'est pourquoi, bien que je ne connaisse rien aux livres illustrés à l'époque, mon intuition m'a poussé à choisir cette spécialisation. Ce programme réunissait une équipe d'enseignants remarquables. En cours, nous étudiions de manière approfondie la théorie, l'histoire et les techniques de création propres au livre illustré ; nous analysions des classiques du monde entier ainsi que le travail de leurs auteurs, tout en découvrant les dernières parutions présentées lors d'événements tels que la Foire du livre de jeunesse de Bologne ou la Biennale d'illustration de Bratislava. En tant qu'étudiants, nous évoluions dans un environnement entièrement dédié au livre illustré. Pour obtenir notre diplôme, nous devions concevoir nos propres projets de livres illustrés. Mon projet de fin d'études de premier cycle s'intitulait *Ellipsis*, et celui de mon cycle supérieur, *Breathe* (l'édition chinoise de *Premier souffle*). Ces deux ouvrages ont été publiés, marquant ainsi mes débuts dans le domaine de la création de livres illustrés.

3 – Vous avez mentionné admirer le travail de Bruno Munari ; quels auteurs ou artistes vous influencent ou vous inspirent aujourd'hui ?

Découvrir l'œuvre de Bruno Munari en cours m'a ouvert les yeux ; cela m'a montré que les frontières du livre illustré sont vastes et capables d'accueillir une grande diversité d'idées créatives. À cette époque, des livres illustrés français innovants faisaient leur apparition en Chine (comme les œuvres d'Adrien Parlange, de Blex Bolex et d'Icinori). Ces créations poétiques, avant-gardistes et d'une grande richesse philosophique m'ont profondément inspiré, m'encourageant à aborder mon propre travail sous des angles différents. Parallèlement, ma passion pour le graphisme a attiré mon attention sur les liens entre le monde du design japonais et le livre pour enfants. Je suis aussi bien les maîtres de l'ancienne génération — tels que Katsumi Komagata, Susumu Shingu et Makoto Wada — que des figures contemporaines actives comme Masahiro Kakinokihara, Norio Nakamura et Ikki Kobayashi. Ce ne sont pas seulement des designers et des artistes renommés, mais aussi des créateurs de designs et de livres illustrés pour enfants. Leur travail allie le regard unique et sensible du designer à une énergie pure et directe, offrant au spectateur une expérience sensorielle riche grâce à une esthétique minimaliste. Mon admiration pour leur travail ne relève pas d'une forme d'idolâtrie, mais naît de l'émerveillement face à la nature inclusive du livre illustré : un espace où des personnes aux parcours variés peuvent exprimer librement leur créativité et éprouver de la joie.

Ps 2

4– Dans *Premier souffle*, vous explorez les thèmes de la naissance et de la vie. Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

La création de ce livre a débuté en 2020, alors que je devais réaliser mon projet de fin d'études depuis chez moi. À cette époque, nous menions une existence où chaque respiration était empreinte d'une extrême prudence ; l'acte invisible de respirer semblait soudain devenir « visible » et « audible ». Je me suis alors interrogé : comment utiliser le langage visuel d'un livre illustré pour représenter la dynamique subtile et invisible de la respiration ? Comment traduire le rythme de l'inspiration et de l'expiration à travers le mouvement des pages que l'on tourne ? Comment saisir les métamorphoses de toutes choses dans l'espace entre les pages ? L'acte de respirer pouvait-il servir de métaphore poétique ? Ainsi, je ne suis pas parti de la « vie » comme thème central ; j'ai plutôt cherché à intégrer le concept de la respiration dans un livre — un livre illustré accessible à tous. Il ne s'agit pas simplement d'un ouvrage à « regarder » ou à « lire », mais d'un livre capable de « respirer ». Cette conception invite les lecteurs à synchroniser inconsciemment leur propre respiration — inspiration et expiration — avec le tournage des pages ; en un sens, j'ai créé un mode de lecture unique, propre à *The First Breath*. Je considère que la respiration est indissociable de la vie ; toutefois, je souhaitais dépasser la simple exploration de l'existence humaine pour relier entre eux les cycles de vie de tous les éléments de l'univers. En fin de compte, la vie et la naissance constituent bien les thèmes centraux de l'œuvre. Certains lecteurs perçoivent le livre comme une évocation du passage du temps à travers le rythme du souffle — dans une approche quasi philosophique —, tandis que d'autres voient dans l'inspiration et l'expiration une métamorphose entre le *Yin* et le *Yang*. Les lecteurs chinois, naturellement, pourraient également y voir une résonance avec un passage du *Xiao Yao You* : « Les chevaux sauvages, les particules de poussière : des êtres vivants qui se soufflent les uns sur les autres. » [extrait texte classique du taoïsme, ndt.]

Ps 4

5 – Cet album se prête à de multiples interprétations ; chaque page ne contient que l'essentiel, soulignant ainsi l'importance du thème. Comment avez-vous procédé pour créer ce livre ?

Les premières étapes ont consisté à réaliser des croquis et des maquettes. J'ai rassemblé une multitude d'idées autour des actes d'inspirer et d'expirer, mais j'ai dû opérer une sélection et un tri, car tous les concepts ne s'accordaient pas au rythme de l'ouvrage. Choisir les meilleures idées et les assembler sous forme de maquettes a demandé beaucoup de temps, mais cette étape était cruciale : avant même la réalisation des illustrations finales, ces maquettes structurelles permettaient de vérifier si un concept fonctionnait réellement. L'édition originale chinoise comptant 72 images, j'ai décidé de réaliser toutes les illustrations numériquement dans un délai restreint. Comme l'inspiration et l'expiration se produisent en une fraction de seconde, je n'avais pas besoin d'images trop complexes ou décoratives ; je recherchais plutôt une clarté née de la simplicité — un style capable d'aider les lecteurs à apaiser leur esprit et à se concentrer pleinement sur le geste de tourner la page ainsi que sur leur propre respiration. Comment permettre au lecteur de saisir en un instant des éléments narratifs minimalistes ? Grâce au contraste des couleurs, à la composition et aux variations de tension... Si les informations visuelles étaient épurées, les réflexions sous-jacentes étaient considérables. J'espérais que chaque page tournée et chaque respiration réserveraient au lecteur un moment de délicieuse surprise. La publication de l'édition française ne s'est pas limitée à la traduction du texte chinois ; l'éditeur, Hongfei, a entrepris un travail de réédition et de restructuration. Bien que les illustrations soient restées inchangées, les éditeurs ont déconstruit l'ensemble original chinois en trois volumes, cherchant de nouveaux fils conducteurs et de nouveaux rythmes pour façonner une trilogie inédite. L'objectif était de permettre à un public francophone plus large d'apprécier pleinement l'ingéniosité de l'ouvrage. C'était un peu comme confier des ingrédients venus d'Orient à un grand chef maîtrisant les traditions culinaires tant orientales qu'occidentales, pour aboutir à un livre tout simplement délicieux.

6 – Par rapport aux autres supports, qu’est-ce que le livre permet, selon vous, d’exprimer de manière plus juste ou différente ?

En réalité, je n’ai pas mené d’étude comparative entre les différents médias. Toutefois, il est intéressant de noter que si l’on considère le livre — et tout particulièrement l’album illustré — comme une forme d’art visuel, l’ouvrage lui-même constitue une « œuvre originale ». C’est une création artistique que l’on peut emporter avec soi, prendre en main à sa guise et partager à tout moment, contrairement aux grandes peintures ou sculptures confinées dans les musées ou les galeries. De plus, les livres sont des œuvres d’art qui ne nécessitent pas le maintien d’une « distance de sécurité » ; leur vocation première est précisément d’être feuilletés par le lecteur. C’est pourquoi j’ai toujours pensé que « tourner la page, c’est le battement de cœur de l’album ». Face à d’autres supports qui encapsulent également le temps et la narration — tels que le streaming, les séries télévisées ou les jeux vidéo — le livre peut sembler archaïque et silencieux. Pourtant, il possède des attributs physiques bien réels : poids, dimensions et volume. Le lecteur y maîtrise activement le rythme de l’assimilation des informations et détermine la progression temporelle, un processus qui exige un engagement mental plus profond. Ainsi, j’estime qu’ouvrir un livre pour lire diffère de la contemplation statique d’une œuvre d’art ou d’une immersion purement sensorielle ; ce qui rend le livre véritablement irremplaçable, c’est la manière dont il élargit l’acte même de « lire ».

7 – Bruno Munari invitait souvent les lecteurs à créer leurs propres histoires, tandis que vous les conviez à pénétrer dans votre univers. Quels thèmes et quelles techniques narratives souhaitez-vous explorer et développer ?

Je considère que « tourner la page est le battement de cœur d'un livre illustré ». Si l'essence de ce médium réside dans la manière dont les images et le texte s'associent pour transmettre un message, il existe une infinité de façons de susciter la curiosité et de capter l'attention du lecteur. J'explore actuellement le lien entre la structure physique d'un livre et sa narration : un type de papier particulier ou une reliure originale agissent comme une clé, capable d'ouvrir des mondes variés, de faire naître des histoires inédites et d'éveiller des émotions uniques. En tant que créateur de livres illustrés, j'attends toujours avec impatience cette magie qui surgit au moment de tourner la page. J'aime comparer les œuvres que j'admire à un élastique : si on l'étire dans un sens, on découvre la simplicité et la pureté de la forme ; si on l'étire dans l'autre, on accède à un contenu riche et captivant. Les enfants possèdent un don inné pour s'approprier la nouveauté de manière directe et spontanée. Le livre illustré permet de condenser des aspects complexes du monde — qu'il s'agisse de vérités ou d'émotions — pour en extraire l'essence pure et concentrée au sein d'un ouvrage tout en finesse ; cette pureté émane de l'enfant et, en retour, trouve un écho chez chaque lecteur. J'espère que mon travail incarne cette tension particulière, née de la simplicité et de la pureté.

8 – Pourriez-vous nous parler de vos projets ?

Je travaille sur un nouveau livre — un livre physique, imprimé. Sur chaque page, le texte reste identique — un mot unique, « dénué de sens », répété inlassablement — tandis que les illustrations dépeignent la vie d'un grand ours et d'un petit ours. L'histoire commence à la fin de l'hibernation, lorsque le petit ours surgit soudain aux côtés du grand ; sous les soins tendres de ce dernier, le petit apprend peu à peu à boire, manger, marcher, courir et jouer... Ce n'est qu'à la toute fin du livre que la signification de ce mot « sans signification » est révélée. Habituellement, le texte d'un album illustré est lisible et littéraire ; ici, en revanche, il s'agit d'une onomatopée — ce genre de son ambigu qu'émet un enfant avant d'apprendre à parler. Cette « illisibilité » rapproche l'ouvrage du genre des « livres sans paroles », sans pour autant en faire un « livre muet ».

 

1 – 你的背景是什麼?

我出生在中国中部的河南省,从小就喜欢画画,十二年前来到北京中央美术学院读书,完成了本科及研究生的学习,从此一直工作生活在北京。现在的创作重心在图画书上,也会接受插画以及平面设计的委托工作。

我不是读图画书长大的一代,但回顾成长的经历,最难忘的是画画这件事没有被打断:我两岁的时候,随家人搬到城市,出租屋的客厅里有一面白墙,我不知何时在墙上画下了第一笔,从此这些蜡笔和铅笔的痕迹就一点点生长,这面墙慢慢地被我的乱涂乱画填满了。当时这样一个调皮的行为没有被父母管教制止,反倒被神奇般地被宽恕和纵容了。当墙已无处落笔,就请父母不停地买画纸供我画画,就这样我一点一点确认了对绘画的热爱。

2 – 您擁有許多與不同媒體合作的才能和技能:您是如何進入兒童書籍領域的?

当我在中央美术学院读书的时候,学校里的图画书创作专业非常知名,我能从毕业生的作品中看到多元的风格和很高的艺术水平。因此,尽管我对图画书一无所知,直觉还是让我选择学习这个专业。

这个专业集合了一群很棒的老师,课堂上我们系统学习图画书的理论、历史和创作方法我们会研究世界经典图画书及其作者,也能看到最新的来自博洛尼亚书展、布拉迪斯拉发双年展的书。作为学生,我们浸染在一个与绘本有关的氛围里

我们在毕业时要求创作自己的图画书项目,我的本科毕业作品是《省略号》,研究生毕业作品是《呼吸》(《第一次呼吸》的中文版),两部作品都得以出版,由此我进入了图画书创作领域。

3 – 你說你喜歡布魯諾穆納裡的作品,那麼如今哪些作家或藝術家對你產生了影響或啟發呢?

在课堂上,老师为我们展示Bruno Munari的作品,这打开了我的眼界,让我知道图画书的边界可以很辽阔,能容纳各种各样的创意。那时,一些新潮的法国图画书被陆续引进到中国(例如Adrien Parlange、Blex Bolex、Icinori等人的作品),这些诗意、先锋又充满哲学思考的创作给我很大启发,激励我从不同的角度去思考创作。

同时,出于对平面设计的喜爱,我也关注到日本设计界与儿童书籍的联系——老一辈的日本图画书大师们KATSUMI KOMAGATA、Susumu Shingu、Makoto Wada,以及正在活跃中的Masahiro Kakinokihara、Norio Nakamura、Ikki Kobayash。他们不仅是知名的设计师、艺术家,同时为孩子做设计、做图画书。他们的作品中既有独属于设计师的敏感视角,又有单纯而直接的能量,在极简的视觉中能给予观众丰富的感知。

我喜爱他们的作品不是基于对作家的崇拜,而是惊叹于图画书这一媒介的包容力,不同背景的人都试图在图画书中尽情地表达创意,感受幸福。

4– 在《第一口氣》中,你探討了出生、生命的主題,為什麼是這個主題?

这本书的创作开始于2020年,我不得不在家展开毕业创作。那时的我们正过着小心翼翼对待每一口呼吸的生活,不可见的呼吸似乎“被看见、听见了”。我不禁思考:如何用图画书的视觉形式展现那些细微的、隐形的呼吸动态?如何用一页一页的翻动表达一吸一呼的律动?如何在一页又一页的缝隙之间,表现出天地万物不同的变化?吸气与呼气还能是一种诗意的比喻么?

因此,我并不是一开始就以生命主题作为创作起点,而是试图把呼吸的概念放进一本书里,一本每个人都能阅读的图画书。这不仅仅是一本需要的书,还是一本可以呼吸的书。这使得读者在阅读时,不知不觉跟随着翻页做一吸一呼的律动,可以说我还设计了一种专属于《第一口气》的阅读方式

我想,呼吸必然会关联生命,但我不想仅仅探讨人类的生命,而将天地万物的生命变化连接在一起。实际上,生命与出生是这部作品的主题之一。有的读者认为这本书像哲学家一样用一吸一呼的变化表达时间,也有读者认为气与是阴和阳的转化,而中国读者自然会想到《逍遥游》中的野马也、尘埃也,生物之以息相吹也

5 – 這張專輯有多種解讀方式,每一頁都只包含必要的內容,突顯主題的重要性;你是如何創作這本書的?

创作初期是sketches和dummies的阶段,我在脑海中搜集了大量关于一吸一呼的想法,但我必须做删减和过滤,因为并不是每一个创意都能被放进书的节奏中。把最好的创意留下并串联成dummy books的形态,这花费了我大量时间,但这非常重要,因为在完成最终的画面之前,只呈现原始结构的dummies就能决定一个创意能否成立。

由于中文原版一共有72个画面,我决定在有限时间内用数字绘画完成所有画面。由于吸气与呼气是一瞬间的事,我不需要太过复杂和装饰性强的画面,我需要找到一种减少干扰后的清晰度,帮助读者安静下来,全神贯注于翻页的瞬间和自己的呼吸上。极少的叙事元素如何在一瞬间被读者接收到?色彩的对比、构图的设计、变化的张力……画面中的信息是那样少,但需要我考虑的事情是那样的多。我期待读者的每一次翻页、每一次呼吸都是一个惊喜的瞬间。

法语版的出版不是简单的将中文翻译成法语,Hongfei出版社做了编排重组的再编辑工作图画的内容没有修改,编辑将中文原版的三本书打散,在其中寻找新的线索和节奏,陆续形成新的三部曲。其目的是让这本书的巧妙能够让更多的法语读者接收到。这一过程仿佛是来自东方的食材,经过一位既懂东方又懂西方大厨之手,完成了本美味的书

6 – 與其它媒材相比,你認為透過書籍能更好或以不同的方式表達什麼?

事实上,我没有做过不同媒材之间的对比研究。但有趣的是,如果把书籍(尤其是图画书)看作视觉艺术的一部分,其本身就是“原作”,它是可以随身携带、随意拿取、随时分享的艺术品原作,而不像那些只能停留在美术馆或画廊的大幅绘画和雕塑艺术。同时,书又是不需要保持安全距离的艺术品,每本书的使命都是“被读者翻阅”,因此一直认为翻页是图画书的心跳

与同样是存储时间和叙事的媒材(例如流媒体视频、电影剧集和电子游戏)对比,书籍在其中显得古老又沉默不语。但书籍具备重量、尺寸和体积这样的物质属性,读者主动掌握接受信息的节奏,读者自己决定时间的进展,这需要读者的心智更深度地参与其中。

因此我认为,翻开书阅读与静态地观赏艺术和深度地感官参与都不同,书籍最不能替代的是对“阅读”这一行为的拓展。

7 – 布魯諾·穆納裡經常邀請讀者創造自己的故事,而你則邀請讀者進入你的世界:你想探索、發展哪些主題和敘事技巧?

正如我认为翻页是图画书的心跳,即使图画书的本质是图与文之间的信息组合方式,仍有无数种可能性去调动读者的好奇心和注意力。我目前仍在探索书籍自身的结构与叙事的关系,一种特殊的纸张、一种特别的装帧方式,就像不同的钥匙,能够打开不同的世界,发生不同的故事,传达独特的情感。作为图画书作者,总是期待魔法在翻页的过程中出现。

我常常把我喜欢的作品形容为一根橡皮筋:往左拉,是简洁与纯粹的形式;往右拉,则是丰富与精彩的内容。我认为儿童的天赋是直接而快速地接受新事物,图画书这种媒介可以把复杂的世界、真相或情感,直接纯粹地压缩进一本薄薄的书里,这种纯粹来自于孩童,又将回馈给每个读者。我希望我的作品里拥有这种来自于简洁和纯粹的张力。

8 – 可以跟我們介紹一下您的專案嗎

我正在做一本新书,是一本纸版书。在书的每一页上,文字都是相同的,是一个“无意义”词语的不停重复,而画面描绘的和小熊的生活。从冬眠结束,小熊突然从大熊的身边出现开始,在大熊的呵护下,小熊慢慢学会了喝水进食、走路、奔跑、游戏…直到书的结尾,我们才能知道这个无意义的词语意味着什么。

通常来说,图画书的文本是可读的、文学性的,而这本书的文本是一个拟声词,是儿童在学会说话之前发出的含义模糊的声音,因为这种“不可读性,让书更接近“无字的书”,但这绝不是一本“无声的书”。

Ps 6