Pascal VATINEL

A l'occasion de la sortie de son nouveau roman pour la jeunesse, "AÏKO LA JEUNE FILLE A L'EVENTAIL" Ed. Actes sud, rencontre avec son auteur Pascal VATINEL

9782330048150

1 –  Ce nouveau titre complète une série : était-ce votre proposition de départ?
PV C’était en effet mon projet initial, mais la parution des premiers « Fleur de Printemps » a, en soi, été une véritable aventure. C’était la première fois que j’écrivais un texte jeunesse et ne savais comment m’y prendre. Je me suis naturellement adressé à un éditeur connaissant bien la Chine : Bleu de Chine. Sa directrice a été emballée par le premier récit que je lui ai soumis, mais elle n’avait pas une grande expérience des éditions jeunesse. L’album qui est sorti de notre travail commun (j’inclus G Duhazé, l’illustratrice) était malgré tout magnifique : Niao et le roi qui aimait les oiseaux (fin 2007). Hélas ! quelques mois après sa parution, Bleu de Chine déposait le bilan, me contraignant à tout reprendre à zéro. Premier album en main et nouveaux textes à proposer, je me suis adressé à Actes Sud, en la personne de Thierry Magnier (le directeur des éditions jeunesse du groupe). Il m’a présenté à François Martin, éditeur des collections d’Actes Sud Junior. Comme avec Thierry, ce fut un excellent contact (nous travaillons ensemble avec bonheur depuis maintenant plus de sept ans). Mais pour François, il n’était pas question de faire une série. Cela ne me posait pas de problème majeur. Simplement, chaque année je suis revenu avec un nouveau texte de Fleur de Printemps… qui a été publié. La série était née, même si les textes sont pour l’instant toujours traités séparément sur un plan éditorial.


2 - Ce texte fait référence à l'histoire de la Chine, à des légendes aussi : vos personnages auraient-ils pu exister?
PV Oui, pourquoi pas ? Comme chaque fois, il s’agit d’une fiction, mais qui s’inspire de l’histoire réelle de la Chine. Le commerce dans les ports était florissant, y compris avec le Japon. En outre, ce roman est issu de la Mission Stendhal que j’ai menée pour l’Institut Français et dont j’étais le lauréat en 2013. J’avais choisi de mener mes recherches pendant 2 mois dans la région de Shanghai (où se situe l’action), dans le but de rencontrer un des derniers maîtres vivants enseignant l’art martial de l’éventail. Plusieurs amis pratiquant et enseignant les arts martiaux en France ont contribué à la réussite de cette mission en me proposant des contacts ou en me remettant des lettres d’introduction. De fil en aiguille, et alors que je désespérais de rencontrer celui que je cherchais, j’ai fini par retrouver le maître (de la 12ème génération) qui enseigne cet art étonnant. C’est grâce à lui et réellement en son honneur que j’ai écrit ce petit roman.


3 - Quel est l'aspect culturel ou historique de la Chine qui vous fascine le plus?
PV Comme vous de toute évidence, je suis passionné par la Chine. Ancienne et moderne, du nord ou du sud, son écriture, sa poésie, ses philosophies humaniste et naturelle, sa gastronomie… Si vous lisez l’Affaire du cuisinier chinois (mon premier roman adultes paru en 2007), vous verrez que ce polar est aussi un prétexte pour faire un tour complet des multiples facettes de la culture et de l’histoire chinoises. Toutes les époques me passionnent. J’ai toutefois un intérêt plus marqué en ce moment pour la dynastie des Yuan et son foisonnement de figures héroïques qui ont contribué à l’éviction des envahisseurs mongols. C’était une période de profonde mutation pour l’empire du milieu ; en bien, mais aussi en moins bien.


4 - Pourquoi ou comment avez-vous eu envie d'écrire pour les jeunes lecteurs?
PV Cette envie correspond à mon histoire personnelle. Ayant depuis longtemps compris que la réussite de mes voyages en Chine dépendait pour une bonne part de ma maîtrise de la langue, en plus de mon travail et de mes études, je suivais des cours particuliers avec une professeur de Chinois. Chinoise elle-même, elle enseignait dans divers collèges et lycées de la région parisienne. Avec elle, j’ai découvert que l’apprentissage du chinois en France était en croissance exponentielle. Je me suis
senti proche de ces enfants qui se fascinaient pour cette culture et qui me renvoyaient de nombreuses années en arrière lorsque, comme eux, je m’initiais à la langue, la littérature, la philosophie, les arts martiaux chinois. J’ai eu la chance, depuis, d’entreprendre de nombreux voyages en extrême orient et en particulier en Chine et il m’est apparu naturel de partager avec ces enfants ce que j’avais découvert en accomplissant le rêve qu’eux-mêmes étaient peut-être en train de faire.
5 - US Vous rencontrez souvent des enfants : lors de ces échanges avec eux, leur intérêt ou connaissance de la Chine vous ont-ils surpris?
PV Oui, je suis toujours étonné lorsque je rencontre des enfants que ce sujet intéresse, mais pour beaucoup, il s’agit surtout d’une découverte. Mon plus grand bonheur est lorsque je peux initier les enfants à la calligraphie chinoise, la construction des caractères. Nous rentrons ensemble dans le monde du merveilleux et des mystères de la vie, du visible et de l’invisible. Du CE1 jusqu’en CM2, voire en 6ème, ils y sont très réceptifs. À la fin de notre rencontre, il n’est pas rare que j’entende plusieurs élèves me dire : « C’est trop chouette le chinois, j’aimerais aussi l’étudier ! ». Il m’est arrivé, plus rarement, d’intervenir dans des classes d’élèves sinisants. Ils ont une réelle soif d’apprendre et… d’aller en Chine le plus tôt possible !


6 - Qu'est-ce qui vous a attiré vers la culture chinoise?
PV Je le disais plus haut, c’est la réalisation d’un rêve d’enfance. À l’âge de 8 ans environ, je savais que je serai un « voyageur ». Je voulais aller dans le pays le plus lointain qui soit et, à l’époque (années 60), c’était forcément la Chine, « le pays où les gens vivent la tête en bas », disait-on (je n’avais ni internet, ni ordinateur, ni même de télévision pour me faire penser le contraire). L’étude des arts martiaux et de la littérature afférente m’a fait comprendre que pour réellement progresser (pas dans le sens de la compétition, mais dans celui du progrès personnel) il me faudrait un jour aller dans le pays berceau de ces arts. J’ai également compris très jeune (une chance !) qu’il me faudrait étudier la langue pour ne pas y faire du tourisme mais un véritable voyage, intérieur et extérieur.


7 - Pouvez-vous nous parler de vos projets?
PV Je cherche à développer mon activité de conférencier (sur la Chine), mais je consacre l’essentiel de mon temps à l’écriture. Je publie en moyenne deux livres par an, ce qui est beaucoup. Je voudrais pouvoir faire des résidences d’écrivain à l’étranger, tout particulièrement en Extrême-Orient ou en Australie où j’ai séjourné à plusieurs reprises. En 2014, en plus des Fils du ciel, paraissait un livre qui, pour la première fois, ne se déroulait pas en Extrême-Orient mais en Alaska et sur le front des Vosges en 1915 : La dernière course. Cet ouvrage a connu d’emblée un gros succès. C’est pourquoi, en parallèle de l’écriture d’Aïko, la jeune fille à l’éventail, j’ai travaillé sur un nouveau roman d’aventures qui se déroule lui aussi en Alaska et raconte une autre histoire totalement authentique et qui m’a passionné. Actes Sud a lu le manuscrit et entend le publier à la rentrée de septembre, il s’intitulera Mush ! L’Incroyable odyssée. Cet ouvrage a également reçu le soutien du CNL (Centre National du Livre). Je travaille à présent sur un roman à paraître, si possible, en 2016. Il s’agira d’un polar pour adultes, qui se déroule essentiellement dans la région de Pékin et qui traite de deux sujets délicats de l’actualité chinoise, imbriqués dans une même intrigue. Mais je ne peux en dire plus à ce niveau d’avancement du projet. Enfin, j’ai également commencé l’écriture d’une longue saga qui se déroule au temps des Yuan et qui met en scène des personnages s’inspirant d’authentiques figures historiques chinoises. Un ami scénariste de bande dessinée aimerait pouvoir développer ce projet en ce sens. À suivre…

Pour en savoir +

bibliographie, site de l'auteur :

http://www.pascalvatinel.fr/auteurA.html