Lire en fête - Pékin

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Lire en fête à P ékin , Shanghai, Canton

du 7 au 12 décembre 2007

Lire en Fête à P ékin

Le service de coopération et d’actions culturelles de l’Ambassade de France en

Chine, le Centre Culturel Français de Pékin et les Alliances françaises de

Shanghai et de Canton organisent chaque année en décembre, une manifestation

sur le livre.

Cette année, le livre de jeunesse était à l’honneur, du 7 au 12 décembre 2007.

Claude Ponti, Rébecca Dautremer et moimême

étions invités à intervenir au

cours de ces journées.

Si la majorité des rencontres avaient lieu au Centre Culturel Français, un lieu très

central, très beau et bien équipé, les bibliothécaires de la médiathèque sous la

direction de JeanLouis

Boully, avaient eu à coeur d’impliquer dans ce projet des

partenaires chinois comme la principale bibliothèque de Pékin, dite Bibliothèque

de la Capitale, et l’école maternelle N°2 de Chongwen, un quartier de Pékin. Les

bibliothécaires étaient allées raconter sur ces lieux des histoires en français et

en chinois.

Un grand soin avait été apporté à la conception du matériel de promotion de la

manifestation :

de belles et grandes affiches, mêlent avec succès un visage illustré par Rébecca

Dautremer et un personnage de Claude Ponti. Les programmes reprenaient ce

visuel sur un beau fond rouge laque.

Pour informer sur l’événement, des cartes postales réalisées avec une illustration

de Rébecca Dautremer avaient été distribuées dans différents lieux de Pékin et

invitaient à créer, à partir de cette image, un texte, un dessin, un collage, …

A la médiathèque, un jeu, « GrilleAtoutLire

», permettait la découverte d’un

certain nombre de livres.

Les temps forts de l’opération à Pékin s’ouvraient le vendredi soir par « une

heure avec Nathalie Beau » ( !) conférencedébat

sur la littérature de jeunesse

française, puis suivaient pendant tout le samedi et le dimanche des interviews de

C. Ponti et de R. Dautremer, des ateliers qu’ils animaient, une table ronde :

« Regards croisés sur la littérature jeunesse en France et en Chine » avec les

invités et des auteurs, des illustrateurs et des éditeurs chinois, des temps

d’histoires lues en chinois par une comédienne et en français par moimême,

avec la projection des images du livre, des projections de films d’animation

réalisés par le CNPD à partir d’albums. Tout cela s’est achevé par les « lectures

nocturnes » proposées par l’équipe de la médiathèque.

La grande salle a fait le plein pendant tout le weekend,

avec un public

enthousiaste, à 80 % chinois. Une grande réussite dans une atmosphère

chaleureuse.

La Bibliothèque de la Capitale : sa visite fut un moment fort du séjour.

Elle fait partie du réseau des bibliothèques

publiques de Pékin qui compte 24

établissements dont 4 sont uniquement

dédiés à la jeunesse. La section jeunesse

est spacieuse et décorée avec des couleurs

gaies. Elle est ouverte tous les jours de 9h

à 17h aux enfants de 0 à 16 ans, mais ce

sont souvent les parents qui viennent

chercher les livres pour leurs enfants, car il n’est pas facile de se déplacer dans

Pékin. Il y a 50 000 livres dans le fonds jeunesse et 1000 revues.

Tous les accès sont gratuits et le weekend,

il peut y avoir jusqu’à 1500

visiteurs.

Des activités y sont organisées, des jeux, du dessin, de la peinture, autour d’un

thème qui est défini chaque mois. En octobre, c’était la prévention contre

l’incendie et en décembre, Noël avec la création d’un environnement autour de

cette fête. On peut s’en étonner, mais effectivement, les chinois ont adopté cette

tradition occidentale et les décorations de Noël étaient partout dans Pékin.

Une grande salle informatique est à la disposition des jeunes lecteurs. 10 000

documents sont mis en ligne à partir d’une base de données réalisée par le

département audiovisuel.

Ils sont rassemblés par thème comme l’éducation à la

politesse ou les histoires traditionnelles.

Les consultations en ligne sont très surveillées de façon à ce que les enfants

n’aillent que vers « des sites en bonne santé ».

Après la section jeunesse, nous avons eu le privilège de visiter le fonds ancien

qui regroupe 40 000 documents, dont 6000 de la dynastie Yuan (12711368) les

autres datant essentiellement des Ming (13681644).

L’imprimerie existe en

Chine depuis le XI° siècle.

Nous avons pu admirer de magnifiques ouvrages sur les vertus de la piété

familiale, des livres de droit, de philosophie et d’éducation.

Toujours à Pékin, mais du côté de l’édition, un rendezvous

avait été pris avec

Monsieur Li Xueqian, directeur de China Children’s P ress and P ublication

Group, le premier groupe d’édition et de presse pour la jeunesse en Chine. Il

était venu visiter La Joie par les livres en octobre. Cette maison d’édition, créée il

y a 55 ans, héberge la section chinoise d’Ibby. Ce groupe publie 5 journaux pour

enfants, le plus important tirant à plus de 1 300 000 exemplaires. Il publie aussi

11 revues et 1500 nouveautés par an, des albums, des romans et des ouvrages

parascolaires. La Chine s’ouvre aux traductions. Bien sûr, Harry Potter connaît un

très grand succès, mais le Petit Prince et le petit Nicolas aussi. Cette maison

vient en outre de publier un très beau livre avec des traductions de romans

d’Astrid Lindgren.

Les albums, tels que nous les connaissons n’existent pas en Chine aujourd’hui.

Les livres illustrés sont brochés et s’ils racontent une petite histoire, c’est

toujours dans le but de donner une leçon de morale, de louer une vertu ou de

parfaire un apprentissage. Les dernières pages du livre seront consacrées à des

exercices qui permettront de vérifier la compréhension ou d’approfondir

l’apprentissage, à la plus grande satisfaction des parents. L’enfant unique chinois

est sans cesse évalué. Une très grande pression s’exerce sur lui de la part des

parents, des grands parents… sans oublier que les parents en question ont grandi

pendant la révolution culturelle, période de négation de la culture et d’humiliation

des intellectuels.

Dans ce contexte, la parution en Chine des Trois Brigands de Ungerer et de

Loulou de Solotareff est un événement.

N’oublions pas que les maisons d’édition dépendent toutes du gouvernement. Le

directeur de

China Children’s Press and Publication Group est un grand dignitaire du parti,

membre de l’association centrale des ligues de Chine. Ce groupe va déménager

cette année dans un superbe immeuble dans lequel 5000 m2 seront consacrés

aux enfants, avec un centre sur la lecture des jeunes, des lieux d’animation, une

grande librairie….

Quelques albums chinois ramenés de ce voyage, que vous pourrez

prochainement consulter dans notre Centre de ressources :

A Shanghai, c’est le Consulat Général de France et l’Alliance française qui

prenaient le relais de l’organisation là encore avec efficacité et sens de l’accueil.

J’ai animé une rencontre avec les enseignants chinois de l’Alliance sur l’utilisation

de livre de jeunesse dans l’enseignement du Français Langue Étrangère, une

séance de lecture d’histoires, un débat sur les littératures chinoise et française

avec Madame Qin Wenjun, célèbre auteur et militante pour la lecture et pour

l’ouverture à la diversité du monde. Elle est le premier auteur pour la jeunesse à

écrire sur le quotidien des enfants, sur les relations familiales. Elle estime que

sur les 367 millions d’enfants, seuls 10 % ont accès à des livres pour la jeunesse

et qu’il est urgent d’agir.

Une rencontre avec les bibliothécaires de Shanghai, dans une bibliothèque dédiée

à la jeunesse a permis un débat très riche après une présentation du livre de

jeunesse et du travail des bibliothèques en France. A ma question sur la façon

dont les acquisitions sont faites, sur les critères de choix, je n’ai rencontré que

des regards étonnés. Effectivement, il n’y a pas de choix à faire, tout ce qui est

publié est bon puisque cela a été autorisé par le gouvernement, qui donne

parfois ses directives aux éditeurs. Un autre point était difficilement

compréhensible pour les bibliothécaires : j’expliquais que pour nous, la lecture de

la littérature était avant tout un facteur d’épanouissement de l’enfant, quand une

bibliothécaire est intervenue pour me demander si, alors, des psychologues

travaillaient dans nos bibliothèques…

A Shanghai, je suis aussi allée visiter la plus importante maison d’édition pour la

jeunesse de cette région. Elle publie 500 titres par an dont 40 % de traductions

majoritairement de l’anglais, puis du japonais et du français. On sent une grande

envie de s’ouvrir aux livres de jeunesse français. La France reste làbas

la

référence en termes de culture et le français, après l’anglais est la deuxième

langue la plus enseignée.

« Lire en fête » en Chine a permis des rencontres, des échanges de points de

vue.

A la bibliothèque du Centre culturel on constate déjà des retombées et la

semaine dernière une éditrice rencontrée à Pékin venait déjà travailler dans

notre centre de ressources.

La Chine est déjà parmi le peloton de tête des acquéreurs de droits de traduction

de livres de jeunesse français. Le pays est tellement immense et rien n’est trop

beau pour cet enfant unique dans les milieux qui s’enrichissent et qui, s’ils ne

représentent encore qu’une petite partie de la population constitue déjà un

marché considérable. Il faudra cependant que ce développement s’accompagne

d’une prise de conscience de l’importance de la lecture dans la formation de

l’individu.

Nathalie Beau, responsable du secteur international de La Joie par les livres.