KALIOUJNY, Pauline

Pauline Kalioujny a illustré "Face au Tigre" aux éditions HongFei Cultures, sur un texte de Chun-liang Yeh ; c'est l'occasion de la rencontrer pour connaitre un peu mieux son travail...

 

 

Chine-des-enfants (CDE) : Vous avez illustré "Face au tigre" (HongFei Cultures, 2010) ; c'est un tigre très chinois dans l'expression et en même temps différent dans le dessin, lorsqu'il est comparé aux tigres conçus par des illustrateurs chinois. Etes-vous sensible à la culture chinoise ou le texte lui-même vous a t-il inspiré?

Je suis très sensible à la culture chinoise, mais pourtant, je n'ai pas sépcialement cherché à faire de mon tigre un tigre chinois... peut-être est-ce parce que la lino possède un côté estampe, assimilable d'entré de jeu à la culture graphique asiatique. C'est vraiment le texte de Chun [l'auteur] qui m'a inspiré les mimiques du tigre. Vous trouverez bien un peu de bambou, mais ce qui se joue d'essentiel dans ce livre, parlant des illustrations, c'est l'expression de toutes les palettes de la peur et du jeu de pouvoir. Ce qui est interessant, dans les histoires chinoises, c'est le point de vue sur les sentiments humains, qui peut être complètement différent du notre ; et la construction de l'intrigue, qui n'est pas exactement la même que dans nos histoires occidentales.

CDE : Certaines de vos illustrations sont proches d'artistes asiatiques, comme le livre-objet que vous avez conçu "le bonheur" qui nous fait de suite penser aux oeuvres de Komagata... Est-ce un hasard?

Non, ce n'est pas un hasard car je connais très bien le travail de Komagata, que j'ai eu la chance de croiser au salon de Saint-Priest l'année dernière. Son travail est extraordinaire, car il prend parti de faire de son lecteur un intervenant à part entière. Ses livres sont des objets ludiques à sens multiples. Ce sont aussi des petits bijoux de papier ciselés, comme seuls les japonais savent le faire. Il y a une telle efficacité dans le plaisir visuel qu'ils provoquent, et avec si peu de moyens!

Si la couverture de mon livre "le bonheur" peut faire penser à Komagata, avec sa découpe de ronds de couleur cartonnés, l'intérieur est un travail purement typographie et de mise en page, qui est loin de l'illustration, et qui s'adresse plutôt aux adultes.

CDE : Vous employez la technique de la linogravure parce que vous êtes très à l'aise avec cette technique?

J'ai le chic pour toujours trouver la technique la plus compliquée à mettre en oeuvre (rire). La linogravure est une véritable ascèse : c'est long à réaliser, c'est coûteux, c'est très physique et c'est même dangereux, peuvent en témoigner quelques cicatrices sur mes mains. Mais j'adore cette technique : rien ne remplace la magie de l'impression, ce moment génial où on imprime la feuille avec la plaque. On m'a dit aussi une fois que la gravure tempérait mon trait. Mon dessin est parfois perçu comme violent, alors qu'il est juste nerveux et axé sur le mouvement et l'expression. La lino calmerait le jeu en asseyant les formes...

Je souhaiterais toutefois préciser que je ne pratique pas que de la lino et que j'ai plusieurs cordes à mon arc : aquarelle, gouache, ligne claire... des techniques adaptées aussi à une expression plus immédiate.

CDE : De part vos oeuvres et vos passions, le voyage et l'évasion semblent prendre une place importante ; vous dites aimer les longs voyages en train, vers l'Asie... on a envie de vous suivre. Si vous deviez illustré un voyage, une histoire vers ces horizons lointains, utiliseriez-vous la linogravure? Un dessin "moderne" ou plus classique?

C'est vrai, j'ai eu l'occasion de sillonner la Russie, l'Asie centrale et la Chine en train. Puis je suis allée au Tibet en 2007, par la nouvelle ligne de chemin de fer Pékin-Lhassa. Au départ, j'ai pris le train par peur de l'avion, et c'est devenu mon mode de voyage favori. Grâce au train, on prend le temps de comprendre les transitions entre les paysages : le temps du train, c'est un temps de croisière. Le monde parait plus vaste. Le train c'est aussi du cinéma. On est statique, et pourtant les paysages défilent sous nos yeux.

Pour répondre de façon détournée à votre question difficile, je crois que, pour illustrer un voyage, j'utiliserais le film d'animation. Sinon, un carnet de croquis sous la main, toujours, pour capter d'un trait, d'une tâche, l'expression de votre voisin de cabine, ou bien de ce yak observé sur un plateau himalayen...

CDE : Aimeriez-vous illustrer une autre histoire chinoise, quel genre?

Pour explorer des motifs graphiques : une histoire de carpes, de pandas ou de dragons, qui se marieraient très bien à la linogravure. La thématique de l'animal est celle qui me plait le plus ; lorsqu' HongFei m'a proposé une histoire de tigre, j'étais très enthousiaste. Je pensais au plaisir que j'aurais à dessiner ses rayures et son air dangereux et dominateur, je pensais aussi aux forêts de bambou. Disons que je reste quand même plus intéressée par le message de l'histoire, que par le côté folklorique de l'imagerie chinoise. Je suis aussi bizarrement fascinée par la Chine communiste.

retrouvez le travail de l'illustratrice sur son site : http://www.paulinka.fr