DUHAZE, Gaëlle

Rencontre avec... 

Gaëlle Duhazé

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A propos de Le grand voyage de Rickie Raccoon (Ed. HongFei) 

Nous avions déjà découvert Gaëlle Duhazé chez HongFei et apprécié son talent. Elle est cette fois auteure et illustratrice et nous emmène au Japon. Cette aventure traduit à propos la ligne éditoriale de l'éditeur. Si son style d'illustration pour ce titre peut nous faire penser à de grands auteurs comme Kitty Crowther, elle a su créer son propre univers, riche, grâce à un texte fourni mais aussi par des émotions qu'elle réussit à faire passer par son illustration.

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- Comment êtes-vous venue à l’illustration pour la jeunesse ?

Je suis venue à l'illustration jeunesse un peu sur le tard : j'ai très tôt eu envie de faire un métier artistique, mais je n'ai sauté le pas qu'après des études universitaires : c'est vers 24-25 ans que j'ai décidé que je voulais faire du dessin ma profession. Pendant quelques années, j'ai donc fait des petits boulots, tout en travaillant le dessin afin de me constituer un book, pour pouvoir chercher du travail. Au départ, je pensais faire plutôt de la bande dessinée mais rapidement, comme j'ai un graphisme naturellement rond et « mignon » on m'a dit que c'est dans l'édition jeunesse que je trouverai des contrats. Je viens d'un milieu modeste, alors c'était très important pour moi de commencer à travailler rapidement. J'ai donc démarché les éditeurs jeunesse, et en effet, j'ai rapidement commencé à travailler pour la presse, puis pour l'édition jeunesse. J'ai mis un peu de temps à trouver un positionnement qui m'aille dans cette pratique de l'illustration jeunesse, car il m'a fallut plusieurs années avant d'avoir la latitude de développer un travail d'auteur.

 

- Comment s’est faite la rencontre avec HongFei, comment travaillez-vous avec cette maison d’édition ?

J'ai rencontré les éditions HongFei Culture à leurs débuts, il y a une dizaine d'années, alors que je commençais à rechercher du travail de commande. Je suis tout simplement allée au salon du livre de Paris, avec mon carton à dessin sous le bras, et je les ai rencontrés par hasard, alors qu'ils avaient un minuscule stand sur le salon, et seulement quelques titres. Je leur ai montré mes dessins, cela leur a plu, et ils m'ont confié les illustrations d'un premier album, « Mûres-mûres ». Cela a été un de mes premiers travaux pour l'édition jeunesse. Alors, des années plus tard, quand j'ai écris mon premier projet complet (texte+image) abouti, Chaton Pâle et les Insupportables Petits Messieurs,  c'est tout naturellement à eux que j'ai eu envie de le proposer, car ils ont fait parti des premiers à m'avoir fait confiance. C'était pour moi la suite logique de nos débuts concomitants.

Le Grand Voyage de Rickie Raccoon  est un album du même type que Chaton Pâle : c'était donc cohérent de retravailler ensemble sur ce livre. Pour l'un comme pour l'autre de ces albums, le travail en commun s'est surtout fait sur le chemin de fer. En effet, il s'agit de grandes histoires, avec pas mal de texte et pas mal d'éléments narratifs.  Pour rendre tout cela digeste et accessible à de jeunes lecteurs, il est important de trouver le bon découpage, le bon rythme et la juste mesure entre texte et image. Et comme je ne suis pas du tout synthétique, le regard de l'éditeur me permet de resserer les choses et de mieux composer le livre dans sa globalité. Une fois que la charpente générale est solide, il n'y a plus qu'à développer chacune des parties.

 

- Vous avez rencontré le succès et même reçu un Prix Sorcières. Cela confirme pour vous votre choix pour le lectorat jeunesse ou inspirez-vous à d’autres expériences pour les plus grands ?

J'ai envie de continuer à écrire pour la jeunesse, car j'ai vraiment beaucoup de plaisir à élaborer des univers à destination des enfants. Cela me permet d'y mettre la fantaisie que moi même je recherchais dans mes lectures enfantines, et de parler des choses importantes de la vie très simplement, sans avoir à noyer le poisson dans 500 pages de texte.

Mais parallèlement à cela, je travaille, pour l'instant vraiment quand j'en ai le temps, sur des projets de dessin adulte, avec peu de texte, autour de thématiques liées à la féminité et à l'inscription dans le temps. Je n'en parle pas plus ici, car je ne sais pas encore quand ils pourront voir le jour....

Bref, dans l'idéal, j'aimerai tout faire, mais pour l'instant, j'ai surtout le temps pour l'édition jeunesse.

 

- Vous nous proposez un album avec un vrai texte, laissant la place à la création d’un univers avec de nombreux personnages. Comment est née cette histoire de Rickie Raccoon, comment avez-vous travaillé entre le texte et le dessin ? Quel thème souhiatez-vous développer?

Chez moi, tout part du personnage : Rickie, qui ne s'appelait pas encore Rickie, est née de l'image d'un petit raton laveur perdu au milieu de l'océan, sur une embarcation de fortune. Je l'ai dessinée, et ensuite, je me suis demandé quelle était son histoire. Et c'est venu au fur et à mesure, autour de l'idée centrale d'une traversée de la mer, dans le ventre d'une baleine. Pour en revenir au rapport entre le texte et l'image, j'ai d'abord crayonné les protagonistes du récit, avant d'avoir la structure de l'histoire, puis, j'ai beaucoup écrit l'histoire, à tel point que je me suis même demandée si elle n'allait pas prendre la forme d'un petit roman, pour ensuite revenir à l'idée d'un album illustré. Cela n'a pas été évident de bien gérer ce rapport entre texte et image, car j'avais véritablement des séquences animées dans la tête, et javais du mal à faire des « arrêts sur image ».

- Nous retrouvons la thématique de la différence, de la rencontre d’autres cultures : est-ce un thème que vous souhaitez développer ?

Le thème qui m'intéresse, je crois que c'est celui de la construction de son identité propre : et on ne se construit en tant que personne que par rapport à un autre que soi. C'est dans ce sens que la rencontre avec d'autres cultures, en plus de l'ouverture et du relativisme que cela induit par rapport à nos usages, nourri mon travail.

 

- Un petit documentaire complète l’histoire : un souhait dès le début de la création de cette aventure ?

Oui.  J'ai fait quelques recherches documentaires pour cette histoire, et je trouve que c'est une partie vraiment intéressante du travail d'auteur, un des plaisirs inhérent à cette activité. On peut choisir ce qui va venir nourrir notre univers, et on apprend toujours de nouvelles choses. J'avais envie de partager les coulisses du travail avec mes petits lecteurs. Je trouve qu'en plus, avoir des infos de ce genre donne de l'épaisseur au récit.

 

- Vos techniques d’illustration et style font penser à quelques illustrateurs. Quelles sont vos sources d’inspiration, vos lectures d’enfant ?

Les illustrateurs qui m'inspirent : Kitty Crowther, Isabelle Arsenault, Shingeru Mizuki, Kazuichi Hanawa, Tove Jansson, entre autres. Mes lectures d'enfance : le voyage du Tygre de Richard Adams (celui de Watership Down), le Trolkis de Wawagoya de Jeannine Chardonnet, livre qui me fascinait complètement...

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- Vos personnages se transforment et vous faites référence aux yokaï… Pourquoi ces personnages étranges ?

J'aime le folklore japonais, pour la diversité des formes des créatures qu'il véhicule, et le mélange de fantaisie et de trivialité qui le caractérise... C'est un plaisir de dessiner les yokaï, mi-étranges mi-grotesques, et je trouve qu'ils font bien écho à la sorte d'animisme magique dans lequel on baigne quand on est enfant. Les contours du monde ne sont pas aussi stable que ceux que notre vision d'adulte nous porte à croire.

 

- Vous nous faites voyager au Japon. Pourquoi ce pays, y avez-vous voyagé ?

J'ai un peu voyagé au Japon, j'aimerai bien y retourner. C'est un pays fascinant pour un dessinateur, car tout y est designé, il y existe un raffinement des formes qu'on ne trouve pas en Europe. Et pour moi, c'est un bout du monde, et je voulais une histoire dans un bout du monde.

 

- Si vous deviez écrire et/ou illustrer une histoire située en Asie, quels thèmes aimeriez-vous aborder ?

J'aimerai bien travailler sur une histoire de fantômes ! J'ai visité l'exposition Enfer et fantôme d'Asie au quai Branly au printemps dernier, et je l'ai trouvée passionnante !

 

- Pouvez-vous nous parler de vos projets ?

En ce moment, je fais beaucoup de travaux de commande, mais j'espère avoir le temps de retravailler sur un projet personnel d'ici la fin de l'année. J'ai un projet d'album court, sur une thématique quotidienne, une petite fille confrontée à la perte d'un animal, et aussi une envie de repartir sur une histoire plus échevelée, avec un personnage d'exploratrice vieillissante, une léoparde des neiges, qui vagabonderait dans l'Himalaya...

 

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