Lecteurs et lectures chinois dans les BM de Paris

Depuis près de vingt ans, les petits lecteurs chinois fréquentant les bibliothèques municipales de Paris ainsi que les livres proposés sur la Chine évoluent. Quelques réflexions...

 

LECTEURS ET LECTURES DANS LES BIBLIOTHEQUES PARISIENNES

1) Introduction - Historique : A - Bibliothèques et fonds B - Lecteurs et non lecteurs

2) Lectures : A - Fonds : évolutions B - Répartition C - Chinois et français D - Spécialisations et sauvegardes

3) Lecteurs : A - Evolution du lectorat et fréquentants B - Les lectures proposées

4) Perspectives et conclusion

Cette petite étude n'engage que l'auteur de l'article et son point de vue. En espérant que le constat reflète la réalité dans son ensemble, il ne peut être officiel.

1 LECTURES ET LECTEURS CHINOIS DANS LES BIBLIOTHEQUES PARISIENNES

La spécificité du réseau de bibliothèques municipales de Paris est d'offrir, par le biais de sa soixantaine d'établissements dissiminées dans tous les arrondissements un service de proximité. De ce fait, nous pouvons observer par le public fréquentant, inscrit ou non, l'évolution de la population, son profile. En dehors des établissements spécialisés offrant des fonds en partie asiatiques et interessant un public spécifique, nous trouvons des fonds chinois créés par des passionnés et la volonté d'ouvrir un établissement dédié à la communauté chinoise et vietnamienne. Depuis sa réalisation, des petits fonds chinois se sont multipliés en rapport à la demande et au public fréquentant, correspondant ainsi aux nouveaux quartiers chinois. Une concertation des fonds pour la jeunesse afin de sauvegarder les précieux documents jusqu'alors peu pris en compte a mis en lumière ces fonds de taille très modeste. La communauté chinoise a elle aussi évoluée ainsi que son comportement. L'introduction de collections dont elle est très friande comme les manga a attiré d'autres lecteurs. Les jeunes enfants chinois sont maintenant très nombreux à Paris. Ils fréquentent les établissemnets en fonction de leur quartier, donc de leur origine sociale et ethnique.

A HISTORIQUE

1°) BIBLIOTHEQUES ET FONDS :

La littérature asiatique a eu longtemps une place à part. D'ailleurs les fonds recensaient beaucoup de traductions de poèmes ou de textes érudits, les romans 'populaires' venant plus tardivement. Ils n'étaient donc pas classés avec les romans en généralité mais en littérature asiatique, à une côte assez barbare. Pour la jeunesse, les traductions émanaient surtout des éditions en langues étrangères. Cela implique une mauvaise qualité de papier, des textes très engagés voir choquant (voir liens sur la 'perception de la Chine...'), des imagiers très éducatifs en rapport avec la société chinoise de l'époque ou petits contes moraux. Quelques ouvrages de contes aux éditions l'Harmattan, un ou deux récits à 'la bibliothèque de l'amitié' et une découverte géographique dans une collection regroupant plusieurs pays... Mais la Chine est très lointaine. Certains bibliothécaires passionnés ont constitué et inventorié des fonds comme à l'ancienne bibliothèque du Panthéon où a été édité le catalogue 'Asiatica'(1). Ce fonds a ensuite été transféré rue Mouffetard où il a été dilué et rapidement éliminé. Parallèlement, un fonds de littérature policière se créant, les ouvrages traitant ce sujet sur la Chine y trouvaient leur place. Les collections jeunesse commencent à se développer. Un fonds de livres en chinois et français sur la Chine est constitué à la bibliothèque de la place d'Italie, géographiquement plus proche du quartier chinois. En 1990, une grande médiathèque qui se veut une vitrine des bibliothèques de la Ville de Paris ouvre aux portes du quartier chinois. Elle sera inaugurée en grandes pompes avec la communauté chinoise et les rituels qui s'imposent entre autre, la danse des dragons et les pétards. Un fonds chinois se crée véritablement. Quelques rayonnages au rez de chaussée dédiés à la langue chinoise et vietnamienne, tandis que les documents en français se fondent dans l'ensemble des collections. Le problème restant l'impossibilité de créer des notices en caractères chinois, rendant les recherches peu éfficaces. Les responsables de l'établissement se désinteressent de ce fonds et rapidement, les nouvelles lois concernant les marchés pour les achats de livres ne permettent plus l'acquisition d'ouvrages en librairie. Il faut attendre plusieurs années avant d'obtenir des marchés spécifiques. A partir de 2005, la spécificité des fonds spécialisés est pris en compte dans le secteur jeunesse. Il met en lumière l'existence de plusieurs petits fonds. La 'littérature' chinoise s'organise.

2°) LECTEURS ET NON LECTEURS

L'éducation des enfants est une priorité dans les communautés asiatiques. Les résultats scolaires priment sur les loisirs. Cela se ressent aussi dans la fréquentation et l'utilisation des bibliothèques. Mais ces publics sont très différents selon le secteur concerné. Pour les adultes, la médiathèque J P Melville reste encore un pôle pour la région Ile de France et le fonds est consulté par des personnes venant de différentes communautés, de différentes régions. Le quartier 'Les Olympiades', au coeur du 'quartier chinois' est aussi important car le public est aussi un public de proximité. L'établissement se situe dans le parcours quotidien des personnes également isolées, non fréquentant des lieux culturels, puisque la médiathèque se situe dans le prolongement de Tang frères. Au contraire, les petites bibliothèques situées dans les nouveaux quartiers chinois Belleville, Crimée, Max Dormoy, Lancry, accueillent les nouvelles vagues de migrants, venant pour certains des régions pauvres du sud-est, d'autres, en moins grand nombre des régions du nord-est, plus riches. Les parents sont moins présents, les enfants plus livrés à eux-mêmes. Au contraire des autres communautés, les chinois investissent en masse un quartier et les petites bibliothèques accueillent en masse cette nouvelle population, très demandeuse. Comme tous les enfants, ils aiment trouver des livres dans leur langue. Mais si les magrhébins sont rarement capables de lire la langue arabe 'littéraire'; les chinois souvent peuvent lire puisque l'écriture est le ciment de la langue chinoise. De ce fait, le livre est un excellent vecteur, avec les parents. Deux nouveaux profiles de lecteurs se dessinent. D'une part les enfants chinois en France depuis trois générations ou plus, qui se mélangent d'avantage aux autres communautés, d'autre part les néo-arrivants, en grand danger d'isolement depuis les nouvelles lois plus sévères sur les sans papiers. Les lecteurs évoluent et changent radicalement (11).

2 LECTURES : FONDS, EVOLUTION, REPARTITION : SPECIFICITE ET SAUVEGARDE

A/B : FONDS : EVOLUTION ET REPARTITION

Années 70-80. C'est à la Bibliothèque du Panthéon que l'on trouve un fonds interssant sur l'Asie. Le réseau des bibliothèques se met en place par la volonté du maire de Paris (J Chirac) et quelques spécificités se font connaître dans les établissements, en dehors des bibliothèques spécialisées. A cette époque, les initiatives sont encore possibles. Le maire laisse une grande liberté et une confiance relative envers des responsables qui à l'époque s'interessent encore au livre pour leur contenu. La Chine est une littérature à part. Car si l'on trouve des auteurs japonais dans les romans, les fictions chinoises, traductions dans des éditions très sérieuses, se classent en littérature à une côte barbare, coincée entre la littérature russe, grecque et latine, plébicitée d'avantage par un lectorat instruit. Dans le secteur jeunesse, encore confiné, la production n'est pas très favorable même si les auteurs japonais, très nombreux trouvent déjà leur place. Malgré tout, parmi les nombreuses animations proposées aux enfants, des ateliers typiquement asiatiques sont régulièrement proposés comme le Kamishibaï, l'origami.

Le fonds asiatique, référencé en partie dans le catalogue 'Asiatica' (1) de la bibliothèque du Panthéon est transféré à la Bibliothèque Mouffetard. Mais c'est une autre orientation que prend l'établissement avec la création de la BIbliothèque des LIttératures POlicières (BILIPO). Le fonds Asiatica n'y survivra pas. Les contes classés en littérature sont perdu d'avance. Les documentaires assez pointus dispersés parmi tant d'autres ne sortiront pas. Le public étudiant des grandes écoles alentours ont d'autres priorités. Enfin le personnel peu sensibilisé pilonnera sans scrupules des collections entières. Heureusement, des livres sont regroupés à la Bibliothèque Italie (Place d'Italie), géographiquement la plus proche du quartier chinois, très isolé par l'absence de métro. La Médiathèque Jean-Pierre Melville ouvre ses portes en 1990. Sa particularité est d'avoir été conçue pour être une Médiathèque, ouvrant généreusement sur l'exterieur, même si la conception de l'aménagement par l'architecte était très utopique et impossible à réaliser dans son idée originale. Idéalement placée, aux portes du 'quartier chinois', elle a été inaugurée par les représentants de la communauté chinoise, avec la bénédiction des dragons et des pétards. La médiathèque, une des première informatisée, se voulant la 'vitrine' de la Ville de Paris est spécialisée sur la Chine. Les acquisitions en langue française sont plus importantes, introduites dans le fonds général. Le fonds en chinois et vietnamien, à part, au rez de chaussée. Dès le départ, les fonds porteront sur le chinois et le vietnamien. Les documents chinois pour enfant en section jeunesse. Il en est de même pour les méthodes de langues, les revues et journaux. Le succès est immédiat. L'on se déplace de toute la région parisienne. Le personnel et la volonté de faire vivre ce fonds feront pourtant défaut. Le conservateur en place depuis la création n'y porte que peu d'interêt. La responsable du fonds chinois sera très vite absente pour une longue maladie chronique et ne sera pas remplacée. Reste une personne qui doit porter le tout à bout de bras. malgré tous ses efforts, le fonds ne fera que vivoter car il n'y a aucune volonté politique ni d'apports materiels et/ou financiers pour enrichir et faire vivre ce fonds. Il n'y a aucun acceuil spécifique pour les lecteurs asiatiques (personnel bilingue, livret d'accueil,...). Des efforts seront faits par la suite. Cependant, la Ville de Paris ne trouvera aucune personne acceptant les postes vacants puisque très mal rémunérés. Actuellement, ce sont des vacataires qui assument le travail. Concernant le fonds, il souffre encore aujourd'hui d'un problème d'adaptation informatique. En effet, il n'y a aucun logiciel chinois permettant de faire des recherches.Des catalogues (2) bilingues pour les adultes et les enfants seront réalisés avec l'aide de bénévoles exterieurs et le personnel. Le fonds pour enfants, lui, restera longtemps endormi. En effet, la plupart des albums bilingues ou en chinois sont des éditions propagandistes. Plusieurs seront mis en réserve. mais cette dernière sera supprimée pour faire place à une autre bibliothèque spécialisée qui a intégrée la médiathèque : la Bibliothèque Marguerite Durand (féminisme). Les réserves 'jeunesse' ne peuvent avoir de place. Le fonds n'est pas mis en valeur et auncun travail de conservation n'est envisagé. Cela évolura un peu par la suite. Quant aux animations, elles seront réalisées surtout avec la généreuse participation des associations puisque les budgets ne le permetent pas.

Lors d'un recenssement de la population à la fin des années 90, réalisé entre autre par quelques personnels de la médiathèque J P Melville, nous réalisons à quel point le quartier a évolué. Les 'Olympiades', avec ses grandes tours n'abrittent plus beaucoup de chinois. Même s'il y a une dominante asiatique, plutôt khmer, viet et laos, sans oublier des japonais, il y a aussi de nombreuses autres commnautés.

A l'autre bout de Paris, ce sont des quartiers entiers qui se métamorphosent. Avec l'arrivée de ces nouvelles 'chinatown', des fonds se créent. La Bibliothèque Crimée, B. Rabier dans le 19ème arrondissement se constituent des fonds. Il est a noter que ce sont des bibliothèques pour la jeunesse.

Une heureuse initiative est prise en 2005. Jusqu'alros, les livres n'étaient que rarement ou maladroitement redistribués. La conservation des livres pour enfants ne se posaient pas puisque l'on considairait que la Bibliothèque de l'Heure Joyeuse et la Joie par les Livres se chargeaint de ce travail, perdant ainsi de nombreux titres populaires. De plus, chaque établissement gérant ses fonds, Il n'est pas rare, même aujourd'hui de voir une collection complète dispersée aux quatre coins de la ville. Depuis quelques mois, chaque établissement a reçu une directive pour le désherbage*. De ce fait, il est à espérer que des collections suscitant peu d'interet le deviennent une fois regroupées et au bon endroit, notament dans les bibliothèques citées ci-dessus.

Si pour les titres anciens il est peu propable que ces directives servent puisque beaucoup ont malheureusement disparu, l'importante production actuelle a de bonnes chances de rester dans nos mémoires et accessibles pour les chercheurs.

La nouvelle politique imposée sucite cependant de nombreuses interrogations. Les fonds n'étant pas extensibles, devant en plus refléter la production actuelle, il s'ajoute à cet éternel problème le rapport d'activité demandant avant tout des chiffres. Cette tendance qui n'est pas propre qu'à la capitale impose un rendement, au dépend de la qualité intellectuelle de l'offre. Ainsi, des contes édités en Chine, peu attrayants risquent donc de disparaitre de nombreux fonds et il est peu probable que les fonds spécialisés et 'anciens' drainent les petits lecteurs de toute la ville.

La production éditoriale sur la Chine devient importante. L'effet 'Année de la Chine' n'est pas le seul moteur. Il faut distinguer deux types de documents : les documents traiitant directement de la Chine et ceux très indirectement par le biais de personnages, séries sans rapport direct.

TRAITANT DIRECTEMENT DE LA CHINE : ces livres sont demandés par les professionnels de l'éducation pour la découverte de la calligraphie, le Nouvel An chinois devenant une fête parisienne,...

INDIRECTEMENT : de nombreux personnages représentent par leurs mimiques, caricatures, des chinois ou bien traitant universellement un sujet comme l'adoption.

Les éditeurs sont avant tout commerçants. Le constat se fait surtout dans le domaine 'géographie'. Rien ou presque sur l'Afrique. Un livre doit avant tout plaire à l'adulte. Le livre sur la Chine plait parce qu'il propose de l'exotisme 'rassurant'. Des histoires souvent drôles, mièvres, très loin de la réalité, évitant ainsi d'aborder de nombreux problèmes. Sans oublier ces pseudo-livres éducatifs où l'on fait croire à l'enfant qu'il sait calligraphier après quelques minutes de lectures [voir le dossier sur le site chine-des-enfants]. C'est donc un thème porteur, vendeur.

Mais ces histoires sont très rarement répertoriées dans la rubrique 'Chine' et lorsque la mention géographique est mentionnée, il arrive même que ce ne soit pas le bon pays. Ces documents donc, ont de beaux jours dans les rayons, même s'il n'y a pas de possibilité de les repérer sous la rubrique géographique. Reste les contes chinois nombreux, facilement identifiables, les documentaires et certains manga (manhua) même si insignifiant en regard des manga japonais. Quant aux illustrations, mis à part He Zihong et Chen Jiang Hong qui illustrent beaucoup d'albums, donnant ainsi une image de la Chine ancestrale, nous ne voyons plus beaucoup d'illustrations typiquement chinoises (éditions en langues étrangères) et presque pas sur la Chine actuelle. Il n'est pas certain qu'un album montrant la persécution politique, la misère, les grandes tours inhumaines des villes plaisent aux lecteurs, encore moins s'il met en scène un 'fils unique' obèse, prêt à séquestrer ses parents pour avoir de l'argent...

C/D CHINOIS ET FRANCAIS, SPECIALISATIONS ET SAUVEGARDES

Heureusement, de nouveaux marchés ont été créés pour effectuer des achats dans des librairies spécifiques. Même s'il n'est pas possible de traiter les documents autrement qu'en pinying, la médiathèque JP Melville achète toujours et traite ls documents en chinois, avec un personnel vacataire et donc précaire et l'aide des libraires spécialisés. Suite à la directive de redistribution des collections, les petits fonds évoqués précédement, avec quelques dizaines de titres ont une chance d'évoluer dans les meilleures conditions.

La Bilbliothèque de l'Heure Joyeuse qui a pour vocation de conserver les documents jeunesse a des fonds plus riches (littérature russe entre autre) qui ont fait l'objet de travaux. Le fonds chinois lui n'a pas vraiment été traité et n'a fait l'objet d'aucune mis en lumière lors de 'l'Année de la Chine'.

La Joie Par Les Livres, centre de recherches et de ressources situé dans de nouveaux locaux confortables, avec un dépot légal concernant la jeunesse possède certainement des documents interessants. Cependant son fonctionnement n'a pas été prévu pour ce type de recherches. Mais il a organisé des conférences, stages sur les livres sur la Chine. Malheureusement, aucun personnel n'est capable de traiter les documents en langues asiatiques et les documents restent dans des réserves innaccessibles, sans aucun traitement.

Les moyens techniques et surtout financiers manquent donc cruellement. La production éditoriale pour enfant sur ce thème ainsi que sa présence dans les fonds des bibliothèques se portent bien et la conservation, faute d'être idéalement mise en valeur s'organise. Ces tendances ne sont pas dissociables de l'évolution de la population chinoise dans la capitale.

3) LECTEURS

A- EVOLUTION DU LECTORAT ET FREQUENTANTS

B- LES LECTURES PROPOSEES

A - Evolution du lectorat et des fréquentants

Ce n'est pas les bibliothèques qui ont fait les fonds mais bien le lectorat car les quartiers parisiens ne cessent d'évoluer très rapidement et les demandes aussi.

Les petits lecteurs à la fin des années soixante-dix, pour beaucoup venant de la chinatown disposaient d'un fonds interessant à la bibliothèque située place d'Italie, certes pas très proche des écoles fréquentées. Mais c'est la construction de la médiathèque JP Melville, dans un quartier alors complètement excentré qui changea la fréquentation puisque ce bâtiment devait se consacré à la Chine et au Vietnam pour l'essentiel. L'inauguration s'est faite avec les associations chinoises et la danse des dragons sans oublier les pétards. Immédiatement la communauté s'appropria les lieux. Les adultes trouvent alors un lieu de lecture et d'échanges sans la présence d'une quelconque autorité chinoise ou vietnamienne et les enfants un lieu où ils peuvent faire leurs devoirs juste à côté de chez eux. Mais dans les années quatre-vingt dix, la population de proximité a changée. Certes la chinatown est dynamique mais l'immigration ne se fait plus par ce quartier et les tours de l'esplanade des Olympiades abritent une population très hétérogène. Le fonds 'adulte' est fréquenté par les asiatiques de toute la région Ile de France. Je me souviens de personnes âgées venir de Marne la Vallée (Lognes, la première ville chinoise de France) pour lire uniquement leur journal : cette visite de la médiathèque s'inscrit dans leur promenade puisque ces personnes retrouvent des amis mais aussi en profittent pour faire quelques courses chez Tang Frères.

La fréquentation est très asiatique puisque l'établissement semble désert la semaine du Nouvel An et vit au gré des manifestations asaitiques, de la vie de la communauté. Le fonds asiatique adulte est assez surprenant et caractéristique : d'un côté le fonds chinois qui semble avoir été victime d'une tornade à la fermeture avec des rayons dérangés tandis que le fonds vietnamien reste toujours impécablement rangé. Le secteur jeunesse lui a complètement intégré les pettis asiatiques car peu s'interessent aux viellent publications plus ou moins de propagande. Ils se dsitinguent uniquement par leur 'discrétion'. Malgré tout, bien que très bien intégrés, de nombreux enfants restent surpris et dubitatifs à Noël lorsqu'un sapin de Noël est disposé dans la salle.

Lors d'une animation sur la Chine que j'avais réalisé, à destination des enfants, je constatais que les mamans chinoises étaient aussi interessées que les occidentaux. Alors que certaines souriaient et semblaient vouloir m'aider lorsque j'accrochais des ustensiles de cuisine, d'autres apprenanient à compter avec les doigts à partir des panneaux présentés : c'était une animation orientée sur Beijing et les mamans étaient dans leur très grande majorité cantonnaises. D'ailleurs je retrouvais certains de leurs enfants en cours de mandarin dans le quartier le dimanche matin.

Le fonds a commencé à vivoté à la fin du XXème siècle puisque la population locale était intégrée depuis plusieurs générations. Le quartier a été mieux desservi avec l'arrivée de Météor (ligne 14). De nouveaux lecteurs se sont inscrits. Mais souvent les jeunes étudiants chinois s'inscrivant déclaraient une adresse dans le 19 ou 20ème arrondissement.

Belleville, le quartier arabe, est devenu en peu de temps le nouveau chinatown de Paris mais avec une très grande différence aux précédentes vagues d'immigrations. Ici, baucoup sont sans papiers, pauvres, très jeunes et donc clandestins ou avec un titre 'd'étudiant'. Dans une PMI du 10ème arrondissement, le médecin et le personnel du centre voient arriver de nombreux jeunes parents. Ceux-ci sont en danger puisque auparavant, les parents travaillant clandestinement enmenaient avec eux leurs bébés ou jeunes enfants. Avec les nouvelles lois, ils travaillent plus à domicile et ainsi leurs enfants ne sortent plus et risquent de de devenir associables ou d'avoir certains troubles de comportement. Certaines bibliothèques face à ces nouveaux lecteurs ont crée des fonds 'chinois' pour les enfants.Ce ne sont plus les parents poussant leurs enfants à fréquenter la bibliothèque dans le but de devenir de brillants étudiants qui viennent mais, comme les familles africaines, des grandes soeurs (le plus souvent) venant avec leur(s) petit(s) frère(s). Dans ces nouveaux quartiers qui suscitent d'ailleurs la colère des riverains, ce ne sont plus des restaurants qui ouvrent mais des boutiques à la deventure opaque de tisssu ou vêtements en gros, sans contact avec la population locale. Les enfants bien que très discrets passent donc une bonne partie de leur temps dans la bibliothèque non dans le but d'étudier mais pour combler leu temps vide, pour 'aller quelque part'. Les plus grands semblent s'interesser d'avantage à ce qu'ils connaissent -livres en chinois- tandis que les plus petits 'trimballés' découvrent yeux grands ouverts le monde qui les entoure.

B- Lectures proposées

Il y a peu encore, les livres en chinois se composaient essentiellement des éditions des livres en langues étrangères. Avec l'aide des libraires et de sinophiles, les lectures deviennent plus digestes. Mais le livre chinois reste avant tout "educatif" alors que les jeunes générations n'ont pas connu la Chine.

Les nouveaux petits lecteurs nés ne France ou arrivés depuis très jeunes aspirent à des lectures plus récréatives. Si les fictions abordant l'Asie les interessent moins, en revanche il y a certains documents dont ils sont autant amateurs que les autres lecteurs. Les livres sur les sports d'arts martiaux, l'origami, les revues sur les jeux vidéos et surtout les manga ou autres manhwa, manhua. Cette expèrience a été faite il y a quelques mois. J'ai constaté qu'en créant un fonds de manga important avec aussi des éditions plus spécifiques comme Xiao Pan (éditeur de bandes dessinées chinoises), le lectorat asiatique, chinois en particuier a visiblement augmenté. Pour certains lecteurs (petits mais aussi jeunes adultes), ils ne sont venus qu'après cette crétion de fonds, qu'ils ont connu certainement par le bouche à oreille.Ce public ressemble également aux autres jeunes par leurs lectures en général. Les adolescentes lisent les collections de romans pour "filles" mais aiment autant que les garçons les manga.

C - Perspectives

La langue chinoise pour les enfants reste singulière dans les bibliothèques malgré l'importance qu'elle prend. Le livre chinois restant encore trop "educatif". Mais la culture chinoise elle est très présente même si l'occidental ne connait que la Chine Antique puisque presqu'aucun livre pour enfant n'aborde la Chine d'aujourd'hui. Le lectorat lui évolue et s'adapte. Les très sages petits chinois font place à des étudiants avides et curieux, ne parlant presque pas français, tandis que les plus jeunes, comme les jeunes africains, fréquentent la bibliothèque aussi pour se sociabiliser, découvrir le monde qui les entoure. Mais contrairement à d'autres jeunes "néo arrivant", ils restent encore de très bons élèves et la lecture est autant distrayante qu'éducative. Le manga, même s'il est très populaire auprès des enfants est une lecture plus appréciée des bons lecteurs. Il n'est pas rare dans mon quartier de voir de jeunes enfants africains jouer ou discuter dans la rue tandis que dans les restaurants chinois, les enfants font leurs devoirs avant l'arrivée des premiers clients. La problématique des lectures proposées est donc moins culturelle qu'accessible en terme d'acquis scolaire.

Mais cette image un peu clichée commence à changer. Les nouvelles générations sont nées en France tandis que les nouveaux immigrés sont de plus en plus pauvres et précaires, de moins en moins visibles. Mais il est peu probable que leurs parcours se calquent sur les autres communautés. Les parents, même s'ils ne peuvent plus s'occuper d'eux, misent encore sur leur avenir et la réussite grâce à l'école et au livre. Un nouveau lectorat chinois commence à fréquenter les établissements tandis que les fonds spécifiques à la Chine, eux, deviennent de plus en plus présents mais aussi de moins en moins en accord avec la réalité.

Cet article n'engage que l'avis de l'auteur (David-Umberto Signoretti)

 

(1) 'ASIATICA' Catalogue réalisé par Daniel Dupuy, la Bibliothèque du Panthéon en 1983. Disponible sur le site 'Chine-des-enfants'

(11) voir le dossier 'Lectrice en PMI' site 'livreEnfance', lien sur page accueil 'Chine-des-enfants'

(2) Catalogus réalisés par la Médiathèque J P Melville vers la fin des années 90. Disponibles sur le site 'Chine-des-enfants'

* desherbage : travail consistant à retirer des livres des collections.