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Cest un regard doccidental qui est posé ici sur les bibliothèques de Chine. Il tente daller au-delà des filtres et des idées reçues concernant 200 000 équipements - toutes catégories confondues - existant dans ce pays de 1,2 millions dhabitants. Une bibliothèque nationale en reconstruction, bientôt la troisième au monde, une bibliothèque numérique, des professionnels compétents mais aussi le poids des traditions, la censure
Un certain nombre de paradoxes subsistent concernant la situation des bibliothèques et des bibliothécaires en Chine. Dune part, une littérature chinoise professionnelle florissante nous expose le « grand bon en avant » de ces bibliothèques depuis quelques dizaines dannées, les bienfaits des nouvelles technologies, leur expansion (relative vu la taille de la Chine). Dautre part, le constat que le partage de linformation et la coopération semblent difficiles, à quoi sajoutent les questions épineuses de la censure sur Internet et de lacceptation des principes-clés de la société de linformation.
Comme le soulignait Martine Poulain en 1996 dans les colonnes du Bulletin des bibliothèques de France, « ( ) ce pays [est] connu pour tous ses manquements aux droits de lhomme, pour son non-respect de la liberté dexpression, où la censure des écrits est la règle ». Dresser un tableau aussi proche que possible de la réalité apparaît comme une véritable gageure, tant les informations paraissent filtrées et très officielles. Il semble cependant que la situation saméliore au vu des réalisations en cours : développement de la Bibliothèque nationale de Chine, construction de nouvelles bibliothèques, augmentation des budgets, mise en place de la Bibliothèque numérique chinoise De nombreux bibliothécaires occidentaux soulignent également les progrès réalisés en matière bibliothéconomique par les Chinois.
1909 : création de la BN de Beijing
Le réseau des bibliothèques publiques est un phénomène récent en Chine, laccès à la culture étant traditionnellement réservé aux cercles privilégiés des intellectuels, des familles nobles et bien sûr des dynasties impériales qui construisirent des bibliothèques et des services darchives. Le XIXe siècle est marqué par lincendie de la bibliothèque de lAcadémie Hanlin (Hanlin Yuan), durant le siège de Pékin par les Boxers, en révolte contre les puissances occidentales en 1899-1900. Lincendie ravagea alors la bibliothèque, qui contenait « la quintessence du savoir chinois, la plus vieille et la plus riche bibliothèque du monde ».
Les premières bibliothèques modernes napparaissent quau début du XXe siècle avec la création de la Bibliothèque de Beijing fondée en 1909, grâce à un don de la bibliothèque impériale de la dynastie des Quing (elle deviendra par la suite la Bibliothèque nationale de Chine). À partir de 1914, dix-huit bibliothèques sont créées au plan régional puis, à partir de 1950, le réseau se développe surtout dans les grands centres urbains. La Loi nationale de coordination du livre de 1957 permet la création de deux bibliothèques nationales, lune à Beijing et lautre à Shanghai, ainsi que létablissement dun réseau de neuf bibliothèques régionales. Cependant, les bibliothèques sont peu développées et noffrent que de rares services.
Pendant la Révolution culturelle (1966-1976), les bibliothèques ferment leurs portes, les seuls livres autorisés étant le Petit livre rouge et quelques textes idéologiques. Les bibliothécaires pékinois sont envoyés en rééducation dans les fermes de la province de Hubei, au centre du pays. La destruction des collections est heureusement évitée grâce à lintervention du Premier ministre Zhou Enlai, lui-même amateur de livres anciens. Il faut attendre les années 1980 pour que les bibliothécaires retrouvent leur place. À lheure actuelle, la Chine compte 200 000 bibliothèques (392 en 1949) réparties selon les 36 divisions administratives et incluant une bibliothèque nationale à Beijing, des bibliothèques publiques, universitaires, scolaires, scientifiques et militaires.
Les bibliothèques publiques sont au nombre de 2 698 (chiffres fin 2002) et proposent 400 millions de volumes. Sous leur autorité, il ne faut pas oublier les 53 000 centres culturels, dotés de petites bibliothèques ou dune salle de lecture et de 150 bibliobus. Selon les chiffres officiels, la densité des bibliothèques couvre 80% du territoire. Cependant, ces chiffres qui paraissent impressionnants à des yeux européens ne doivent pas masquer le fait que selon les normes internationales, la Chine a encore des progrès à faire. Le pays le plus étendu du monde a une bibliothèque publique pour 459 000 habitants, alors que la norme actuelle est dune bibliothèque publique pour 20 000 habitants. Selon les plans de la Commission du Développement et de la Réforme, les bibliothèques bénéficieront dun investissement de 100 millions de yuans (soit 12 millions deuros) pour leur construction et le ministère des Finances prévoit dallouer 30 millions de yuans (soit 3.6 millions deuros) pour leur maintenance [1].
Linfluence américaine puis soviétique
Daprès Cheng Huanwen, professeur à lEcole des sciences de linformation de lUniversité de Guangzhou (Canton), les bibliothèques chinoises ont subi linfluence américaine jusquen 1965 avant de passer sous linfluence soviétique. Le conflit territorial qui opposa ensuite la Chine à lURSS marqua la fin de ces échanges. Après la mort du Président Mao, les bibliothécaires chinois reviendront vers les Etats-Unis : les normes américaines de catalogage entrèrent à nouveau en vigueur et ils participent depuis aux travaux de lIFLA. Cependant, la période de la Guerre froide eut également une influence importante sur les fonds des collections universitaires, avec notamment une prééminence des ouvrages techniques et scientifiques socialistes au détriment des ouvrages étrangers. La tenue de la Conférence de lIFLA à Beijing, en 1996, eut certainement une influence positive sur la bibliothéconomie en Chine. Hormis ces chiffres, il apparaît que la majorité des bibliothèques publiques font face à des problèmes importants despace, de conservation, de budget et de personnel et il faut mentionner le sous-développement éducatif et culturel qui sévit dans les campagnes [2].
La Bibliothèque nationale de Chine, à Beijing, est sans conteste la tête de file du réseau des bibliothèques et apparaît comme la plus importante dAsie, avec 22 millions de volumes. Elle est aussi bibliothèque publique et peut accueillir 2 000 lecteurs sur place. Située près du Parc aux Bambous pourpres, elle est dotée dun bâtiment imposant de 19 étages et de trois étages en sous-sol. Parmi ses riches collections, elle conserve 3 500 plaquettes de jiaguwen (caractères hiéroglyphiques gravés sur carapaces de tortue et os d'animaux) datant de la dynastie Shang (1700-1100 av. JC), 1,6 millions de volumes anciens reliés par fils, un millier de livres qui ont été découverts dans les grottes de Dunhuang, 12 millions de volumes de livres et de périodiques en 115 langues.
Elle est le siège du Centre national d'identification des périodiques (ISSN) et du Centre informatique d'Internet. En décembre 2001, selon le Xe plan quinquennal, la deuxième phase des travaux de construction de cette bibliothèque a été mise en chantier : lagrandissement prévu de 7 hectares permettra datteindre une superficie totale de 24 hectares. Ainsi, la Bibliothèque nationale de Chine sera la troisième du monde en importance. Les collections sont référencées en langues anglaise et chinoise dans des fichiers classiques, mais la bibliothèque possède également un catalogue en ligne en chinois. Laccès aux collections audiovisuelles est possible et lespace Internet semble restreint.
Quatre grandes bibliothèques
A Beijing, deux bibliothèques sont remarquables : la bibliothèque de lUniversité, considérée comme une des meilleures bibliothèques chinoises actuellement de par ses collections (4,5 millions de volumes dont un quart en langues étrangères) et les services offerts aux lecteurs. La bibliothèque de lAcadémie des Sciences, avec plus de 6 millions de volumes, est le centre dinformation pour les livres scientifiques et techniques.
A Shanghai, la bibliothèque municipale est la plus grande bibliothèque publique du pays avec sept millions de volumes, dont un million en langues étrangères et 1,7 millions de volumes anciens.
La bibliothèque centrale de Hong-Kong, ouverte au public en 2001, offre 2 millions de volumes et des ressources numérisées. Elle est la tête du réseau des 62 bibliothèques publiques de la ville à quoi sajoutent huit bibliothèques mobiles, avec un nombre de volumes avoisinant les 9 millions dexemplaires. Ces collections incluent également des cédéroms, des supports audio-visuels et des périodiques ; elles sont référencées sur une même base de données en chinois et en anglais. Le Département des services culturels qui gère ce réseau promeut la lecture publique sous toutes ses formes : heure du conte, expositions, conférences
Lenseignement des sciences de linformation
Lenseignement en sciences de linformation en Chine a fait un bond qualitatif important depuis ces 20 dernières années. Une quarantaine duniversités possède un département en sciences de linformation [3]. Parmi les plus renommées en la matière, citons les universités de Ji Lin ou celle du Nord-Est. Les formations en bibliothéconomie proposent les matières traditionnelles, mais également ce qui concerne le management des bibliothèques en général. LUniversité du Nord-Est a formé quelque 3 000 étudiants ces dernières années et ceux-ci peuvent travailler également en entreprise. La plupart des départements ont abandonné lintitulé « département en sciences de linformation et des bibliothèques » au profit de « département en gestion de linformation ».
Il existe trois niveaux principaux de formation : le premier (graduate class) est une formation universitaire en deux ou trois ans, suivie du niveau de la maîtrise (graduate of master degree) puis du niveau du doctorat (doctorate graduate). Un niveau intermédiaire (undergraduate) semble simposer de plus en plus : il permet de former en quatre ans des étudiants aux sciences de linformation qui possèdent déjà ou suivent une autre formation (littérature, sciences, langue étrangère ). À leur sortie de luniversité, ils possèdent ainsi deux diplômes ce que les bibliothèques apprécient de plus en plus.
La formation se développe également dans le cadre des lycées et collèges professionnels pour former des assistants techniques des bibliothèques. Une cinquantaine de formations existent à lheure actuelle sur lensemble du territoire chinois et 1 000 diplômés sortent chaque année.
La formation professionnelle continue est délivrée sous de multiples formes : conférences, stages, à distance, radio et télévision sous limpulsion du Département des bibliothèques du ministère de la Culture qui organise également des symposiums.
Développement numérique et Internet chinois
Récemment, la Bibliothèque nationale a fondé, avec 90 autres bibliothèques chinoises, une union de bibliothèques numérisées, afin de promouvoir le développement et l'application de l'information publique numérisée. Les projets en matière de numérisation des corpus chinois sintensifient, notamment grâce à laction du Centre de documentation de la Bibliothèque nationale de Chine, soit 30 millions de pages représentant 150 000 ouvrages accessibles en ligne. En outre, des bases de données hétérogènes consacrées à larchitecture, la poésie, la vie marine doivent être regroupées en vue de créer un réseau virtuel de documentation chinois. LUniversité chinoise de Hong-Kong, la Bibliothèque publique de Shanghai, lInstitut international sur le bouddhisme zen participent à ce projet en numérisant leurs collections anciennes. L'Académie des sciences chinoise travaille en collaboration avec des partenaires américains (MIT, Carnegie-Mellon et le Simmonds College) afin de proposer des contenus numériques à la fois en chinois (50%) et en anglais (50%) avec une plate-forme multilingue permettant laccès aux images.
Cinq réseaux informatiques nationaux couvrent le territoire chinois dans les domaines du commerce, de léducation (et impliquent donc les universités), des sciences et techniques [4]. En 2002, [5] 6,5 millions dordinateurs étaient connectés à Internet, ce qui porte à 30 millions le nombre dutilisateurs du réseau avec une estimation de pénétration de 25%. LInternet chinois est cependant moins ouvert quil ny paraît à la lecture des derniers rapports publiés sur le sujet (notamment celui de Reporters sans frontières) et, même si les bibliothèques universitaires paraissent bien équipées en la matière, la censure des autorités sexerce certainement sur laccès à certains sites par les étudiants ou les professeurs. Peu dinformations nous parviennent sur Internet dans les bibliothèques chinoises. Les autorités chinoises sont très vigilantes et exercent une répression sans merci contre les internautes qui remettent en cause le régime politique actuel. Les peines encourues (pouvant aller jusquà quatre ans demprisonnement) sont lourdes, à légard notamment détudiants ou de webmestres ayant publié sur Internet des textes favorables à des réformes libérales et démocratiques en Chine. À loccasion de lAnnée de la Chine en France, de nombreuses organisations ont lancé un appel auprès de Jacques Chirac pour la libération des cyberdissidents chinois.
Quelques sites Internet de bibliothèques chinoises
Bibliographie
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Consultable sur le site : http://www.accart.nom.fr/International/IFLAChine.html
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Consultable sur le site : http://www.fh-potsdam.de/~IFLA/INSPEL/cont311.htm
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Consultable sur le site : http://lcweb2.loc.gov/frd/cs/china/cn_bibl.html, s.p.
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Consultable sur le site : http://leporello.emeraldinsight.com/rpsv/library link/management/nov01.htm
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Consultable sur le site : http://leporello.emeraldinsight.com/rpsv/library link/technology/0900.htm
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Site Internet de Reporters sans frontières : http://www.resf.org
Notes
[1] Chiffres 2003 publiés dans Library Journal le 10 avril 2003.
[2] Poulain M., « LIFLA à Pékin », Bulletin des bibliothèques de France, 1996, t. 41, n° 6, pp. 94-97.
[3] Parmi les plus connues, citons : Shanxi University, Sichuan University, Sun Yat-Sen University, Chinese University of Hong Kong, University of Hong Kong, Chinese Academy of Sciences, Hebei University, Huazhong University of Science and Technology, Ji Lin University, Nanjing University, NorthEast Normal University, Peking University, Shanghai Jiaotong University
[4] CSTNET (China Academy of Science) ; CHINANET, GBNET et UNINET (Information Industrial Ministry) ; CERNET (Education Ministry).
[5] Source Electronic Journal of Academic and Special Librarianship, vol. 3, 2002).