N M ZIMMERMANN

rencontre avec N M ZIMMERMANN à propos de son roman "L'AMOUR, LE JAPON, LES SUSHIS ET MOI" Ed. A Michel

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1 – Comment êtes-vous venue vers l'écriture et pour la jeunesse ?

J'écris depuis que je suis capable d'orthographier des mots. Inventer des histoires et les mettre sur le papier est quelque chose que j'ai toujours fait, même s'il a fallu un certain nombre d'années avant que j'arrive à quelque chose qui puisse être présenté à un éditeur.

En terme de romans publiés, j'ai commencé par écrire des romans de niveau "young adult", ce qui correspondait à mon âge en tant que lectrice, et était donc assez naturel. J'ai par la suite écrit des romans pour quasiment tous les âges, suivant les idées et les commandes passées par des éditeurs. J'aime bien changer de lectorat et de style de roman - ça m'évite de m'ennuyer et ça me permet de rencontrer un public très varié au cours de salons du livre, dans des établissements scolaires ou lors de rencontres ouvertes au public. Dans l'idéal, j'essaye d'alterner les romans vraiment jeunesse (du CM au collège) avec des romans young adult / adulte... même si ce n'est pas toujours possible (je viens d'enchaîner trois tomes d'une même série puisque leur parution est programmée à court terme).

 

2 – Vos thématiques habituelles sont assez éloignées de ce roman. Quels sont les personnages que vous affectionnez plus particulièrement ?

Je suis au départ une romancière spécialisée dans le fantastique, néanmoins il m'arrive de m'en éloigner. Généralement, je fais autre chose parce qu'on me l'a demandé. En l'occurrence, mon éditrice chez Albin Michel, que je ne connaissais pas à l'époque, m'a contactée après avoir lu Sous l'eau qui dort (un roman très axé fantastique dans la grande tradition fantastique américaine du XXème siècle) pour me demander... un roman "vie quotidienne" pour adolescents. J'ai hésité parce que je ne m'étais jamais essayée à ce genre de texte auparavant et que ce n'est pas vraiment ce que je lis non plus (ou lisais, même adolescente), et puis j'ai décidé d'essayer. Finalement, je me suis bien amusée. Je le referai peut-être même...

Dans L'amour, le Japon, les sushis et moi, j'ai une énorme préférence pour les personnages de la mère et du frère de l'héroïne. Ils n'étaient censé être que des personnages très secondaires, mais ils ont pris de l'importance au fur et à mesure de l'écriture et ce sont ceux auxquels je me suis le plus attachée. J'aime le côté étrange de Maximilien et le mental d'acier de la mère, qui garde le sens de l'humour et vit selon ses propres principes malgré les difficultés.

 

L amour le japon les sushis et moi

3 – Avec « L'amour, le Japon, les sushis et moi »nous changeons d'univers : pourquoi avez-vous emmené votre héroïne au Japon ?

Quand on m'a dit "vie quotidienne pour ados", j'ai repensé à ma vie de lycéenne. C'était très ennuyeux. Je n'aurais pas eu envie de lire ça. Et puis, en rencontrant des classes de collégiens et de lycéens, je me suis rendu compte que le Japon est un sujet qui les intéresse beaucoup, voire dont ils sont "fans"... et qu'ils connaissent extrêmement mal. Ils se font énormément de fausses idées sur la vie d'un étranger au Japon et sur le climat qui règne là-bas. Pour ma part, je connais très bien le Japon. J'ai un Master de LLCE Japonais et j'ai étudié le droit à l'université de Nagoya. Du coup, je me sentais assez à l'aise pour parler de la vie d'une française au Japon, même si le roman n'est absolument pas autobiographique. J'ai essayé de donner au passage le plus d'informations possibles sur la vie des Japonais et sur les événements traditionnels sans transformer ça en guide touristique...

 

4 – C'est une bonne introduction à la vie quotidienne japonaise : vous êtes-vous documentée ou faites-vous appel à vos souvenirs ?

J'ai fait appel à mes souvenirs, à des amis japonais et j'ai aussi fait appel à de la documentation pour vérifier certaines informations et éviter de dire des bêtises (la hantise de l'auteur qui écrit sur une période ou un pays qui ne sont pas les siens, c'est de tomber sur un lecteur qui s'y connaît mieux que lui et qui a repéré une erreur dans le roman !).

 

5 – Le frère de l'héroïne est tout aussi intéressant et attachant : à la fois personnage « secondaire » n'intervenant pas directement et en même temps omniprésent. Comment avez-vous imaginé ce personnage au début de votre projet d'écriture ?

Maximilien a toujours fait partie de l'histoire, mais il a pris plus d'importance au fur et à mesure de l'écriture. Je n'ai jamais beaucoup d'éléments quand je commence un roman. J'ai une idée qui ressemble à "Ce serait l'histoire d'un type qui...". Ensuite, je place mes personnages sur la ligne de départ et j'attends de voir ce qui se passe. Pour moi, écrire c'est un peu comme regarder un film et prendre des notes. Je ne sais jamais ce qui va se passer, et je suis parfois très surprise par certains personnages.

J'aime bien écrire les personnages de jeunes enfants. Ceux qui n'ont pas encore perdu le croquemitaine sous leur lit et qui n'osent pas aller aux toilettes quand il fait noir... ou qui sont prêts à sympathiser avec la sorcière cachée derrière leurs rideaux. En un sens, Maximilien est le personnage dont je me sens le plus proche (et, moi aussi, j'ai un chien qui fouille ma chambre avant que j'aille me coucher pour vérifier que rien n'attende qu'il fasse noir pour me dévorer).

 

6 – La nourriture occupe une bonne place dans ce récit... un hasard ?

Pas du tout. La nourriture est ma seconde grande passion avec les histoires. Je dis souvent aux enfants que je rencontre dans les classes que j'ai choisi les livres parce que ça fait moins grossir... mais j'écris dans ma cuisine pour pouvoir surveiller les plats en travaillant ! Il faut dire que mon père a été critique gastronomique pendant toute mon enfance et m'a beaucoup emmenée au restaurant avec lui... ça laisse des traces !

J'ai aussi choisi de parler de sushis parce qu'en réfléchissant à ce roman, le souvenir d'un documentaire (Jirô rêve de sushi de David Gelb) que j'avais vu au Japon m'est revenu. Ce film m'avait fait une forte impression quand je l'avais regardé et je me suis dit que c'était l'occasion d'en parler. Je conseille à tout le monde de le voir. Je pense qu'il illustre très bien les aspects positifs et négatifs du pays dont le sushi est devenu le symbole international (même si le plat national est plutôt le curry, hein...)

 

7 – Quels aspects de la culture nippone ou période historique aimeriez-vous traiter si vous deviez écrire un autre roman en lien avec le Japon ?

J'ai depuis plusieurs années le projet d'écrire une série épique sur le Japon de l'époque d'Edo (plutôt le début, vers 1603). Je suis fascinée par les premiers contacts entre les Européens et le Japon et j'adorerais écrire quelque chose mettant en scène des Européens fictifs et des personnages Japonais réels comme Tokugawa Ieyasu. J'ai déjà pas mal d'éléments concernant cette série, mais je n'ai jamais le temps de m'y mettre. J'ai jusqu'ici seulement réussi à écrire une nouvelle se passant à cette époque (d'après une nouvelle de Lafcadio Hearn, dans le recueil Le Fantôme de la tasse de thé, aux éditions Issekinicho) et c'était une super expérience... même si ça demande pour le coup une documentation monstrueuse (et souvent non traduite... du bungo1 ! ).

 

8 – La culture nippone est populaire, chez les ados en particulier mais le Japon est finalement peu présent dans le roman pour la jeunesse. Est-ce difficile selon vous de faire évoluer des personnages dans ce pays pour nos jeunes lecteurs français ?

Je pense que l'un des principaux problèmes est tout bête : les noms des personnages. Les prénoms japonais ne sont pas genrés et les enfants français ont du mal à les retenir. Du coup, les enfants vont avoir tendance à mélanger les personnages. Certes, ils connaissent des noms japonais grâce aux mangas et aux animes, mais ils sont alors accompagnés d'images, ce qui change tout.

J'ai pour ma part essayé de choisir des prénoms simples à prononcer et assez différents les uns des autres, mais ce n'est pas toujours évident.

En outre, la culture japonaise est assez éloignée de la nôtre. Donc je pense qu'un auteur qui ne connaît pas bien le pays hésitera à s'y attaquer. On ne se rend pas compte des recherches qu'il faut faire pour écrire un roman qui se passe dans un endroit ou un lieu qu'on ne connaît pas - ça peut être colossal et prendre plus de temps que l'écriture en elle-même.

 

9 – Comment imagineriez-vous la suite de votre roman : Lucrèce resterait-elle au Japon ?

Je ne crois pas que Lucrèce s'installerait au Japon pour toujours, elle a des opinions très tranchées et elle s'exprime bien trop librement.

Et puis, le fromage lui manquerait beaucoup trop !

Mais elle y retournerait volontiers de temps en temps ! Et puis, les musiciens sont souvent envoyés en Europe pour étudier la musique (le CNSM est plein d'élèves venant d'Asie !)...

 

10 – Pouvez-vous nous parler de vos projets ?

En ce moment, je suis sur un milliard de choses. J'ai une nouvelle série jeunesse intitulée Le Grand Livre de l'horreur qui commence à sortir en mai chez Albin Michel, dans laquelle un jeune garçon visite tous les grands classiques de la littérature imaginaire qui font peur (nous commençons par Dracula et Frankenstein, bien entendu... mais nous essayerons de survivre à Jurassic Park juste après). Je suis en train de faire le scénario d'une bande dessinée pour Jungle, dans laquelle une créature poilue cherche à dévorer des collégiens.

Juste après, je dois finir un roman qui se passe sur Okunoshima, l'île située près de Hiroshima qui est aujourd'hui habitée... par des lapins. Ça va être un gros roman pas vraiment pour les enfants et plutôt littéraire (j'aime résumer l'intrigue par : Watership Down à Fukushima).

Pour être honnête, entre les séries, les commandes et les projets personnels, j'ai déjà des choses sur le feu jusqu'à fin 2018. J'adore me lancer dans de nouveaux projets, alors j'ai tendance à toujours être sur plein de choses à la fois... et j'espère bien que ce sera comme ça jusqu'à ma mort !

1 Le japonais classique généralement utilisé pré-Meiji

BIOGRAPHIE ET BIBLIOGRAPHIE...

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