"Le Monde est à vous..."/J.P.Dieny : synthèse

PETITE SYNTHESE DE L'OUVRAGE "LE MONDE EST A VOUS...LA CHINE ET LES LIVRES POUR ENFANTS" de JEAN-PIERRE DIENY (Ed. Gallimard)

Il n'y a pas à proprement parler de littérature jeunesse, pour enfant, adolescent. Le livre pour enfant n'a pas pour vocation de faire rêver ou séduire les parents mais d'éduquer.

Le livre, de médiocre qualité de papier et économisant sur la mise en page permet une vente à bas prix et une meilleure diffusion.

"Leçons de choses", album sans texte sur l'environnement (animaux, plantes), ou social (éducation), sous forme d'images à colorier, à découper. Pour les plus grands, sous frome de jeux, d'énigmes, aux phrases rythmées. Ouvrages de magie, de calculs.

Dans les premiers livres de sciences, le crayon et l'avion sont des thèmes récurents. Le premier remplace le précieux pinceau, le second, signe d'une avancée, d'unification de ce grand territoire. Mais le livre est incapable de rêver, de se projeter dans l'avenir : la science fiction est inexistante.

Les documentaies reprennent la division encyclopédique ancestrale :

Le ciel / La Terre / L'eau / La maison / Le corps humain / Les croyances.

Les superstitions ou religions sont toujours évitées ou attaquées, mais l'on essaye de dissuader, trouver une réponse logique à une question mystèrieuse.

Les livres sont très moralisateurs, et c'est spécifique à la Chine : l'enfant n'est pas éduqué pour s'élever mais préparé à obéir, servir son pays. Le combat contre l'individualisme est livré dès 1942. Aux leçons d'honnêteté succèdent les héros se sacrifiant pour sauver le pays, protéger les biens communs. L'interêt général passe même avant celui de la famille, ce qui est très novateur. L'argent est exclu, remplacé par des objets utiles au travailleur. Le jeune héros, toujours anonyme, dans un cadre, un fait très quotidien. L'enfant est invité à aider les personnes âgées, vieillards (ce qui était le cas avant aussi), les personnes en difficulté : le mauvais élément deviendra ainsi bon en étant aidé. L'entraide est plus importante que la compétition. Mais la modestie est de rigueur.

Le livre lutte contre l'ancienne société : paysan/propriétaire. Mais la confrontation riche/pauvre n'est pas suffisante. L'on hésite pas à montrer des enfants torturés : le riche aime le mal et pas seulement sa condition. Le contexte est aussi transposé dans le rapport ouvrier/patron. L'agression de l'impérialisme étranger étant acquis, l'on préfère dénoncer les méfaits des missionnaires ou des bonnes oeuvres de charité. La haine du capitalisme étranger est aussi forte que la haine de la Chine d'autrefois. Le Vietnam a une place importante dans la littérature enfantine : les enfants s'identifient à l'oppresseur américain, ridiculisé, perdant la guerre parce que trop idiot. Cependant, la situation sociale dans les autre pays est très peu abordée.

Si toutes les histoires, partant d'un fait quotidien malheureux se terminent en apothéose, dans un bonheur excessif, elles ne peuvent en aucun cas s'embourgeoiser : le pauvre ne devient pas riche mais trouve le bonheur dans le travail, avec éventuellement de bons outils... Quant à la nature, elle devient généreuse avec un homme devenu bon ou elle est soumise si elle était son ennemi.

Dans l'illustration, le modernisme s'impose. L'on hésite pas à montrer des pylones électriques, des usines,... C'est pourquoi la gare de Pékin figure au nombre des monuments de la ville.

Mais si tout va mieux dans cette nouvelle société, la lutte doit continuer. Il faut des héros, des exemples. Les filles sont autant représentées que les garçons. Mais ces héros ne doivent pas primer sur la masse et c'est toujours grâce à tous que le jeune trouvera le bon chemin du communisme ou il se sacrifie pour les autres, sans jamais se mettre en avant.

Mais si le parti dirige toujours les masses, une crise (la révolution culturelle) est à peine voilée dans les livres pour enfant : c'est le président Mao qui est sublimé, jamais un membre du parti. L'Armée Populaire de Libération est elle aussi très présente. Elle crée de jeunes héros qui sacrifient leur vie. Entre le peuple et le parti, son pouvoir s'accroit. Elle forme les meilleures recrues et présente donc un meilleur avenir pour celui qui la rejoint...

Le jeune héros doit venir d'une famille de paysans. Il dissimule ses exploits, très modeste, il a une obéissance inconditionnelle au Parti. Si l'enfant d'autrefois ne sortait jamais du cadre familial, la famille est maintenant cassée. Il trouve le bonheur est assure son avenir en dehors. Mais la longue histoire chinoise ne pouvant pas changer aussi facilement, la famille est généralement passée sous silence, voir complaisante et active elle même dans la lutte, plutôt que dénoncée.

L'enfant, avec ses camarades se tourne vers l'institutrice, très souriante mais rigide, soit il traite directement avec l'adulte.

¨Parmi les ennemis, le propriétaire foncier déchu rêvant de vengeance. Mais si l'enfant n'hésite plus a attaquer voir torturer un vieillard, son grand-père, fait nouveau dans la société, ce sera toujours pour son bien et tous sont heureux à la fin. L'enfant a besoin non d'une bonne conscience mais d'une sanction de la société.

La lecture socialiste est balisée et ne laisse aucune place à l'imaginaire, au hasard, au détail.

Le MODELE : ceux, ou celui, qui montrent le bon exemple, le bon chemin pas forcément le héros.

L'AMI : celui qui fait un mauvais pas, une mauvaise action mais sera aidé et trouvera le bon chemin : d'ennemi, il deviendra ami.

L'ENNEMI : Le prpriétaire terrien, le patron, l'agresseur étranger, le capitaliste...

Les situations :

Modèle/évènement : le futur héros doit montrer ses qualités

Modèle/ennemi : lutte des classes, contre l'ancienne société

Modèle /ami : le modèle exerce son influence sur l'ami ou agit sur son seul exemple, commente une aventure salutaire ou la provoque pour tirer l'ami du mauvais pas

Ami/évènement : un échec lui ouvre les yeux...

Ami/ennemi : l'ami pas encore parfait a besoin l'aide du modèle pour combattre l'ennemi.

Ennemi/évènement : aveuglé par ses passions, il court à sa perte

Lorsque le merveilleux intervient, c'est toujours pour justifier le bien, l'ordre. Les auteurs n'hésitent pas à adapter la mythologie. Le mode d'écritue chinois ancestral est lui gardé : la répétition et la gradation (avancée par paliers). La poésie laisse place au vocabulaire socialiste. Si la propagande s'invite aussi aisément c'est parce que le chinois est habitué, par la nature même de sa langue, au texte rythmé, scandé. Si les textes scientifiques sont ennoncés en vers ou/et sous forme de devinettes, la fiction l'est aussi et il est plus facile de faire passer un texte appuyé, sans humour.

L'illustration, elle aussi s'adapte. Avec l'apparition des pylones et usines, le trait s'affirme, sans hésitation. Les détails rendant le dessin réaliste disparaissent. Les trottoirs et toits deviennent droits et lisses. Les visages ronds et souriants, les muscles exagérés, rendant parfois le corps trop gros par rapport à la tête. L'enfant est propre, bien nourrit et sain. L'illustrateur est habitué à exprimer un décors par quelques traits (une montagne, un nuage...) mais lorsqu'il veut imiter le dessin occidental, ce sont des couleurs criardes, des animaux inspirés de B Rabier ou de Walt Disney, très médiocres. Mais dans ce cas, l'illustrateur ressent le besoin d'une alternance avec des dessins minimaistes chinois, aéré avec des blancs, comme pour reposer l'oeil. Les animaux deviennent plus réalistes et dans un décors féérique lorsque le trait traditionnel ou le papier découpé reprend ses droits. Le dessin chinois se distingue notament par le trait de contour. Il arrive que les techniques occidentales et orientales se mêlent dans un même dessin.

Le héros est toujours mis en scène, en représentation.

Mais comme en littérature, l'illustrateur arrive à contourner la propagande, en traitant un sujet "ancien" ou en détournant le rôle du héros.

Malheureusement toute cette littérature, jugée ensuite non adaptée a été supprimée... et tout reste à refaire!