ZOUAGHI Alexandre

 
Alexandre Zouaghii
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Jeune sinologue formé à l'Université Paris VII et à l’Université des Langues Etrangères de Pékin, Alexandre Zouaghi a tracé ses premiers caractères chinois à l’âge de huit ans dans son école du treizième arrondissement de Paris.
À partir de cette première initiation, grandira chez lui une profonde passion pour la Chine, sa culture et son histoire.
Plusieurs fois lauréat de concours internationaux d’éloquence en chinois, représentant français lors de l’année linguistique croisée Chine-France en 2011, Alexandre se veut ambassadeur des cultures chinoises et françaises dans les deux pays.
Aujourd’hui professeur certifié de chinois et traducteur, il a fait de sa passion son métier pour transmettre aux plus jeunes cette même envie de découvrir et d’apprécier la Chine.
Il est également rédacteur auprès de plusieurs revues spécialisées. (présentation des éditions HongFei Cultures)
 
Serpent"La légende du serpent blanc" / ill. Wang Yi . - Ed. HongFei Cultures
 
Comment s'est faite la rencontre avec HongFei Cultures?
J'ai rencontré Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh il y a trois ans et demi. Je revenais d'un an de perfectionnement en mandarin à Beijing et j'ai tout simplement écrit un mail à la maison d'édition pour leur proposer mes services et tout est parti de là! 
 
C'est le deuxième conte que vous publiez chez HongFei : comment est né ce livre?
La légende du Serpent Blanc est un projet qui s'inscrit en parallèle à la publication d'un autre album chez Hongfei: Turandot (Thierry Dedieu).  L'idée était de faire résonner deux grands classiques de l'opéra chinois et occidental au travers de ces deux albums aux sensibilités différentes mais ayant pour personnages principaux des héroïnes au caractère fort. De plus, les éditions HongFei publient chaque année un titre en écho au zodiaque chinois, nous étions cette année sous le signe du serpent ce qui a également contribué à la sélection de cet album.
 
Comment s'est fait ce choix et comment avez-vous procédé pour l'adaptation de ce conte?
La légende du Serpent Blanc est une histoire tellement connue des Chinois et du monde asiatique qu'il nous semblait fondamental d'en proposer une version fidèle à l'intrigue originale. Pour cela, nous avons travaillé à partir du manuscrit du dramaturge Tian Han tout en proposant une histoire non plus jouée mais contée. Cela implique de retravailler l'intériorité des personnages et de les présenter principalement à travers leurs actions et leurs choix. 
 
Avez-vous travaillé en collaboration avec l'illustratrice?
Lorsque je me suis lancé dans l'écriture de cet album, je savais que Wang Yi en serait l'illustratrice. Je connaissais déjà son travail que j'affectionne tout particulièrement et j'étais donc ravi de pouvoir travailler avec elle. Pour cette histoire, bien que les mots soient venus en premier, nous avons tous les deux laissé parler nos sensibilités sans imposer quoi que ce soit à l'autre. Le résultat final est, je crois, pour tous les deux, une belle réussite.
 
Ce serpent blanc a reçu un très bon accueil entre autre auprès des bibliothécaires jeunesse ; je ne pense pas trop m'avancer en affirmant qu'il rencontrera très vite ses lecteurs. Pourtant, la version "adulte" de ce texte ne semble intéresser que peu de personnes.
Selon vous, qu'est-ce qui fait que le conte "adulte" est presque inconnu du grand public alors que cette histoire a tous les ingrédients pour plaire?
 
Je ne suis pas certain que cette histoire touche davantage un public qu'un autre. Elle fait parti des grands classiques de l'opéra chinois et c'est peut-être pour cette raison qu'elle a moins d'écho chez nous. L'opéra chinois est art qui ne se laisse pas approcher si facilement! Il faut en connaître les codes et les symboliques pour pouvoir véritablement le comprendre. Cette version pour jeunes lecteurs veut mettre l'intrigue et les relations entre les personnages au premier plan. C'est grâce à cette belle histoire d'amour, de loyauté et de courage que cette version pour jeunes lecteurs à su toucher son public, au-delà même des codes de l'opéra de Pékin.
 
Comment êtes-vous venu à la littérature jeunesse?
Comme beaucoup d'enfants de ma génération par Harry Potter! On ne lisait pas beaucoup à la maison et je n'aimais pas vraiment les livres qu'on nous faisait lire à l'école. C'est seulement au lycée que j'ai commencé à lire pour moi et non plus uniquement pour terminer mes fiches de lecture. Mais d'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours aimé écrire et dessiner! Tout petit, j'inventais des histoires avec mes héros préférés que je reliais moi-même avec trois bouts de scotch ou à l'agrafeuse. 
 
Quels auteurs chinois vous ont marqué?
Il y en a beaucoup. Dans l'édition jeunesse, je citerais Cao Wenxuan dont les histoires me transportent toujours vers la Chine que j'aime, à la fois bucolique et poétique. J'aime également beaucoup Shen Congwen et Ba Jin.
 
Quels contes ou histoires chinois vous plaisent le plus ou vous ont le plus marqué?
C'est avant tout les personnages qui m'attirent dans les histoires chinoises, bien plus encore que les intrigues qui les mettent en mouvement. Que ce soit en littérature classique, moderne ou contemporaine, les auteurs chinois ont l'art de donner vie à des personnages touchants et qui transportent le lecteur dans une intériorité forte et sincère, je pense au vendeur de sang de Yu Hua, du tireur de pousse de Lao She mais c'est aussi le cas de grands héros populaires comme Mu Lan ou Sun Wukong.
 
La Chine actuelle est très peu présente dans l'édition pour la jeunesse ; si vous deviez écrire une histoire, quels thèmes aimeriez vous aborder?
J'aime la Chine du quotidien, le vieux Pékin, le Shanghai des concessions, j'aime écrire des histoires qui parlent des gens qui habitent dans ces quartiers et qui en sont l'âme. J'aime aussi les histoires d'aventures et de magie, celles-ci sont encore assez rares pour ce qui touche à la Chine, alors pourquoi pas me lancer!
 
Pouvez-vous nous parler de vos projets?
Cette année devraient sortir de nouveaux ouvrages chez Hongfei, il est un peu tôt pour en parler mais c'est un projet personnel sur lequel mes éditeurs me font confiance depuis le début. Un projet très original et sur lequel nous travaillons depuis un an déjà maintenant. En parallèle, je continue d'écrire pour mon plaisir, j'ai plusieurs textes sur le feu que j'espère terminer aussi cette année! Mais mon premier métier, celui qui me prend le plus clair de mon temps, c'est l'enseignement. Et ce n'est que quand j'ai le temps, entre deux copies, que je peux me replonge et m'évader dans l'écriture.
 
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Vous êtes en relation avec des élèves : voyez-vous une évolution dans leur regard sur la Chine?
Je crois que les plus jeunes élèves ont, tout comme moi à l'époque, ce même regard curieux et intrigué lorsqu'on leur parle de la Chine. Pour eux, c'est avant tout le pays des dragons, de la Grande muraille et des signes chinois! Les plus grands, ceux qui commencent leur apprentissage au lycée, ont peut-être un regard un peu différent, du moins au début. Ils choisissent de plus en plus le chinois pour sa valeur professionnelle montante. Mais lorsque l'on commence à écrire nos premiers caractères, on constate qu'à 10 ou 16 ans et même bien après, c'est la même envie de découvrir, de comprendre et de déceler les mystères de l'écriture qui prend le pas. 
 
Sont-ils curieux de la culture chinoise ; qu'est-ce qui les intéresse selon vous?
Les élèves sont extrêmement curieux de la culture chinoise. Depuis tout petit, on leur raconte plein de choses sur la Chine et ils ont à cœur de savoir si ce qu'on dit est vrai ou non. La premier contact des élèves avec la culture chinoise passe souvent par la nourriture ou les films. Et très vite, on constate qu'ils commencent à s'interroger sur des sujets qui les touchent et dans lesquels ils peuvent se retrouver: La place de l'enfant en Chine, la vie des collégiens ou lycéens, les fêtes chinoises, les traditions etc. Mais peu importe le sujet, lorsqu'on parle de culture en cours, on sent que cela résonne pour eux et qu'ils sont heureux de mieux comprendre un pays aussi différent du leur
 
Utilisez-vous des histoires chinoises dans vos supports de cours?
Pour le moment assez peu, ce ne sont pas les ressources qui manquent mais les moyens de les mettre efficacement en place. Avec plus d'heures de cours, nous pourrions prendre le temps de faire ces lectures en version originale mais avec simplement trois heures par semaine, c'est un grand défi! Je conseille à mes élèves ces lectures en français pour que la barrière de la langue écrite et des caractères ne  soit pas un obstacle à leur compréhension. Pour moi, la lecture est un jeu et surtout un plaisir et ne doit, en aucun cas, devenir une contrainte!