Ed. du Centenaire : Denis Lavaud

Librairie du Centenaire, 2008 (coordonnées voir rubrique ressources)

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Avant même que Belleville ne devienne Le chinatown parisien, nous pouvions découvrir cette librairie d'un autre temps...Librairie ou plutôt comptoir où les clients sont acceptés car il s'agit avant tout d'un diffuseur. Toujours les deux mêmes personnes derrière le bureau. Des piles de livres, des liasses de papiers, une vieille machine à calculer en guise de caisse...

Poutant, c'est le l'endroit où l'on peut trouver encore de vieux titres d'édition chinoise et les livres asiatiques en général et ce d'une manière très moderne... C'est ici que le webmaster du site se procure pour quelques euros des titres épuisés depuis longtemps des éditions en langues étrangères...

CHINE DES ENFANTS (CDE) : De quand date les éditions du centenaire?

DENIS LAVAUD (DL) : Cela a commencé en 1971, avec un tout petit groupe.

CDE : Pourquoi cette création?

DL : Une volonté politique... et l'envie de diffuser en France des livres chinois.

CDE : Vous étiez-là dès le début?

DL : Non, mais je suis arrivé très tôt, en 1974.

CDE : Comment s'est faite cette rencontre?

DL : Nous nous sommes connus à l'association amitié franco-chinoise.

CDE : Vous aviez cette fonction de diffuseur dès le départ? Quels documents?

DL : Oui, c'était vraiment notre but. Au départ, il n'y avait que l'éditeur d'état : les éditions en langues étrangères.

CDE : Vous n'avez pas eu de difficultés à vous faire connaître?

DL : Non, les libraires nous ont connu rapidement car les méthodes de langues -à l'époque avec des 33t- ont eu du succès et les livres d'acuponcture étaient très prisés des étudiants...

CDE : Et la librairie?

DL : Elle se situait au 70 rue de Belleville, jusque dans les années quatre-vingt.

CDE : Vous étiez éditeurs aussi?

DL : Oui, mais nous n'avons publié que huit titres, d'économie et de politique. Cela s'est arrêté en 81-82. C'était une seule et même personne qui trouvait les textes, les traduisait, s'occupait même de l'impression...

CDE : Vous êtes à cette adresse depuis quand?

DL : Depuis le milieu des années quatre-vingt.

CDE : Quelle a été votre évolution?

DL : Au départ, le rez-de-chaussé présentait des ouvrages en français, les livres chinois étaient au sous-sol. Puis les éditeurs chinois ont évolué... notament les éditions en langues étrangères... Ils diffusaient de forts tirages et ceux dans de nombreuses langues.

CDE : Et concernant les livres pour enfants?

DL : Vers 1984-85, il y a eu plus de librairies spécialisées jeunesse. Les livres chinois avaient le défaut de ne pas être assez cher mais surtout leur couverture souple, la qualité ne correspondaient plus aux attentes des clients préférant de beaux livres.

Cette gestion de forts tirages en plusieurs langues n'étant plus adaptée ainsi que la baisse des subventions ont obligé cet éditeur à évoluer.

CDE : Idéologiquement aussi?

DL : Les langues érangères sont restées "généralistes" mais ont créé plusieurs départements comme celui de la "littérature" avec la collection "Panda". C'était une bonne collection qui n'éditait pas que des texes "langue de bois" : cetains textes de société ou d'économie sont des références.

CDE : Mais elle n'existe plus?

DL : Non, pour plusieurs raisons mais son plus grand problème a été la revue "Littérature chinoise", surtout lorsqu'elle est devenue mensuelle. Cela a été un gouffre financier.

CDE : Et parmi les autres grandes maisons d'éditions?

DL : Les éditions du Dauphin sont un exemple interessant : cet éditeur s'est recentré sur le marché chinois et a décidé de diffuser depuis la Chine. Ainsi, il prévoit dans ses tirages une estimation des demandes du marché intérieur et aussi à l'exportation. Cela lui permet de faire un tirage juste et de répondre rapidement à la demande puisque tout est centralisé.

CDE : Ces éditeurs ne sont-ils pas pénalisés par rapport à l'offre en France, notament pour ce qui concerne les méthodes de langues?

DL : Non. Nous recevons directement les sacs postaux de la douane, encore scellés et le délai de réception est de trois semaines, ce qui n'est pas plus long voir moins que certaines commandes en librairie!

CDE : Et la concurrence?

DL : Certes il y a d'avantage d'éditions même françaises sur le marché, notament des méthodes de langues mais cela ne fait que dynamiser le secteur. Nous diffusons aussi You Feng... Nous nous connaissons bien et chacun sait que ce qu'il ne peut vendre peut l'être par l'autre...Mais les étudiants utilisent tous les méthodes prescritent par leurs profs, donc le plus difficile est d'offrir au même moment un nombre important d'exemplaires et ce parfois au dernier moment car le libraire n'a pas souvent prévu cette demande...

De plus en plus aussi ce sont les profs eux-mêmes qui diffusent leur propre méthode sous forme de polycopié...

Nous ne diffusons plus certains éditeurs qui ne répondent pas assez vite à la demande...

CDE : En dehors des livres de langues?

DL : On ne peut pas parler de baisse de commandes, si ce n'est en rapport avec le marché ambiant plutôt morose mais général. Concernant les étudiants, ils ne lisent plus que ce qui est obligatoire... beaucoup moins ce qui est indispensable et pas du tout ce qui est conseillé!

CDE : Et les éditeurs?

DL : Nous avons de plus en plus de demandes de petits éditeurs pour la diffusion en France et en Europe, c'est pourquoi nous diffusons maintenant d'autres éditeurs d'Asie.

CDE : C'est donc un marché encore rentable! comment voyez-vous votre avenir? "Chine des enfants" a eu des demandes concernant votre librairire...vous n'êtes toujours pas sur le net?

DL : Nous avons fait une expérience de vente en ligne... Nous avons eu à faire à un fraudeur passant de nombreuses fausses commandes mais surtout nous avons constaté que nous perdions beaucoup de temps dans des erreurs de bons de commandes et surtout des questions sans aucun interêt... Nous ne sommes que deux pour tout gérer...

CDE : Vous ne pensez pas à vous développer?

DL : C'est envisageable, il y a beaucoup de choses à faire. Nous sommes très motivés pour continuer notre travail encore deux ans avant de prendre notre retraite...Mais pas pour envisager cette évolution : c'est une autre conception du travail, une autre approche pour lesquelles nous n'avons pas l'envie ou plutôt l'énergie nécessaire. Car il faut tout revoir. Nous ne pouvons même pas embaucher actuellement car comment demander à une personne de porter de gros sacs postaux? Nous avons du travail administratif mais pas seulement...

CDE : Nous avons donc encore deux années pour venir vous voir avant la fin de cette expérience, même si elle va certainement continuer...mais comment?!

Merci à monsieur Lavaud.

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