IMMIGRATION AU XXIème s.

"IMMIGRATION AU XXIème SIECLE"

Immigration au XXIème siècle

L'image de la Chine mais aussi de l'Asie dans la fiction a beaucoup évolué ces dernières années.
Jusqu'à la fin du siècle dernier, nous avions deux approches : d'une part les asiatiques en Asie, qui pour la plupart étaient chinois et, d'autre part, une approche de la communauté chinoise en France, plus particulèrement à Paris.
Ces deux images ayant des définitions bien précises :
des chinois très éloignés, physiquement (aller en Chine étant déjà une aventure - voir article-) mais aussi vivant souvent à une autre époque. Des immigrés chinois, principalement, émigrants à Paris : tous venant de la même région, ouvrant un restaurant.

Immigration globale

A partir des années 2000, nous avons une immigration globale : des asiatiques mais aussi des occidentaux migrants dans des pays différents avec une identité et des fonctions plus variées.
Le personnage prend le dessus sur le pays : ainsi, la problématique de l'immigration n'est plus une question de déracinement physique, culturel, mais plus une question d'articulation du monde autour d'un personnage.
Enfin, certaines caractéristiques nouvelles s'inscrivent durablement dans le décors des récits : lieux, fonctions changent.

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Des asiatiques, des metissages


Dans les fictions traduites, nous rencontrons depuis longtemps des personnages asiatiques bien intégrés ou, du moins, évoluant depuis longtemps dans leur pays d'accueil, vu que ces traductions sont essentiellement anglosaxonnes et le communautarisme est un choix de société.
Cependant, les caractéristiques tendent à s'éffacer. Dans "Loser's club", notre chinois ressemble à ses amis ; mieux, il fait parti d'un groupe à cause de ses points communs, à savoir le fait d'être un loser. Son père n'est pas un pauvre migrant mais a une dimension internationale en tant que riche financier hongkongais.
Les asiatiques de "Américan born chinese" brisent ces caricatures identitaires : ils sont asiatiques mais ce n'est pas pour cela qu'ils se comprennent ou partagent les mêmes valeurs. Nous allons jusqu'à oublier les origines mêmes du personnage chinois de "Un blog trop mortel".
Côté français, les personnages évoluent aussi : à Paris, il n'y a pas que des chinois et ce ne sont plus de jeunes pauvres migrants restaurateurs énigmatiques vivant dans le chinatown de la rive gauche. Belleville est le nouveau Chinatown : dans "Belleville story", les caractéristiques architecturales sont presque effacées et nos protagonistes n'ont plus que quelques traits physiques asiatiques.
Nos chinois restaurateurs laissent place à une réalité plus actuelle : même en pleine fête du Nouvel an, nos jeunes français découvrent que leurs copains sont sans papiers "Téo et Léo" et que finalement, c'est la seule différence entre ces camarades qui partagent -presque- le même quotidien, en apparence.
D'autres migrants s'inscrivent durablement dans la société française et nos héros tombent amoureux(ses) de sans papiers venant d'autres pays asiatiques ("J'me sens pas belle").

Nos personnages ne sont plus maintenant clairement identifiables par leurs origines : Napoléon Tran est d'origine vietnamienne mais il raconte ses aventures qui sont celles de la plupart des jeunes français ; Anju va vivre des aventures en Chine mais c'est un garçon métisse franco-japonais.
Certains migrants n'ont pas vocation à quitter un pays : l'herbe n'est pas plus verte ailleurs : papa ours travaille à l'étranger mais son pays d'accueil n'est guère un avenir pour lui et espère bien revenir à Taïwan.
Enfin lorsque nous abordons la difficulté des nouveaux migrants, elle n'est plus une différence sujette aux souffrances mais à un partage, une complémentarité, comme la jeune coréenne Jinju qui partage sa façon de vivre aux petits élèves français.
Une nouvelle problématique commence à se dessiner dans nos migrants asiatiques en France : ces jeunes français qui ne connaissent pas leur pays d'origine ("Le banc").

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Des personnages

 

A la fin du siècle dernier, nos personnages asiatiques vivaient des expériences de migrants et peinaient à s'intégrer dans une nouvelle vie, un nouveau décors. Aujourd'hui, ils sont souvent originaires d'un pays asiatiques mais nés dans un autre pays ou ayant déjà un certain vécu de migrant. Ce n'est plus le personnage qui s'intègre dans un pays, un décors, une vie, mais le monde qui s'articule autour de ces personnages.
L'héroïne de Sylvie Deshors est certes chinoise mais elle vit à Lyon et cherche à comprendre le monde qui l'entoure, à trouver sa place comme apatride plus que comme chinoise. Pas de chinatown, pas de coutûmes ou fêtes chinoises, la jeune femme tente de survivre en tant que femme. A l'opposé, le jeune et riche chinois de San Francisco ("Cathy's book") est très bien intégré dans la communauté chinoise de sa ville mais il devient inaccessible pour la jeune fille amoureuse parce qu'il est très riche, très beau, très sûr de lui, non parce qu'il est chinois.
La famille chinoise du "bonnet magique" quant à elle est une famille très ordinaire, heureuse, vivant à New-York. Outre leur physique, il y a un objet qui les rattachent à leur origine : un bonnet traditionnel, souvenir de Chine. Le jeune garçon est un vrai américain, fan de baseball et ses parents semblent ne pas souffrir de leur réracinement et parlent de leurs racines sans chagrin, gardant même contact avec les grands-parents restés en Chine. On notera aussi que cette histoire est l'oeuvre d'un auteur chinois, vivant en Chine.

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Nouveaux décors, nouveaux voyages


Nos héros voyagent plus facilement maintenant, et les occidentaux partent aussi pour suivre leurs parents en voyage d'affaire comme Anju ("Anju et Selma"), en vacances sur des plages paradisiaques ("La vague"), en famille ("Le cheval de jade") ou par amour comme Lola, au Japon.
Mais ce qui change radicalement dans ces nouveaux voyages plus accessibles, moins exotiques, et surtout plus ancrés dans notre époque, ce sont jsutement toutes ces caractéristiques identaires du pays qui s'éffacent. Anju évolue dans le Pékin d'aujourd'hui mais il n'est guère perdu : il s'aventure dans la ville comme s'il était chez lui et la langue ne semble même plus un barrage. Notre "héros" de la vague évoque ses vacances en Thaïlande et son terrible traumatisme qui s'en découle, étant un survivant du tsunami de 2004. A aucun moment il n'évoque les particularités de ce pays, ni ne mentionne le nom. L'on devine juste qu'il s'agit d'un pays asiatique avec un détail : le toit d'un temple. De même, lorsqu'il rentre à Paris, qu'il tente de se suicider dans un jardin parisien, là encore, ce n'est pas n'importe quel passant qui le sauve, mais l'un de ces sans-papiers afghans qui dorment dans un jardin proche de la gare de l'est.
La famille Jousseau part en vacances, avec de jeunes enfants ("le cheval de jade") : l'on devine qu'ils sont à Hong-Kong que par quelques menus détails et mentionnent l'identité des personnages par le terme de "chinois" sans autre description caractéristique, comme physique par exemple. Là encore, pas de barrage de la langue : tous les chinois qu'ils rencontrent parlent un français parfait! Paradoxalement, c'est notre famille française qui est caricaturée : blonds aux yeux bleus, un peu niais, coincés, donnant l'impression de sortir des romans de scouts français des années cinquante.

Mais si le voayge est maintenant aisé, c'est aussi le monde qui vient à nos portes. A belleville, une famille entre dans un restaurant chinois mais c'est l'imagination de l'enfant qui va le faire voyager en Chine ("le chat du yangtsé"). Même le yéti perd un peu de son exotisme : avec "l'abominable homme des neiges", nous rencontrons une famille de yétis vivant dans une grotte près de chez nous...

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Avec "Au kilomètre 63", nous changeons de personnages, de metissages, de décors et de problématiques : c'est une histoire d'amour entre une africaine et un jeune métisse sino-africain... La mondialisation est passée aussi dans la fiction.

Titres cités :

"American born chinese" / Yang Ed. Dargaud
"Anju et Selma" / Bonini Ed. P Picquier
"Belleville story" / alherbe ed. Dargaud
"Le bonnet magique" / Dong Ni Bao Ed. illefleurs
"Cathy's book" / Stewart Ed. Bayard
"Le chat du Yangtsé"  De la Clergerie Ed. P Picquier
"Le cheval de jade" / Malcurat Ed. Artège
"J'me sens pas belle" / Abier Ed. Actes sud
"Loser's club" Lekirch Ed. Bayard
"Napoléon Tran" / TaDuc Ed. Dupuis
"Papa ours part en voyage" / Chen C Y Ed. Casterman
"Qui veut la peau de Lola Frizmuth" / GerlachEd. Gallimard
"Rendez-vous au kilomètre 63" / Girin Ed. Bayard
"Tao et Léo" / Thobois Ed. Rue du monde
"Un blog trop mortel" / Roux Ed. Fleuve noir
"La vague" / Charpentier Ed. Gallimard